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INTERVIEW : Temples – sample d’esprit

Concert à guichets fermés à l’O2 Arena de Londres, quinze ans de carrière et un quatrième album, METAL FORTH, truffé de collaborations mondiales : les trois membres de BABYMETAL — SU-METAL, MOAMETAL et MOMOMETAL — racontent le « métal sans frontières » qu’elles imposent désormais à l’échelle planétaire.

Le 30 mai (heure locale), BABYMETAL a donné à l’O2 Arena de Londres le premier concert en tête d’affiche d’un artiste japonais dans cette salle, réunissant près de 20 000 personnes à guichets fermés. Des fans venus du monde entier se sont pressés dans l’enceinte, de longues files s’étirant devant les stands de merchandising : quinze ans après sa formation, la ferveur autour du groupe ne cesse de croître.

Ce concert incarnait aussi l’univers de METAL FORTH, quatrième album studio sorti le 8 août. Ponctué de collaborations avec des artistes du monde entier — Poppy, Tom Morello, Electric Callboy, Bloodywood, Slaughter to Prevail, Polyphia, Spiritbox —, le disque affiche clairement le « métal d’après » vers lequel fonce cette « deuxième ère » de BABYMETAL.

En deux ans, de 2023 à 2024, le groupe a écumé 25 pays et près de 100 concerts, pour un cumul de plus d’un million de spectateurs. Entre le KNOTFEST Australia, le FOX_FEST et des tournées en Asie, en Europe et sur le continent américain, le trio reconfiguré a hissé son statut au rang de référence mondiale — bien au-delà de l’étiquette d’« unité métal japonaise atypique ».

Nous avons rencontré ce BABYMETAL en pleine effervescence. Des retours bruts de leurs fans étrangers à la fièvre de la tournée sud-américaine, jusqu’à la nouvelle image du métal dessinée par METAL FORTH : voici SU-METAL, MOAMETAL et MOMOMETAL qui racontent le « présent » de BABYMETAL.

« C’est nous qui allons créer le métal de demain »

Depuis janvier, votre émission sur TOKYO FM, Metaraji!, reçoit énormément de courrier du monde entier. Que vous inspire ce contact direct avec la parole des fans étrangers ?

SU-METAL On reçoit des messages de plein de pays, y compris d’endroits où nous ne sommes jamais allées — l’équipe de la radio elle-même était étonnée. Jusqu’ici, on avait finalement peu d’occasions d’entendre directement la voix des fans. Lire « j’ai commencé la guitare grâce à BABYMETAL » ou « un concert de BABYMETAL m’a donné l’envie de voyager seul(e) », ce sont des réactions qu’on n’aurait jamais connues sans la radio. C’est un vrai bonheur.

Une auditrice vous a particulièrement marquées : une Argentine de 15 ans dont le tout premier concert avait été un concert de BABYMETAL.

MOAMETAL Se dire qu’elle est née à peu près au moment où l’on a formé BABYMETAL, ça surprend ! Metaraji! reçoit beaucoup de courrier de jeunes. Et la valeur d’un billet n’est pas la même selon les pays : certains ont du mal à venir nous voir. Qu’ils attendent malgré tout la scène de BABYMETAL et prennent le temps de nous écrire, c’est précieux et c’est rafraîchissant.

MOMOMETAL Certains écrivent aussi « la musique de BABYMETAL me donne du courage » ou « BABYMETAL a changé ma conception de la musique ». Mesurer cet impact à travers leurs propres mots, c’est une joie.

En 2023, vous avez tourné dans 25 pays pour plus de 240 000 spectateurs cumulés en tête d’affiche ; en 2024, 22 pays et environ 1,01 million de spectateurs au total, hors dates en special guest. À une échelle vertigineuse. Qu’avez-vous gagné, en tant que nouveau trio, à traverser cette tournée mondiale effrénée ?

SU-METAL Au-delà des retours à la radio, j’entends souvent ce genre d’histoires : un enfant qui s’est mis à écouter BABYMETAL sous l’influence de sa mère et qui, devenu lycéen, peut enfin s’offrir un concert avec son propre argent. Voir que le métal devient une musique plus accessible, y compris aux plus jeunes, me rend heureuse — et sentir qu’on y contribue, c’est le vrai changement que je perçois en tournée.

