Avec le changement
climatique, les inondations côtières extrêmes ne sont plus des événements
exceptionnels. Une
étude publiée le 10 juin dans la revue Nature Climate Change a montré que leur fréquence a été multipliée par dix. Alors que ces épisodes étaient autrefois observés environ
une fois par siècle, notre planète doit aujourd’hui composer avec des flots
dévastateurs en moyenne toutes les décennies. Plus inquiétant encore, les
conclusions soulignent que le changement climatique d’origine humaine a
quadruplé la fréquence de niveaux marins extrêmes sur les côtes depuis 1900.
Selon une autre étude
parue dans la revue Science Advances, les activités humaines sont à l’origine d’environ 58% des dépassements quotidiens du niveau de l’eau observés entre
2000 et 2018. En d’autres termes, les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique sont responsables de plus de la moitié des niveaux marins
extrêmes. Ce n’est pas sans conséquence: ces événements entraînent des ondes de tempête et amplifient les marées
hautes ainsi que les anomalies climatiques.
Pour obtenir
ces résultats publiés dans Nature Climate Change, les chercheurs se sont
appuyés sur les observations, certes rares, d’une centaine de marégraphes disséminés
dans le monde entier. Ces appareils enregistrent avec précision l’évolution du
niveau de la mer depuis le début du XXᵉ siècle, offrant un précieux recul
historique, comme le détaille un article de Live Science.
«Nous
avons constaté que ce qui, en 1900, était un événement survenant une fois tous
les 100 ans, s’est déjà multiplié par douze en moyenne à l’échelle mondiale,
rapporte Sönke Dangendorf, professeur associé au département des sciences et de
l’ingénierie fluviales et côtières de l’université de Tulane à la
Nouvelle-Orléans (États-Unis). Lorsque nous menons ces expériences de
forçage, nous constatons également que le forçage anthropique, d’origine
humaine, est devenu la force dominante, en particulier depuis les années 1970.»
Des conséquences déjà visibles
Sur le papier, une élévation du niveau de la mer de quelques
centimètres peut sembler dérisoire. Ceux qui vivent sur le littoral ne
tiendront pas le même discours. Une marée haute suffit à causer des débordements:
les rues sont alors inondées, les trajets du quotidien perturbés et certains habitants
ne peuvent même plus rejoindre leur lieu de travail.
«Cela rend la situation très difficile pour la communauté
côtière, car les coûts d’assurance augmentent, poursuit le spécialiste.
Le coût cumulé de ces événements peut facilement atteindre celui d’un ouragan
majeur touchant terre. Beaucoup de personnes vivent déjà avec cette nouvelle
réalité, qui est une conséquence directe de l’élévation du niveau de la mer.»
Selon les scientifiques, les évènements les plus extrêmes –à
l’image de l’ouragan Sandy qui avait détruit plus de 600.000 foyers américains
et causé plus d’une centaine de morts en 2012– étaient jusqu’alors considérés
comme des catastrophes ne pouvant survenir qu’«une fois tous les 100 ans»,
soit une fois dans la vie d’une personne.
«Les individus peuvent vivre une
expérience comme celle de la tempête Sandy et s’en remettre. Mais si l’on
imagine vivre une expérience comme cela pratiquement tous les huit ans, soit la
fréquence observée aujourd’hui par rapport à 1900, c’est bien sûr beaucoup
plus difficile», alerte Sönke Dangendorf.
Le chercheur veut néanmoins croire qu’il est encore temps de
limiter la tendance. Puisque cette élévation maritime est largement causée par
les activités humaines, il reste possible d’agir et de nous adapter,
estime-t-il. Réduire les émissions de gaz à effet de serre permettrait encore
de freiner l’élévation du niveau des mers. Reste à savoir si nous sommes prêts
à nous donner les moyens politiques et économiques pour agir efficacement.
Source:
www.slate.fr


