Sicario bébé, de Fanny Taillandier
Noir social et passion adolescente — Blaise et Djen ont 17 ans, s’aiment et attendent un enfant. Mais ni l’un ni l’autre ne dispose des ressources nécessaires pour l’accueillir. Bobby, leur camarade, pense avoir trouvé la solution : 50 000 euros en échange d’un assassinat commandité par un narcotrafiquant local.
La proposition précipite les adolescents dans une cavalcade qui traverse les marges de la France contemporaine, d’une cité en démolition à un grand port maritime, en passant par un foyer de travailleurs et une ZAD. Inspirée de plusieurs faits divers, Fanny Taillandier associe la mécanique du noir à une passion amoureuse prise dans l’urgence, l’argent facile et le désir obstiné d’échapper au scénario déjà écrit.
Pas si tant, de Salomé Botella
Prose poétique et adolescence rurale — Planter, bêcher, fendre du bois, préparer à manger : Salomé Botella assemble les gestes ordinaires, les souvenirs de famille et les images d’une enfance passée dans la Creuse. Son premier texte avance par fragments, sans chronologie docile, porté par une oralité qui restitue autant les manières de parler que celles d’habiter un territoire.
Le départ pour les Beaux-Arts de Paris ne produit pourtant pas un récit de transfuge supplémentaire. La capitale n’est ni une récompense ni une libération, pas plus que la campagne ne se réduit à ses difficultés sociales. En attendant Nadeau parle même d’une transfiguration et une déclaration d’amour à cette ruralité, débarrassée de ses représentations folkloriques.
Trois fois Jacqueline, de Hadia Decharrière
Anticipation médico-féministe — Jacqueline, chirurgienne obstétricienne de 45 ans, reçoit une invitation de VirMed : effectuer la première greffe utérine du métavers. La perspective ébranle ses convictions. Assiste-t-elle à une avancée médicale ou aux prémices d’une conversion numérique de l’humanité ?
De l’île grecque d’Hydra à New York, puis dans les territoires de la réalité virtuelle, son parcours la conduit vers la possibilité d’une société féminine et non violente. Hadia Decharrière mêle ainsi médecine, maternité et vertige technologique dans une anticipation qui préfère le doute à la démonstration. Le format ramassé lui évite l’appareillage parfois pesant de la dystopie traditionnelle.
La fabrique du merveilleux, de Nétonon Noël Ndjékéry
Conte politique et imaginaire — Dans la principauté de Lara, la courtisane Poudoudou connaît une ascension fulgurante auprès du monarque Laoula. Elle évince ses rivales, remplace les conseillers et impose en quelques lunes un pouvoir fondé sur la terreur.
Pendant ce temps, au cœur de la forêt primordiale, arbres, animaux et divinités fabriquent des rêves de liberté destinés aux humains. Ceux-ci permettront peut-être de renverser la tyrannie. Mais que devient le merveilleux lorsque la paix revient ? L’écrivain tchadien installé en Suisse déploie une fable en apparence légère sur la fragilité de la démocratie, les lendemains de victoire et l’usage raisonné du progrès.
Une île à l’envers, de Léa Arthemise
Fiction historique et mémoire coloniale — En 1730, avant d’être pendu sur l’île Bourbon, le pirate Olivier Levasseur, dit La Buse, lance une énigme qui promettrait l’accès à son trésor. Deux siècles plus tard, sur le territoire devenu La Réunion, Jo creuse toujours la roche, convaincu d’y découvrir le butin.
Son épouse Léone, créole noire, cherche plutôt à se composer un visage susceptible de lui ouvrir la bonne société française. Leurs enfants rêvent de Paris, tandis que leur nourrice, Nénène, soigne les corps de femmes brutalisées par l’État. Léa Arthemise fait tenir près d’un siècle d’histoire réunionnaise dans cette aventure traversée par l’assimilation, la piraterie, les superstitions et les violences coloniales.