MOAMETAL Surtout, avoir pu tourner à trois, c’est déjà énorme. Il y a eu des périodes instables, mais avoir enchaîné près de 100 concerts est ma plus grande fierté. La plupart étaient à guichets fermés ; partout, on nous attendait. Savoir qu’il y a des gens qui nous attendent, toutes les trois : ces deux années m’ont donné envie d’être toujours plus fortes.

Et vous, MOMOMETAL ? Depuis votre arrivée, le temps a dû être très dense.

MOMOMETAL J’ai l’impression que notre complicité s’est vraiment approfondie. On a tissé, en un peu plus de deux ans, une relation d’une densité insoupçonnée, et j’en suis très heureuse. En parcourant le monde, on se fait connaître de nouvelles personnes, et voir qu’elles apprécient le BABYMETAL d’aujourd’hui me donne confiance.

MOAMETAL Justement parce qu’on partage tout, les bons comme les mauvais moments, on ne se sent jamais seule face à la difficulté.

MOMOMETAL C’est vrai.

MOAMETAL Il y a la différence de rôle entre le chant et la danse, mais franchir les mêmes obstacles ensemble suffit à me faire dire qu’on a bien fait de former cette équipe. Ces moments-là se multiplient.

SU-METAL Oui, oui.

Dans Metaraji!, vous évoquiez avec les Atarashii Gakko! la récupération physique en tournée à l’étranger. Avez-vous des routines incontournables pendant la tournée ou avant et après la scène ?

MOAMETAL Ça paraît évident, mais je fais toujours une heure d’étirements avant le concert. Et après, comme les athlètes, on met de la glace (rires).

SU-METAL Même par grand froid, on tient quinze minutes. Moi, ce à quoi je veille, c’est de ne jamais laisser mon corps se refroidir.

MOAMETAL Ah, le thé au gingembre !

SU-METAL Voilà (rires). Même dans les pays chauds, j’en prépare toujours.

MOAMETAL D’ordinaire, MOMOMETAL et moi sommes plus frileuses, mais en tournée, c’est SU-METAL qui se retrouve seule en doudoune.

SU-METAL Si je ne suis pas un minimum en « surchauffe », ça m’angoisse. Je me maintiens donc en permanence légèrement en sueur. J’ai plus peur du froid.

MOMOMETAL MOAMETAL et moi essayons aussi de monter sur scène l’estomac déjà digéré.

MOAMETAL En râlant « j’en peux plus, j’ai faim ! » (rires).

MOMOMETAL C’est ce qui donne la meilleure performance.

MOAMETAL Et en deux-trois ans, j’ai compris l’importance de l’eau : je vérifie la dureté et le pH. Je lis l’étiquette des bouteilles : « hmm, pH 6 quelque chose, celle-là ne va pas » (rires).

Le pH influe sur votre condition physique ?

MOAMETAL Sans doute que l’assimilation par le corps diffère : si la dureté ou le pH sont trop élevés, j’ai mal sur les côtés. Je choisis donc ce qui circule le mieux dans l’organisme.

SU-METAL L’eau dure, ça accroche dans la gorge quand on boit.

MOAMETAL Et parfois, une bouteille qui a tout d’une eau plate se révèle gazeuse à l’ouverture.

MOMOMETAL Ça arrive tout le temps (rires).

MOAMETAL Au « pschit ! », on fait toutes les trois « aaah ! » (rires).

SU-METAL On fait des comparatifs en loge, plusieurs sortes.

MOAMETAL Et même l’eau qu’on a choisie ne convient pas toujours une fois sur scène. On cherche la meilleure.

On pourrait creuser le sujet de l’eau (rires), mais parlons du nouvel album, METAL FORTH. Rolling Stone Japan avait interviewé KOBAMETAL lors du FOX_FEST, et beaucoup de points s’y font écho. Il décrivait alors l’intention du festival : « Comment BABYMETAL peut-il bâtir la scène de demain et faire monter la sauce avec les jeunes générations comme avec ses contemporains ? C’est, je crois, le thème de cette deuxième ère de BABYMETAL. Le FOX_FEST en était le point de départ. » Cet album n’est-il pas la mise en forme, sur un disque, de ce thème ? Publié chez Capitol Records, il reflète plus que jamais l’envie d’aller conquérir le monde et d’ouvrir une voie nouvelle, non ?

