Pour ses dix ans, MOGA Essaouira réunit Jamie Jones, The Martinez Brothers et ANOTR du 30 septembre au 4 octobre 2026, au bord de l’Atlantique. Le festival marocain a dévoilé ce mardi son programme jour par jour, fort d’une soixantaine de noms.
Dix bougies, trois têtes d’affiche et cinq jours de fête entre océan et médina. MOGA Essaouira a levé le voile ce mardi 21 juillet sur le line-up complet de son édition anniversaire. Rendez-vous du 30 septembre au 4 octobre 2026 dans la cité des alizés, sur la côte atlantique marocaine. Au sommet de l’affiche : Jamie Jones, The Martinez Brothers et ANOTR, chacun maître d’une soirée.
Né en 2016, MOGA Essaouira s’est imposé comme le plus ancien festival de musique électronique de ce format au royaume. Sa recette n’a pas changé depuis les débuts. D’abord, un site boutique à taille humaine, loin des jauges démesurées des grands rassemblements européens. Ensuite, une programmation pointue, entre house, minimal et sonorités organiques. Enfin, un dialogue permanent avec la culture locale, des maâlems gnaouas aux collectifs de la jeune scène marocaine.
« Octobre, l’Atlantique, cinq jours de musique et de soleil » : c’est par ces mots que le festival a annoncé la nouvelle à sa communauté, la #MogaTribe, via sa newsletter. La promesse résume bien le positionnement du rendez-vous, à mi-chemin entre le club, la retraite bien-être et le voyage. Pour cette édition anniversaire, les organisateurs annoncent leur plus vaste programmation à ce jour.
Concrètement, l’événement se déroule en deux temps. Le MOGA OFF investit d’abord la médina, avec un programme culturel gratuit ouvert à tous. Le MOGA IN prend ensuite le relais du 2 au 4 octobre, avec plusieurs scènes installées dans un complexe hôtelier face à l’Atlantique. Trois soirées, trois ambiances, et un fil rouge : célébrer une décennie de fusion entre musiques électroniques et traditions marocaines.
Vendredi 2 octobre : Jamie Jones en chef de file
La première grande soirée revient à Jamie Jones. Le DJ et producteur gallois incarne depuis quinze ans une certaine idée de la house hédoniste. Patron du label Hot Creations, il a fondé les soirées Paradise, devenues une institution du club DC-10 à Ibiza. Au sein du groupe Hot Natured, il a aussi signé quelques-uns des tubes les plus fédérateurs de la house des années 2010. Selon les organisateurs, il se produira pour la première fois au Maroc. Un argument de poids pour cette édition anniversaire.
Autour de lui, la soirée d’ouverture affiche une couleur house et minimale assumée. Le Roumain Rhadoo apportera sa science des sets au long cours. Pilier du trio [a:rpia:r] aux côtés de Raresh et Petre Inspirescu, il incarne depuis vingt ans l’école minimale de Bucarest, culte chez les puristes. Le Britannique Richy Ahmed, compagnon de route de Jamie Jones chez Hot Creations, complète le volet international. En face, la scène locale répond présent. Othman Kabbadj, Jilali et MOV. porteront les couleurs marocaines, aux côtés de Florentia, Gawdat, Hamadeus, Jakaw, Jhobei, Julian Anthony, N4BZ, OZ & REM et Piticu.
Samedi 3 octobre : The Martinez Brothers en soirée maîtresse
Ensuite, le samedi appartient aux Martinez Brothers. Élevés dans le Bronx et initiés très jeunes à la house new-yorkaise, Chris et Steve Martinez ont fait leurs classes adolescents dans les clubs de la ville. Ils ont ensuite grandi sous l’aile du producteur Dennis Ferrer, avant de conquérir Ibiza et les plus grands festivals. Les deux frères comptent aujourd’hui parmi les DJ les plus demandés de la planète, entre résidences balnéaires, tournées mondiales et leur label Cuttin’ Headz. Leur venue à Essaouira s’annonce comme l’un des moments forts de cette édition des dix ans.
De fait, la programmation du jour est la plus dense du week-end, avec plus de vingt noms à l’affiche. On y repère la Suissesse Sonja Moonear et l’Italienne Silvie Loto, deux références de la scène minimale européenne. Le back-to-back entre Fantastic Man et Tornado Wallace promet, lui, un grand écart entre disco cosmique et house australienne. En outre, l’Argentin Alexis Cabrera défendra un live machine.
D’ailleurs, la liste ne s’arrête pas là. Jesse Calosso, habitué de Cuttin’ Headz, croisera Voigtmann, Moruki, Mumsfilibaba, Notre Dame, Matisa, Malika, Hyde, Halfpint, Baruck, Calabasa, Abel, Memed Awad, Rain, Ramyen, Yamagucci et Jazzee & Meyzz. Le Marocain Yaya, dernier cité de l’affiche du jour, rappellera que la fête se joue aussi à domicile.
