En Russie, la plus grande maison d’édition perquisitionnée pour “propagande LGBT”

D’après cette source, les investigations concernent plusieurs adresses du groupe, fondé au début des années 1990 et aujourd’hui acteur central du marché du livre en Russie. Le directeur général, Evguéni Kapiev, figurerait parmi les personnes ciblées par cette procédure, selon des sources proches des autorités.

Une affaire qui s’inscrit dans une série de poursuites

Ce nouvel épisode intervient dans un contexte déjà tendu pour le groupe. Au printemps 2025, plusieurs employés d’Eksmo — dont des responsables liés à la distribution — avaient été interpellés dans une enquête similaire. Au total, 11 personnes avaient été placées en garde à vue pour des faits qualifiés d’« extrémisme » et de diffusion de contenus jugés contraires à la législation sur les relations dites « non traditionnelles ».

Ces poursuites visaient notamment des ouvrages publiés par Popcorn Books, une maison d’édition dont Eksmo détient une participation majoritaire. Cette structure s’est spécialisée dans la publication de romans abordant des thématiques liées à l’identité, aux relations amoureuses et à la jeunesse, y compris des récits mettant en scène des personnages LGBT+.

Le groupe Eksmo avait alors pris soin de se dissocier des accusations, affirmant ne pas être directement impliqué dans la diffusion des titres visés par l’enquête, tout en reconnaissant que les forces de l’ordre avaient saisi plusieurs ouvrages dans ses locaux.

 Popcorn Books avait déjà attiré l’attention des autorités russes auparavant. Une enquête avait été ouverte après le signalement d’un député proche du pouvoir, qui dénonçait la présence dans son catalogue d’ouvrages évoquant des relations homosexuelles.

Parmi les titres concernés figuraient notamment des traductions d’œuvres internationales ou des romans contemporains mettant en scène des personnages queer. Certains livres avaient été retirés de la vente sur décision administrative, tandis que leurs auteurs ou éditeurs pouvaient être exposés à des sanctions.

Dans certains cas, les publications étaient pourtant accompagnées d’un avertissement « 18+ », destiné à se conformer à la législation russe. Cela n’a pas empêché leur mise en cause.

Un cadre légal de plus en plus restrictif

Depuis 2013, la Russie s’est dotée d’un arsenal juridique visant à interdire la diffusion de contenus liés aux relations homosexuelles auprès des mineurs. Cette législation a été considérablement durcie à la fin de l’année 2022, étendant l’interdiction à l’ensemble de l’espace public, y compris les livres, les médias et les plateformes numériques.

Les sanctions prévues sont lourdes : amendes élevées pour les éditeurs et distributeurs, voire peines de prison dans certains cas. Les ressortissants étrangers peuvent en outre être expulsés du territoire.

En 2023, la Cour suprême russe a franchi une nouvelle étape en classant le « mouvement LGBT international » comme organisation « extrémiste ». Cette qualification, juridiquement floue, permet aux autorités d’engager des poursuites pénales contre un large éventail d’acteurs culturels ou médiatiques.

Eksmo occupe une place centrale dans l’édition russe, avec près de 10.000 titres publiés chaque année et environ 30 % du marché national.

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Cette position en fait un acteur particulièrement exposé dans un contexte de durcissement idéologique, accentué depuis le début de la guerre en Ukraine, où les autorités ont renforcé leur contrôle sur les contenus culturels au nom de la défense de valeurs dites « traditionnelles ».

Crédits photo : Pexels

Par Ewen BertonContact : eb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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