SU-METAL Oui. Non seulement BABYMETAL touche désormais les jeunes, mais le métal lui-même me semble se décloisonner. Nous avancions avec l’envie d’« être reconnues dans le monde du métal », et sans nous en rendre compte, un chemin s’est tracé derrière nous. BABYMETAL a été accepté comme un métal nouveau ; et puisque le métal se libère des genres, on veut hériter du métal d’avant tout en trouvant une musique plus passionnante encore. Cette fois, on a invité beaucoup d’artistes en featuring, et presque tous ont nos âges ou ont débuté après nous : ce sont eux qui porteront le métal de demain. Comme son titre l’indique, METAL FORTH affirme une chose : le métal à venir, c’est nous qui allons le créer.

Dix titres denses. Quel est le passage préféré de chacune ?

MOMOMETAL Moi, « KxAxWxAxIxI ». Ce côté hip-hopper débordant, ou plutôt… on croirait une nonchalance hip-hop, puis surgit un truc très « ordinateur » : encore du « mais c’est quoi, ce truc ?! ». Ça rappelle « BxMxC » tout en étant d’un genre nouveau. La choré n’est fixée que par endroits, avec beaucoup de parties libres, et même les paroles ont été enregistrées librement : claquements de lèvres, simples « fou fou ! ». On a bâti un titre à partir de petits éléments captés sans savoir ce qui serait retenu. C’était amusant.

C’est vrai que cette liberté-là, on ne l’avait pas encore entendue.

MOAMETAL Le titre le plus brut de notre histoire. On se demande comment ça a pu tenir en une seule chanson.

MOMOMETAL Et danser dessus n’épuise pas, on ne se fatigue pas (rires).

Et vous, SU-METAL ?

SU-METAL Mon préféré, ce serait « Song 3 (BABYMETAL x Slaughter to Prevail) ». Qu’une rencontre entre BABYMETAL et un groupe aussi massif que Slaughter to Prevail accouche d’un titre aussi étrange, c’est jubilatoire. C’est là, je crois, le plus grand charme de BABYMETAL. Alex (Terrible) chante en growl « ichi, ni, san ! » de toutes ses forces (rires). Que ce soit possible, c’est tout BABYMETAL ; et dans ce chaos de titres, le plus « ベビメタ » (BABYMETAL), c’est « Song 3 ».

Et MOAMETAL ?

MOAMETAL Plus qu’un passage, c’est l’album entier qui, je trouve, fait bien comprendre ce qu’est BABYMETAL. Beaucoup de titres sont écrits par nos invités, mais on ne peut pas composer « à notre image » sans savoir ce qu’est BABYMETAL. Or tous ont saisi nos quinze ans de carrière et cherché à faire ressortir ce qui nous caractérise. Ça nous a aussi appris comment on nous voit de l’extérieur. Le BABYMETAL d’aujourd’hui y est condensé : un disque que les nouveaux venus comme les fans de longue date pourront savourer.

Autre sujet brûlant : sur « from me to u (feat. Poppy) », vous retrouvez Jordan Fish, ex-Bring Me the Horizon. Avez-vous échangé directement avec lui ?

SU-METAL On a enregistré en suivant ses indications, du type « ici, chante comme ça ». En escamotant les voyelles, ça sonne plus anglais, plus « androïde ». En regard, les parties « mignonnes » de MOA et MOMO : « métal/mignon », « présent/futur », « Poppy/BABYMETAL », un titre où fusionnent toutes sortes de contraires. Jordan connaît bien BABYMETAL, il dose parfaitement les nuances des relances.

« メタり!! (feat. Tom Morello) » et « RATATATA (BABYMETAL x Electric Callboy) » sont déjà sortis, mais on veut y revenir : deux titres devenus incontournables en concert.

MOAMETAL Sans eux, l’ambiance de nos concerts actuels n’existerait pas, tant ils comptent. « メタり!! (feat. Tom Morello) » respire un esprit très Rage, avec le supplément d’âme de voir LE Tom Morello sur un morceau de BABYMETAL. Pour « RATATATA (BABYMETAL x Electric Callboy) », c’est plutôt la sensation d’avoir vraiment créé à deux groupes. La montée en concert est totalement différente ; chacun a sa couleur, c’est passionnant.