Rapport d’activité, de Sarah Orokieta
Premier roman et humour de l’absurde — Loïc, informaticien de 31 ans, apprécie son existence parfaitement réglée. Il travaille pendant la semaine, regarde les informations et des documentaires historiques le soir, puis change ses draps le dimanche. Lorsqu’un ami l’encourage à tenir un journal intime, il finit par accepter.
Repas, tâches ménagères, rencontres et actualité internationale sont dès lors consignés sur un même ton méthodique. Or, plus Loïc s’applique à établir son bilan, plus son quotidien se dérègle. Dans ce faux rapport administratif, les phrases sèches laissent affleurer le désir, le deuil et une sensibilité que le narrateur ne sait pas formuler. Sarah Orokieta tire ainsi une tension inattendue de la banalité la plus soigneusement classée.
CHOIX DE LA RÉDAC – Ces 10 livres méconnus sauveront votre été avant la rentrée littéraire
Rose Satin, de Louise Pommeret
Roman autobiographique — Entre 6 et 15 ans, Rose consacre son enfance à la danse classique. Les adultes ont tracé sa destinée : elle deviendra petit rat, puis étoile. De Chartres à Paris, la jeune fille consent à tous les efforts pour entrer à l’École de danse de l’Opéra, avant de comprendre que ce rêve n’était peut-être pas seulement le sien.
Louise Pommeret s’adresse à l’enfant qu’elle fut et raconte l’exigence, la douleur ainsi qu’une institution où la souffrance peut devenir un principe éducatif. Après son renoncement viennent les troubles alimentaires, les addictions, puis la lente construction d’un autre avenir. Cette matière autobiographique nourrit un texte sans fard sur l’emprise, le corps et la possibilité de se réinventer après la danse.
Maintenant elle danse, de Madeline Roth
Après l’amour — Un écrivain dont elle a lu tous les livres lui écrit après avoir découvert le sien. Ils commencent à échanger, chaque jour et pendant plusieurs mois. Puis vient la rencontre — qui ne se déroule pas comme elle l’avait imaginée.
Madeline Roth ne s’attarde pas sur l’attente ou la séduction, mais sur ce qui suit : les mois d’après, l’absence et la nécessité de continuer. À la frontière de la fiction, de la confidence et du récit autobiographique, ce très court ouvrage observe la façon dont une relation peut subsister en soi alors même qu’elle n’a presque pas eu lieu. La tristesse n’y constitue pas un terme, seulement un passage avant le retour du mouvement.
White Spirit, de Marine Bachelot Nguyen, Émilie Monnet, Essia Jaïbi, Karima El Kharraze, Penda Diouf et Marina Keltchewsky
Textes polyphoniques pour la parole — Il ne s’agit pas d’un roman, mais de six textes appelés à être dits et entendus. À l’invitation de Marine Bachelot Nguyen, les autrices reviennent sur leur histoire personnelle et leur relation intime à la blanchité. Elles interrogent la domination, le privilège blanc, la charge raciale et l’appartenance à des langues ou à des cultures minorisées.
Les migrations, les diasporas et les héritages coloniaux y rencontrent des fantômes comme des forces spirituelles libératrices. Le politique ne se présente jamais sous la forme d’un exposé abstrait : il traverse les corps, les filiations et les contradictions de celles qui grandissent entre plusieurs récits.
Il n’y a pas de chiffres dans les rêves, de Natyot
Poésie expérimentale et humour absurde — Axiomes fantaisistes, proverbes inventés, slogans et observations rationnelles poussées jusqu’au déraillement : Natyot compose un manifeste réfractaire à toute classification. Les fragments paraissent autonomes, mais leurs échos finissent par dessiner une pensée et, en creux, la trajectoire d’une existence.
Sous l’espièglerie surgissent des portraits moins souriants de la famille, de la société et des automatismes qui gouvernent le quotidien. Le plus petit format de cette sélection peut se parcourir par éclats de quelques minutes ou se lire d’un trait. Dans les deux cas, ses phrases continuent volontiers leur travail une fois le livre refermé.
Illustration : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
Source:
actualitte.com