Dimanche 4 octobre : ANOTR pour le grand final
Enfin, le dernier soir, place à ANOTR. Le duo d’Amsterdam, à la tête du label No Art, a imposé ces dernières années une house groovy et mélodique qui a conquis les floors du monde entier. Révélé par un premier album remarqué, « The Reset », paru fin 2022 sur son propre label, le tandem y mêlait house, disco et funk avec une aisance rare. Son titre « On & On », porté par la voix d’Abel Balder, s’est ensuite hissé au rang de phénomène de club planétaire. À Essaouira, les Néerlandais viendront conclure trois jours de programmation continue sur le site principal.
Pour l’accompagner, MOGA Essaouira a par ailleurs réuni un plateau éclectique. Le Britannique Fort Romeau y défendra sa house atmosphérique, tandis que le Zurichois Kalabrese apportera sa touche organique et bricolée. Bradley Zero, fondateur du label et des soirées Rhythm Section, jouera les passeurs entre jazz, broken beat et house. Cesar Merveille et Viken Arman représenteront la scène française, chacun dans un registre distinct.
Mais c’est côté Maroc que la soirée de clôture prend des allures de fête nationale. Amine K, figure historique de la scène électronique du royaume et fondateur du collectif Moroko Loko, retrouvera Daox — la première annonce du festival promettait les deux hommes en back-to-back. Polyswitch et Ousseki complètent le contingent local. Yahya se produira en live. E.Lina, Ebba, Enrica Falqui, Doudou MD, Loewenthal et Tunik complètent le tableau du dimanche.
Une affiche cohérente, entre pointure et découverte
Au-delà des trois têtes d’affiche, le line-up raconte une direction artistique. Pas de superstar EDM ni de programmation attrape-tout : MOGA Essaouira reste fidèle à un spectre house et minimal exigeant, où les habitués des clubs européens côtoient des projets plus confidentiels. Les formats varient, du back-to-back au live, et les sets s’étirent volontiers sur la longueur. D’un côté, des figures installées comme Rhadoo ou Sonja Moonear rassurent les puristes. De l’autre, la nouvelle génération incarnée par ANOTR ou Yamagucci parle aux moins de trente ans. Peu de festivals parviennent à tenir les deux bouts sur une même affiche.
L’équilibre entre scènes est un autre marqueur. Près d’une dizaine d’artistes marocains figurent sur l’affiche des trois soirées principales, d’Othman Kabbadj à Polyswitch en passant par Yahya. Une proportion rare dans les festivals internationaux organisés au Maghreb, où les plateaux se limitent souvent aux noms importés. Ici, la scène locale ne fait pas de la figuration : elle occupe des créneaux de premier plan, back-to-back avec les invités étrangers compris. Le choix reflète la vitalité d’une scène marocaine en plein essor, entre clubs de Casablanca, collectifs de Rabat et soirées de Marrakech, dont MOGA Essaouira s’est fait l’une des vitrines les plus visibles.
MOGA OFF : la médina en mode festival
Avant les grandes soirées, MOGA Essaouira déploie son OFF les 30 septembre et 1er octobre. Le principe reste inchangé : un programme culturel gratuit disséminé dans la médina, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. DJ sets, concerts, sessions de surf, yoga, cinéma et ateliers rythment ces deux journées. Elles restent ouvertes à tous, festivaliers comme habitants. L’an dernier, le OFF avait investi 37 lieux de la vieille ville, selon les organisateurs.
Ce format hybride fait l’identité du rendez-vous depuis ses débuts. Là où la plupart des festivals électroniques concentrent leur public sur un site fermé, MOGA Essaouira revendique un ancrage réel dans la ville. Ainsi, les riads, cafés et places de la médina deviennent des scènes éphémères. Les collectifs marocains y tiennent une place centrale. Cette année, Hush Hush, Supervibe, Cartoon et LVR figurent parmi les invités du programme, selon le festival.
Le bien-être fait aussi partie du contrat. Le festival se présente comme une expérience reliant « danse, musique, art et wellness », inspirée par l’énergie de l’Atlantique. Entre deux sets, les festivaliers peuvent ainsi enchaîner cours de yoga face à l’océan et sessions de surf sur les spots qui ont fait la réputation de la baie.
Quatre scènes face à l’océan pour le MOGA IN
Du 2 au 4 octobre, le cœur du festival battra sur le site principal, l’hôtel Le Golf d’Essaouira et ses jardins posés face à l’Atlantique, à quelques kilomètres de la médina. Quatre scènes y accueilleront la programmation, chacune avec son identité sonore et sa scénographie. Les années précédentes, les décors inspirés de l’artisanat marocain comptaient parmi les signatures visuelles du rendez-vous.
Par ailleurs, le festival soigne l’expérience autour des scènes. Un marché de créateurs mettra en avant designers et artisans, tandis qu’une offre de restauration élaborée complétera le dispositif. L’ambition affichée reste celle d’un festival boutique : une jauge maîtrisée, des espaces pour souffler et la possibilité de passer du dancefloor à la plage en quelques minutes.