« メタり!! (feat. Tom Morello) » était le premier titre de MOMOMETAL après son arrivée : il doit vous tenir à cœur.

MOMOMETAL Oui. C’est aussi un titre qu’on a façonné avec le public, concert après concert. (À propos du passage où l’on invite le public à sauter 🙂 au début, c’est nous qui menions le public à s’asseoir ; aujourd’hui, ce sont les spectateurs qui guident les autres. La ferveur ne cesse de monter.

En plus de la choré, il y a le gimmick de Tom Morello qui apparaît sur les écrans : comme le disait MOAMETAL, un titre à savourer autant par l’oreille que par l’œil.

MOAMETAL On se dit qu’un jour, on aimerait vraiment jouer avec lui pour de vrai. Si on refait un événement comme le FOX_FEST, on adorerait l’y inviter.

« Non pas une lumière agressive, mais ce qu’un éclat fugace révèle »

« Sunset Kiss (feat. Polyphia) » est, comme le disait MOAMETAL, un titre où les membres de Polyphia ont participé en connaissant parfaitement BABYMETAL. Lors du FOX_FEST, Tim Henson vous avait lancé l’idée de vous inviter à votre tour sur un morceau de Polyphia : est-ce de cet échange qu’est né ce titre ?

SU-METAL Non, ça, c’est un autre morceau — celui-ci a en réalité démarré plus tôt. Disons que c’est un titre composé par BABYMETAL auquel Polyphia s’est joint. Au stade de la démo, le groove était vertical, un type de morceau que j’avais peu chanté ; je n’arrivais pas bien à le saisir, je me disais « il manque quelque chose ». C’est là que leurs guitares sont arrivées. La partie du couplet, à la guitare acoustique je crois : ça m’a bouleversée. Ça a fait ressortir un groove horizontal, alors j’ai tout réécrit la ligne mélodique pour m’y accorder. Leurs guitares ont ouvert la voie.

On sent en effet un jeu de guitare tout en respect pour BABYMETAL.

SU-METAL Le solo est terriblement classe, mais sans jamais crier « regardez, je fais un solo ! ». Tout en légèreté.

MOAMETAL Un solo que seuls ces deux-là peuvent jouer. Leur allure sur scène est superbe, et on l’entend jusque dans le son (rires).

MOMOMETAL Même leur ombre a de la classe.

SU-METAL Ils se mettent totalement au service du morceau et gardent pourtant une présence folle : c’est mystérieux.

MOAMETAL Comme Tom Morello, les deux de Polyphia ont un son bien à eux, c’est impressionnant. L’affinité avec BABYMETAL existait déjà sur « Brand New Day (feat. Tim Henson and Scott LePage) », mais elle s’est encore densifiée.

« White Flame -白炎- » est, après « Divine Attack -神撃- », un titre écrit par SU-METAL. Sa dimension est plus enveloppante que le martial « Divine Attack -神撃- ». Des vers comme « brille, brille encore plus / je rassemble l’éclat qui déborde et je danse » dégagent un air de fête : dans quel état d’esprit avez-vous écrit ces paroles ?

SU-METAL Ce titre a pour motif un soleil blanc. En écoutant la démo, surtout le son de guitare, j’ai perçu quelque chose de brumeux mais lumineux. Le métal dépeint souvent une lumière agressive ; or il existe une autre lumière. On voudrait saisir ce qu’un éclat fugace éclaire, mais c’est peut-être parce qu’on ne peut pas le saisir que c’est beau. Voilà ce que je voulais écrire.

Sentez-vous une évolution, une maturation, dans votre écriture ?

SU-METAL Je ne sais pas. Écrire reste difficile à chaque fois. En vérité, « White Flame -白炎- » a été composé avant « Divine Attack -神撃- » : c’est le titre qui m’a donné le déclic de l’écriture. Il est resté longtemps en sommeil, thème et mélodie changeant maintes fois avant d’aboutir.

Vous arrive-t-il d’écrire des fragments de textes au quotidien, même s’ils ne sortent pas ?

