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Franck Maubert : “Écrire est un bien curieux exercice”

Écrire est un bien curieux exercice. Et je n’aime pas trop les travaux de démystification. Comment est né ce livre ? Comme souvent, une idée vient, seule, sans vraiment y réfléchir. Elle tombe du ciel en quelque sorte, comme une nuée, un appel. Après elle vit en vous, avec vous, elle s’installe, ne vous quitte plus, elle vous habite. On ne peut plus s’en détacher.

Petit à petit, elle se développe, prend de l’ampleur, s’étend jusqu’au jour où il devient impossible de s’en séparer. La seule solution est de se mettre au travail face à une feuille de papier, des notes éparses griffonnées ici et là apparaissent. Le processus est en action. Vient une phrase, qui tombe, elle aussi.

Quand j’ai débuté l’écriture de « Sur la route du retour » je pensais écrire sur ce que j’appelais maisons, celle de l’art, celle des mots, celle de la beauté, de la nature …

En fait un événement qui a surgi brutalement -un passage dans un scanner- en a décidé tout autrement. Emprisonné dans ce tube durant trois quarts d’heure, des images, des mots m’occupaient l’esprit. Peu à peu, dans ce huis-clos, se construisait une sorte de récit.

Et me revenaient des étendues de mon enfance, de mon adolescence. Elles glissent puis se creusent. Des événements dont j’avais déjà parlé dans certains de mes livres surgissaient. Je n’y pouvais plus rien, ils me possédaient jusqu’à l’obsession. Impossible de s’en défaire.

De retour chez moi, après ce court séjour hospitalier, je n’avais qu’une hâte, me mettre devant mon ordinateur et me lancer dans une nouvelle écriture. Ces premières pages n’avaient plus rien à voir avec mon projet initial.

Je me laissais couler au fil des phrases, revenais en arrière, les reprenais, mot à mot, les relisais à voix haute. Et il m’était impossible de ne pas reparler de l’histoire de mon père, de ceux qui m’ont élevé durant mes sept premières années.

Je me disais tu rabâches, tu te répètes, abandonne ! Écris autre chose, reviens à ton idée de maisons. Ma mère est apparue, elle aussi, avec son flot de scènes qui me déchiraient le cœur. J’étais embarqué presque contre mon gré.

Mais d’autres images, d’autres mots ont jailli. Ça rêvait en moi : des tableaux, des visages, des moments. J’empruntais mes routes, qui n’étaient que celles des provinces de soi, ces veines qui rassemblent nos chemins intérieurs. Je me perdais dans le jeu des simulacres.

Et peu à peu je me suis retrouvé à évoquer ce dont je voulais parler dès mon projet initial : la nature, bien sûr, mes émotions quasi muettes face à des œuvres, et la beauté, sans laquelle je ne vivrai pas.

La beauté sous toutes ses formes : un visage aimé, oublié, disparu, des tableaux, ceux de mes premières découvertes au Louvre, inépuisable labyrinthe aux images. Tout s’est plus ou moins lié en un sfumato où j’ai erré sur les confins.

Franck Maubert

À LIRE – C’est l’histoire d’une rencontre avec le livre d’Eleonore Frey

Essayiste et romancier français, Franck Maubert partage sa vie entre Paris, Ars-en-Ré et la Touraine. Passionné d’art, il a notamment reçu le prix Renaudot de l’essai en 2012 pour Le Dernier Modèle (Mille et une nuits), le prix Jean-Freustié en 2019 pour L’Eau qui passe (Gallimard), puis le prix François-Sommer en 2025 pour Avec Pierre de Ronsard (Mercure de France).

Crédits photo : Franck Maubert (Arléa)

Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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