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Rébecca Chaillon, le théâtre militant

« Tous les matins, je me lève et je suis là, je suis toujours grosse, je suis toujours noire, je suis toujours une meuf, je suis toujours gouine », affirme Rébecca Chaillon. Et l’autrice, metteuse en scène et performeuse de théâtre de poursuivre : « Tout est politique. Et comme avec ma grande bouche je peux y aller, alors j’y vais. »

Née en 1985, Rébecca Chaillon découvre le théâtre dès l’école primaire grâce aux mouvements d’éducation populaire dans les années 1990 en Picardie. Très vite passionnée par la scène, elle s’attache à donner vie à des récits invisibilisés. « Dans les textes de théâtre, dans les livres que je lisais, mon corps n’était jamais présent. Je n’ai jamais lu une histoire qui se passe en Martinique ou en Picardie, ou qui mette en jeu des personnages qui ne soient pas hétéros », confie-t-elle.

Aujourd’hui, Rébecca Chaillon écrit et met en scène des pièces sur le rapport au corps, la passion amoureuse violente, les minorités queer, l’afro-féminisme ou encore les violences subies dans le monde adulte. Et considère la scène comme un terrain d’expérimentation. « J’ai dû à un moment me poser la question du ‘gaze’ c’est-à-dire qui me regarde ? À qui je raconte mes histoires ? Raconter à des personnes qui n’ont pas la même perception que moi m’a amenée à changer ma manière d’écrire. Et surtout à mettre aussi les institutions au travail, en les provoquant avec des dispositifs particuliers, comme par exemple : ‘On fait une scénographie qui inclut des femmes noires, donc il va falloir trouver un public de femmes noires. Ou encore on monte un spectacle qui parle de grossophobie, donc pour que des personnes grosses puissent y assister, il va falloir modifier les sièges de la salle s’ils ont des accoudoirs ! »

Casser les codes du théâtre

Bousculer le public, la scène et les institutions, c’est la signature de Rébecca Chaillon. En 2021, quand elle présente Carte noire nommée désir, une performance à la fois kitsch et trash qui explore les stéréotypes sur les femmes noires, ses actrices ont été victimes d’agressions racistes. L’autrice elle-même a subi une vague de cyberharcèlement, à la suite de laquelle six personnes ont été condamnées.

Son dernier spectacle, « La Parabole du Seum », présenté au festival d’Avignon en juillet 2026, dans lequel Rébecca Chaillon met en scène des personnes marginalisées, grosses et non blanches, convoque les thèmes du fascisme, de la religion et de l’astrologie. Ses sept interprètes s’appuient sur leur vécu pour dénoncer la grossophobie et la surconsommation, dans une ambiance provocatrice revendiquée.

Pour cette création, Rébecca Chaillon s’est inspirée de l’Américaine Octavia Butler, autrice de La Parabole du semeur. « Quand j’ai vu que ce roman de science-fiction était écrit par une femme noire, j’ai buggé. Je me suis dit : ‘Comment on fait pour écrire ces choses-là ? Qu’est-ce qu’elle va me raconter ?’ Ça a ouvert un désir chez moi : celui que ces personnes à la marge, queer ou grosses qui écrivent de la science-fiction me parlent de leurs imaginaires face à la survie, qu’elles me décrivent le monde actuel, depuis leurs endroits de décalage. Et ça permet de rêver de lutte, je trouve que la science-fiction crée beaucoup de désir. »


Source:

www.radiofrance.fr

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