SU-METAL Je suis du genre à coucher mes émotions d’un jet quand ça me travaille, alors ça s’accumule sans doute. Mais transformer ces pensées en chanson est tout autre chose, et je ne suis pas très douée pour mettre les choses en mots.

MOAMETAL Si, tu es douée.

MOMOMETAL Très douée.

MOAMETAL Après un livre, on a du mal à exprimer un avis, non ? MOMOMETAL et moi, c’est « c’était génial ! lis-le, il est top ». SU-METAL, elle, sait vraiment l’expliquer. Elle cultive au quotidien cette capacité à mettre en mots, d’où son talent d’autrice. D’ailleurs, c’est en découvrant les crédits de l’album, au moment de cette interview, qu’on a appris que SU-METAL avait écrit les paroles. C’est dire à quel point ça coule de source.

MOMOMETAL Elle est impressionnante (applaudissements).

Sur cet album, comme les invités chantent beaucoup, les paroles sont d’autant plus savoureuses. Vous aviez déjà mêlé les langues, mais « Song 3 (BABYMETAL x Slaughter to Prevail) » associe japonais et russe, « Kon! Kon! (feat. Bloodywood) » japonais et indien : un univers vraiment croisé, dans le son comme dans le texte. En traduisant « Kon! Kon! (feat. Bloodywood) », on lit : « le son du bapan (percussion) résonne, cette conque retentit, cette bataille se déploie, la victoire d’abord, la couleur de la victoire »…

MOMOMETAL Nous aussi, on en découvre le sens à l’instant (rires).

MOAMETAL On ne comprend sans doute pas ce que l’autre chante (rires).

SU-METAL C’est génial. Bloodywood chante des paroles très sérieuses.

La partie d’Alex sur « Song 3 (BABYMETAL x Slaughter to Prevail) » est très poétique : « le soleil se lève et répand sa lumière. Ô flamme ! Le soleil monte, hissez tous les drapeaux ! »

MOAMETAL Il y a un côté très russe.

SU-METAL Lui faire chanter « ichi, ni, san ! », j’en suis presque gênée (rires).

MOMOMETAL Peut-être vaut-il mieux qu’on ignore ce que chante l’autre (rires).

Les paroles de « My Queen (feat. Spiritbox) » sont très émotionnelles, et « Algorism », dans un autre registre, marque durablement l’oreille, portée par son son.

SU-METAL « Algorism » a été le titre le plus ardu à enregistrer. Sur un tempo rapide, il faut anticiper la rythmique en tête de chaque mesure tout en tombant pile au bon moment. Comme je ne veux pas casser la vague de guitare qui coule telle un flux sanguin, il faut de la vélocité tout en soignant les accents. Je voulais y exprimer une force nichée dans la tristesse et le dépit. Mais je l’enregistrais en parallèle de « Sunset Kiss (feat. Polyphia) », où j’escamote énormément les voyelles, et je m’y perdais. On y entend jusqu’aux prises de souffle et aux coupures de notes tenues : c’est aussi à cela qu’il faut prêter l’oreille — j’aimerais qu’on l’essaie même au karaoké. Je ne suis pas sûre de savoir le chanter en concert, je risque la panne de carburant en cours de route (rires).

Ce fut donc, pour vous, un album vocalement stimulant.

SU-METAL Oui. Sur le troisième album, tout en essayant des façons de chanter variées, je gardais l’idée de toujours revenir quelque part au « SU-METAL » d’origine. Cette fois, je me suis dit qu’on pouvait franchir cette ligne une bonne fois. Un enregistrement riche en apprentissages.

« Transmettre vers le divertissement de demain »

L’an dernier, vous étiez invitées sur les scènes de Bring Me the Horizon et de BODYSLAM lors des dates tokyoïtes ; cette année, vous jouez officiellement en tant que BABYMETAL. Dans votre parcours de groupe mondial, BABYMETAL et le Summer Sonic semblent indissociables.

SU-METAL Depuis 2012, où l’on est montées sur la scène du food court, on joue au Summer Sonic presque chaque année. En regardant les autres scènes, je me disais « la prochaine fois, j’aimerais jouer là » : ça a été, en un sens, une école. On a vu la salle grandir peu à peu. Sans le Summer Sonic, l’été ne pourrait pas se terminer.

