Arachnophobes, prenez garde! Mieux vaut ne pas croiser la route d’une chasseuse brune. Cette créature pourrait bien être l’espèce d’araignée la plus rapide au monde. Sa vitesse de pointe dépasse celle d’un joggeur moyen. Poilu et grand comme votre main, cet arachnide arrive en tête d’une analyse portant sur la vitesse de course de 258 espèces d’araignées publiée sur la plateforme de prépublication scientifique dédiée aux sciences de la vie bioRxiv.
Ces résultats, qui n’ont pas encore été évalués par des pairs, doivent permettre de mieux comprendre l’évolution des mouvements chez les animaux à huit pattes. Contrairement à d’autres performances physiques, la vitesse de course n’est pas directement liée à la taille d’une espèce. Le guépard, animal le plus rapide, n’est par exemple pas si grand. Pour mieux cerner les facteurs déterminant la vitesse, les chercheurs se sont intéressés aux araignées du monde entier, rapporte le magazine Smithsonian.
Pour réaliser leur étude, l’équipe de chercheurs a placé chaque animal dans une boîte tapissée de papier quadrillé, tandis qu’une caméra capturait les déplacements. La plupart des bêtes se sont mises à courir après une légère sollicitation, par exemple une impulsion avec l’extrémité arrondie d’un crayon. Certaines étaient nettement plus récalcitrantes. «Ce projet aurait pu être bouclé en un mois si les araignées comprenaient l’anglais», confie Shreyas Kuchibhotla, coauteur de l’étude et expert dans le comportement des araignées, qui a mené ces travaux à l’Imperial College de Londres. Les tarentules préfèrent par exemple tenir leur position plutôt que fuir. Les chercheurs ont usé de jets d’air comprimé pour les faire bouger.
Pas la taille qui compte
Ils ont ensuite complété leurs résultats avec des données provenant de précédentes études. Les scientifiques ont établi un constat frappant: la plus rapide des araignées est la chasseuse brune, espèce peuplant l’est de l’Australie. L’animal peut atteindre une vitesse de pointe d’environ 13 km/h, maintenue une fraction de seconde. Sa vitesse moyenne soutenue avoisine plutôt les 7 km/h, ce qui reste très rapide.
À titre de comparaison, un être humain court en moyenne entre 6,5 et 10 km/h. Les mesures concernant la chasseuse brune proviennent d’une étude publiée en 2021. «À l’époque, nous ne savions pas que c’était l’araignée la plus rapide», raconte Christofer Clemente, chercheur en écophysiologie animale à l’université de Sunshine Coast en Australie. Avec son équipe, ils avaient simplement relevé la rapidité impressionnante de la petite bête.
Pour comprendre ce qui rend certaines araignées plus rapides que d’autres, les chercheurs ont étudié leur taille, leur morphologie, leur histoire évolutive et leurs spécificités écologiques. Si la vitesse de course tend à augmenter avec la taille, cette proportionnalité s’arrête à partir d’un certain seuil. Pesant environ 3 grammes, la chasseuse brune se situe dans la jauge optimale pour la vitesse, grâce à un abdomen relativement léger et de longues pattes. Elle devance ainsi des araignées bien plus imposantes, comme la mygale rose du Brésil qui pèse 52 grammes mais ne dépasse pas 1,6 km/h.
À l’inverse, d’autres araignées sont bien plus rapides que ce que leur gabarit ne laisserait supposer. L’oonops pulcher, une minuscule araignée orange qui ne pèse que 0,1 milligramme, peut sprinter à environ 0,7 km/h. «Rien n’aurait pu me préparer à la façon dont elle s’est pratiquement téléportée à travers l’arène», sourit Shreyas Kuchibhotla.
Autre constat: les araignées qui capturent leurs proies dans leur toile ne sont pas forcément plus lentes que celles qui les pourchassent. La chasseuse brune, championne de vitesse, pourrait toutefois perdre son titre un jour. Les chercheurs n’excluent pas qu’il existe des espèces encore plus rapides qui n’ont peut-être pas été testées. Affaire à suivre!
Source:
www.slate.fr

