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Comment les mines d'or sont en train de détruire l'Amazonie

Jusqu’à il
y a quelques semaines, la maison close de Vila Cururu, une enclave d’orpaillage
illégal située au cœur d’un territoire autochtone brésilien, accueillait des
prospecteurs ivres venus passer leur soirée à reluquer les travailleuses du
sexe, avant de les suivre dans l’une des cabanes isolées derrière ce lieu de
fortune. Les mineurs dormaient à proximité, dans un campement chichement
aménagé.

Désormais, ce
haut lieu de l’exploitation clandestine a été rasé par les forces de sécurité
brésiliennes, qui tentent d’éradiquer l’exploitation minière illégale des
territoires autochtones après des années de laisser-faire sous la présidence de
Jair Bolsonaro (2019-2022).

À son retour
au pouvoir en janvier 2023, l’actuel président Luiz Inácio Lula da Silva a fait
de cette lutte une priorité. Et pour cause: dans le seul territoire de Sararé,
une étendue de savane et de forêts grande comme Singapour, située près de la
frontière avec la Bolivie, près de 4% de la surface forestière a disparu ces
dernières années. Il y a cinq ans, 44,8 km² ont été détruits par la ruée vers l’or.

La flambée
des cours de l’or, qui ont atteint des sommets dans un contexte d’instabilité
mondiale marqué par la politique étrangère imprévisible de Donald Trump, a accentué
le phénomène. «Le cours de l’or et ce contexte mondial de folie ont
un impact direct dans toute l’Amazonie», souligne Nilton Tubino, surnommé
le «tsar des expulsions de Lula».

Dans une enquête exclusive, le journaliste du Guardian Tom
Philips a passé deux jours à parcourir les zones dévastées du Sararé, accompagné
des forces gouvernementales brésiliennes. Vues d’hélicoptère, d’interminables
balafres brunes lacèrent une étendue autrefois densément boisée. Des mares d’eau
stagnante contaminées par le mercure sont utilisées comme bacs de lavage par
les mineurs.

Un véritable désert

Sur une plaine voisine, une mine encore plus vaste a été
creusée à l’aide de pelles hydrauliques. Les arbres ont été rasés, remplacés par
d’immenses monticules de gravats gris et cuivrés. «C’est un véritable
désert. Je suis né et j’ai grandi ici, et quand j’ai vu ça, je n’en croyais
tout simplement pas mes yeux», témoigne Jackson Katitãurlu, chef du peuple
autochtone Nambiquara, qui vit dans le Sararé. Selon lui, les rivières de son
territoire ont été empoisonnées et la faune est effrayée par le vacarme
incessant des explosions.

La crise du Sararé a débuté sous la présidence de Jair Bolsonaro
et s’est accentuée avec l’utilisation de pelles toujours plus performantes et l’infiltration
présumée de groupes criminels organisés lourdement armés, tels que le Commando
Rouge de Rio de Janeiro, organisation impliquée dans le trafic d’armes
et de drogue. Le groupe aurait progressivement pris le contrôle de Vila Cururu
et d’autres mines de Sararé, provoquant une explosion de violence sur le territoire.
Les forces spéciales chargées de la protection de l’environnement ont mené
plusieurs opérations contre ce réseau criminel.

Selon les dirigeants Nambiquara, la répression a déjà des
conséquences visibles: de nombreux trafiquants mineurs ont été expulsés. Mais que
se passera-t-il lorsque les troupes de sécurité s’en iront? «Bonne question,
répond Jackson Katitãurlu. Si l’opération est suspendue, je pense qu’ils
reviendront. À 100%, ils reviendront.»

Lula, vent debout contre l’exploitation minière illégale

La réélection de Lula a marqué un tournant dans la lutte
coordonnée contre l’exploitation minière illégale et la déforestation, avec l’objectif
de protéger les communautés autochtones et les autres populations
traditionnelles d’Amazonie. Malgré les opérations de répression –Nilton Tubino dit
en avoir déjà réalisé dix sous la présidence de Lula– certains mafieux continuent
de rôder dans le Sararé.

Alors qu’un convoi entrait dans Vila Cururu, les radios de
la police ont capté des échanges entre des guetteurs postés dans les collines. «Il
y a un type en gilet pare-balles qui prend des photos et deux autres types
d’allure différente», a annoncé l’un d’eux, faisant vraisemblablement
référence aux reporters du Guardian.

Plus loin, Nilton Tubino s’est glissé dans un tunnel long de
100 mètres, dans l’obscurité totale. Il y a trouvé des outils suggérant que des
mineurs étaient toujours à l’œuvre, opérant sans doute de nuit pour éviter
d’être repérés. Dans un buisson près d’une autre mine désactivée, les soldats
ont trouvé des sacs blancs contenant 300 kg d’explosifs à base de nitrate
d’ammonium.

La campagne anti-minage lancée par Lula est un travail de longue haleine, éreintant et dangereux pour les
hommes et les femmes en première ligne face à une économie clandestine pesant
plusieurs milliards d’euros. Mais Nilton Tubino ne compte pas s’arrêter là. «Des
vacances? Ça n’existe pas», a-t-il ironisé, assis au milieu des décombres
d’une cabane minière récemment détruite. Pour lui, la protection des peuples
autochtones prime.


Source:

www.slate.fr

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