MOAMETAL Même les années où l’on ne jouait pas, on y allait en spectatrices.

SU-METAL Voilà, comme un retour annuel à la maison. C’est un festival qui nous a fait grandir, il compte énormément pour nous. Sur le plan personnel, avoir pu jouer l’an dernier au concert de Bring Me the Horizon, tête d’affiche, a fait germer l’envie de devenir un jour nous-mêmes tête d’affiche de la grande scène. Vivre — en nous greffant à Bring Me the Horizon (rires) — un show de headliner du Summer Sonic que seul B’z avait assuré côté japonais, ça m’a donné un nouveau rêve. En ce sens, le Summer Sonic de l’an dernier a été un grand tournant.

MOAMETAL Voir Bring Me the Horizon clôturer le Summer Sonic, c’était un peu mon rêve à moi aussi. Les avoir vus débuter sur de plus petites scènes, puis les regarder reconnus au Japon et dans le monde depuis une place pareille, ça m’a rendue si heureuse. D’où l’envie, avant de mourir, d’assurer moi aussi la clôture de la grande scène du Summer Sonic. Ce rêve accompli, je pourrai m’endormir paisiblement (rires).

SU-METAL Arrête (rires).

L’an dernier, vous étiez aussi invitées, avec F.HERO, sur la scène de BODYSLAM au « SUMMER SONIC BANGKOK » ; cette année, vous y jouez pour la première fois en tant que BABYMETAL.

MOAMETAL C’était la première édition à Bangkok, un événement passionnant. Et j’ai découvert la stature de F.HERO : il est ami avec tous les artistes thaïlandais. Il nous a présenté plein de monde, mais comme on est timides, c’était plutôt « euh… enchantée » (rires). Cette année, je vais m’efforcer d’aller vers les gens de moi-même.

En mai, c’était la « BABYMETAL WORLD TOUR 2025 UK & EUROPE » ; en juin-juillet, la « BABYMETAL NORTH AMERICA 2025 TOUR ». Le concert à l’O2 Arena, au Royaume-Uni, est une première pour un artiste japonais, et l’Amérique du Nord se joue en plein cœur de l’été : par l’ampleur comme par le contenu, vous êtes désormais une artiste globale de premier plan. En 2025, que voulez-vous transmettre au monde depuis le Japon ?

SU-METAL Ce qu’on fait n’a en réalité jamais changé : on avance avec la seule envie de créer un métal nouveau, un métal passionnant. Résultat, on est devenues une passerelle entre le métal et la pop, entre le Japon et le monde ; à l’avenir, j’aimerais qu’on soit aussi une passerelle entre les époques. Et ce qu’on veut transmettre, ce serait… quelque chose comme les possibilités de la musique. Un Japonais peut atteindre le monde, la langue japonaise peut y trouver un écho, une fille peut faire du métal. En concert, l’âge, le sexe, le milieu d’origine n’ont aucune importance : tout le monde se déchaîne et déverse tout ce qu’il a. Cet instant naît justement d’une musique aussi intense que le métal. Cette magie, je veux continuer d’y tenir, et j’espère que l’existence de BABYMETAL deviendra une lueur d’espoir pour celles et ceux qui veulent se lancer un défi — jeunes générations et Japonais compris.

MOMOMETAL, vous êtes sans doute celle qui pose le regard le plus extérieur sur le groupe. Qu’en dites-vous ?

MOMOMETAL Moi aussi, j’ai découvert le monde du métal en rejoignant BABYMETAL, alors il me reste beaucoup à apprendre… Mais j’aimerais diffuser au monde les multiples genres du métal, et les croisements du métal avec les musiques de divers pays — les instruments traditionnels, par exemple —, et devenir une figure d’espoir pour la nouvelle génération. Depuis mon arrivée, à force de scènes et au contact des jeunes fans, mon envie de transmettre vers le divertissement de demain n’a fait que grandir.

Magnifique.

SU-METAL Magnifique !

Alors, pour finir, MOAMETAL.