Dix ans de fusion entre électro et culture gnaoua
L’édition 2026 marque les dix ans d’une aventure lancée en 2016. À l’époque, l’idée pouvait sembler audacieuse : implanter un festival de musique électronique pointu dans une ville portuaire d’environ 80 000 habitants, plus connue pour ses remparts et son Festival Gnaoua que pour ses clubs. Une décennie plus tard, le pari des fondateurs est gagné. MOGA Essaouira en est à sa septième édition dans la ville et s’est taillé une réputation solide auprès des amateurs européens de house et de minimal. Le festival attire désormais un public international, sans perdre son ancrage marocain.
Surtout, la marque de fabrique du festival tient en un mot : la rencontre. Depuis ses débuts, l’événement organise des collaborations originales entre DJ internationaux et maâlems gnaouas, les maîtres de cette musique de transe séculaire. Portée par le guembri, luth basse à trois cordes, et le cliquetis métallique des qraqebs, la musique gnaoua est inscrite depuis 2019 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Ces créations croisées, souvent inédites, distinguent MOGA Essaouira des innombrables festivals électroniques qui se contentent d’aligner des noms. Elles offrent aussi aux maâlems une exposition auprès d’un public qui ne les aurait jamais croisés autrement.
L’édition 2025, organisée du 1er au 5 octobre dernier, avait confirmé la formule. Rolling Stone y avait notamment rencontré le Français Cabanne, pionnier de la micro-house, dont le passage avait marqué les esprits.
Le rendez-vous a d’ailleurs essaimé au-delà du Maroc. Depuis 2021, une déclinaison portugaise se tient à Costa da Caparica, près de Lisbonne. Une édition espagnole a vu le jour en 2025, et le Brésil figure parmi les prochaines étapes annoncées par les organisateurs. Partout, le principe reste le même : croiser les scènes électroniques internationales avec les cultures musicales locales.
Essaouira, des hippies aux DJ
Car le choix d’Essaouira n’a rien d’un hasard. La cité fortifiée cultive depuis longtemps un rapport singulier à la musique et aux contre-cultures. À la fin des années 1960, la ville et ses environs accueillaient Jimi Hendrix et les voyageurs du mouvement hippie, épisode entré depuis dans la légende locale. Chaque année, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde y attire par ailleurs des centaines de milliers de spectateurs.
Les cinéphiles et les sériephiles connaissent aussi ses remparts : la ville a servi de décor à la série Game of Thrones, qui y a tourné plusieurs scènes. C’est dans ce décor, entre port de pêche, dédale de ruelles blanches et bleues et plages balayées par les alizés, que MOGA Essaouira installe chaque automne ses scènes. Un cadre que peu de festivals peuvent revendiquer. La ville se rejoint facilement depuis l’aéroport de Marrakech, à environ deux heures et demie de route, ou via l’aéroport d’Essaouira-Mogador et ses liaisons européennes directes.
Un moteur économique pour la cité des alizés
En parallèle, le rendez-vous est devenu au fil des éditions un enjeu économique pour la région. Selon les chiffres des organisateurs pour l’édition 2025, le festival a rassemblé 15 000 participants. Il aurait généré 51,5 millions de dirhams de retombées locales et nationales, soit environ 4,7 millions d’euros. L’événement revendique également la création de plus de 1 400 emplois directs et un taux de satisfaction de 92 % parmi les festivaliers.
Autre donnée mise en avant : plus d’un tiers des participants prolongeraient leur séjour à Essaouira au-delà des dates du festival. Ces chiffres expliquent le soutien des acteurs locaux à un événement devenu vitrine touristique. La ville mise de longue date sur la culture pour exister sur la carte internationale, et le festival s’inscrit pleinement dans cette stratégie.
Billets et infos pratiques
MOGA Essaouira 2026 se tiendra donc du 30 septembre au 4 octobre. Le OFF, gratuit, occupera la médina les deux premiers jours. Les trois journées suivantes se dérouleront sur le site principal, à quelques kilomètres du centre. Les passes trois jours et les billets journaliers sont disponibles sur la billetterie officielle du festival. Au vu de la jauge volontairement limitée et du statut d’édition anniversaire, mieux vaut ne pas trop attendre. Les précédentes éditions avaient affiché complet sur plusieurs catégories de passes, selon les organisateurs. Le public vient désormais de toute l’Europe, la douceur de l’automne marocain aidant.
Reste enfin une question, celle que pose toute dixième édition : comment durer sans se répéter ? La réponse du festival tient dans ce programme anniversaire, le plus ambitieux de son histoire. En attirant pour la première fois Jamie Jones au Maroc tout en confiant sa clôture à la scène locale, MOGA Essaouira résume en une affiche ce qu’il construit depuis 2016. Un pont entre deux mondes, posé sur une plage de l’Atlantique.
Pour prendre la température avant de boucler sa valise, Rolling Stone s’était plongé dans l’édition 2025 du festival. La rédaction avait aussi rencontré DJ Cabanne, pionnier de la micro-house, invité marquant de la dernière édition. L’aftermovie ci-dessus donne, lui, un aperçu de l’ambiance nocturne au pied des alizés.
La rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr

