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Karl Marx, un étudiant en lutte

1838. Berlin. Le soleil se lève sur la rivière de la Spree. Accoudé à la fenêtre de sa chambre, un jeune homme contemple la rue. Cheveux au vent, petite barbe, il se demande ce qu’il va faire de sa journée. Aller en cours ? Pas envie. Faire quelques emplettes dans le centre ? Pourquoi pas. Mais quand il ouvre son tiroir, il se rappelle qu’il n’a pas un sou. L’argent manque. Alors la chemise attendra. Il s’appelle Karl Marx. Il a 20 ans.

Du bistrot à la salle de classe

Cette année-là, Karl étudie le droit à l’université de Berlin. Né à Trèves, dans la province de Rhénanie, le voilà à des centaines de kilomètres de sa famille. Les Marx sont des bourgeois cultivés, imprégnés par les Lumières, issus d’une longue lignée de rabbins. Dans la Prusse intolérante, son père, pourtant juif, a dû se convertir au protestantisme pour continuer son métier d’avocat. Il voudrait que Karl suive la même voie. Pour le jeune homme, fini les soirées de débauche, la bière qui coule à flots et les bagarres dans les tavernes… Son père l’a envoyé à Berlin, capitale de la Prusse, pour qu’il s’assoie un peu moins au comptoir et davantage à la bibliothèque.

En lutte contre le vœu du père

Mais depuis plusieurs mois, une crise intérieure tourmente le jeune homme. Le soir, la pensée d’un philosophe lui revient dans la tête : Hegel, Hegel, et encore Hegel. « De dépit, j’ai été quelques jours tout à fait incapable de penser, je courais comme un fou dans ce jardin bordant l’eau sale de la Spree qui lave les âmes et délave le thé », écrit-il. Karl vient de découvrir la philosophie. Un choc. Orienter sa vie vers cette discipline lui permettrait de réaliser son but d’adolescent : œuvrer pour le « bien de l’humanité ». Mais comment annoncer la nouvelle à son père ? Comment, surtout, ne pas le décevoir ?

Quelques semaines plus tôt, Karl lui a écrit une longue lettre, à quatre heures du matin. « Cher père, il est dans la vie des moments qui sont comme des bornes-frontières, dressées au terme d’une époque révolue, mais qui du même coup indiquent nettement une direction nouvelle ». Contre toute attente, Heinrich accepte cette réorientation. Mais il souhaite que Karl devienne responsable et dépense moins d’argent. Il meurt, le 10 mai 1838, avant même de le voir exaucer ce vœu. Karl a vingt ans depuis cinq jours. Une autre vie commence.

Jeune hégélien à Berlin

Dans les mois qui suivent, Karl vit dans l’instabilité financière, se rend de moins en moins en cours et s’intéresse de plus en plus à la philosophie. Il se lance dans la rédaction d’une thèse : La différence entre la philosophie de la nature de Démocrite et d’Épicure. Dans les auberges et bistrots berlinois, il fréquente aussi le groupe d’intellectuels : les jeunes hégéliens de gauche. Après avoir digéré la pensée de Hegel (et cela met du temps), ils critiquent ensemble la pensée du maître allemand et s’attaquent à la religion. Dans cet État autocratique, Karl et les jeunes hégéliens appellent à des mesures de justice sociale et de démocratie. Il faudra encore attendre.

Avant de devenir philosophe, Karl Marx est un jeune contestataire. Il s’oppose au désir de son père, choisit la philosophie plutôt que le droit et n’hésite pas à critiquer la pensée de son maître, Hegel. Quatre ans plus tard, en 1842, il devient journaliste à la Gazette rhénane et y écrit ses premiers articles politiques. L’universitaire devient militant. La plume sera toute sa vie son épée. Celle qui s’insurge contre l’exploitation des prolétaires par les possédants et appelle la classe ouvrière à se révolter. Celle qui pense la lutte des classes. Mais avant de porter une barbe de philosophe, Karl Marx en possède une de trois jours. Laissons la pousser au gré des tumultes du siècle.


Source:

www.radiofrance.fr

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