MOAMETAL Honnêtement, je ne cherche pas à accomplir quelque chose de grand : que tout le monde soit heureux, c’est le principal. Pour cet album aussi, du moment que l’équipe s’amusait et qu’on était heureuses, ça me suffisait. S’il se trouve une personne pour écouter un titre, se dire « c’est quoi, cette musique bizarre ?! » et en retirer de l’énergie, c’est déjà tout. Je n’ai donc pas de grand message à clamer : jouer la même musique tous ensemble, rester bras dessus bras dessous. À notre époque, le concert est, je crois, le seul endroit où l’on peut lâcher son téléphone et savourer pleinement quelque chose.

BABYMETAL — METAL FORTH

Sorti le 8 août 2025 (Universal Music / Capitol Records).

Tracklist : 1. from me to u (feat. Poppy) — 2. RATATATA (BABYMETAL x Electric Callboy) — 3. Song 3 (BABYMETAL x Slaughter to Prevail) — 4. Kon! Kon! (feat. Bloodywood) — 5. KxAxWxAxIxI — 6. Sunset Kiss (feat. Polyphia) — 7. My Queen (feat. Spiritbox) — 8. Algorism — 9. メタり!! (feat. Tom Morello) — 10. White Flame -白炎-.

En tournée : BABYMETAL WORLD TOUR 2025 UK & EUROPE (mai 2025) ; BABYMETAL NORTH AMERICA 2025 TOUR (juin-juillet 2025) ; tournée asiatique (septembre-octobre 2025 : Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, Singapour, Malaisie, Philippines) ; puis LEGEND – METAL FORTH à la Saitama Super Arena les 10 et 11 janvier 2026. Aucune date française n’est pour l’heure annoncée.

BABYMETAL : les prochaines dates de tournée

Japon

9 août 2026 — LuckyFes ’26, Hitachi Seaside Park (Ibaraki)
10 août 2026 — Cannonball Gaiden, Ariake Arena (Tokyo)
14 août 2026 — Summer Sonic, Banpaku Kinen Park (Osaka)
16 août 2026 — Summer Sonic, ZOZO Marine Stadium & Makuhari Messe (Chiba)

Amérique du Nord — BABYMETAL World Tour 2026

30 août 2026 — Petco Park, San Diego, CA (invités de My Chemical Romance)
2 septembre 2026 — Ball Arena, Denver, CO
4 septembre 2026 — Huntington Bank Pavilion, Chicago, IL
5 septembre 2026 — Ruoff Music Center, Noblesville, IN
7 septembre 2026 — RBC Amphitheatre, Toronto (Canada)
9 septembre 2026 — PNC Bank Arts Center, Holmdel, NJ
10 septembre 2026 — Xfinity Center, Mansfield, MA
12 septembre 2026 — Jiffy Lube Live, Bristow, VA
13 septembre 2026 — Coastal Credit Union Music Park, Raleigh, NC
15 septembre 2026 — Truliant Amphitheater, Charlotte, NC
16 septembre 2026 — Ameris Bank Amphitheatre, Alpharetta, GA
18 septembre 2026 — Pine Knob Music Theatre, Clarkston, MI
19 septembre 2026 — Louder Than Life, Louisville, KY
21 septembre 2026 — Hollywood Casino Amphitheater, Maryland Heights, MO
23 septembre 2026 — Dos Equis Pavilion, Dallas, TX
25 septembre 2026 — The Cynthia Woods Mitchell Pavilion, The Woodlands, TX
26 septembre 2026 — Germania Insurance Amphitheater, Del Valle (Austin), TX
29 septembre 2026 — First Financial Credit Union Amphitheater, Albuquerque, NM
1ᵉʳ octobre 2026 — Talking Stick Resort Amphitheatre, Phoenix, AZ
3 octobre 2026 — Aftershock Festival, Discovery Park, Sacramento, CA

Amérique latine — BABYMETAL World Tour 2026

28 novembre 2026 — Espaço Unimed, São Paulo (Brésil)
1ᵉʳ décembre 2026 — Movistar Arena, Buenos Aires (Argentine)
3 décembre 2026 — Movistar Arena, Santiago (Chili)
7 décembre 2026 — Costa 21, Lima (Pérou)
12 décembre 2026 — Fray Nano Stadium, Mexico (Mexique)

Aucune date européenne n’est annoncée à ce jour.

Par Takuro Ueno Traduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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