AccueilActualitésFrance-Espagne : la...

France-Espagne : la Roja met les Bleus à terre un soir de 14 juillet

À 23 heures, sur le chemin du retour dans mon chez moi, Paris était déjà passé à autre chose : forces de l’ordre déployées, stations fermées, barrières dressées. Le feu d’artifice avait eu lieu la veille : quelques gyrophares tournaient encore, pour offrir aux vaincus un semblant de festivités.

Paris : Invalides – 14 juillet 23 heures – ActuaLitté CC BY SA 4.0

Dans un bar, j’avais trouvé une place devant un écran avec un différé notable sur le rade voisin, où l’on criait avant moi. Il me devançait pour le pire. Surtout quand à la 22e minute, la foule a hurlé. Sur mon écran, Oyarzabal n’avait pas encore posé le ballon. Mon pire cauchemar débarquait avec quinze secondes d’avance.

La France s’est écroulée à Arlington. 2-0, un 14 juillet. Et une question : comment une équipe si dominante s’est-elle fait engloutir aussi vite ? Trois livres pour comprendre. Un pour le corps français, soudain défaillant. Un pour le collectif espagnol, parfaitement réglé. Un dernier pour ce moment où tout semble déjà joué.

Le Cœur du pélican : le prodige ne court plus

Le livre des Bleus, c’est Le Cœur du pélican, de Cécile Coulon. Anthime est un prodige du 800 mètres. Il court pour gagner, pour devenir quelqu’un. Une blessure brise son élan. Le corps reste, mais la course s’échappe.

La France arrivait lancée : six victoires, une attaque brillante, Mbappé en feu. Tout semblait en place.

Face à l’Espagne, tout s’est déréglé.

Le pressing était effacé en quelques passes. Rodri, Fabián Ruiz, Dani Olmo dictaient le tempo. Yamal attirait, les latéraux étiraient. Les Français couraient après un ballon insaisissable. Devant, chacun jouait seul. Mbappé, Dembélé, Olise, Barcola attendaient l’étincelle. Elle n’est jamais venue. À la 22e minute, Digne percute Yamal dans la surface. Penalty. Oyarzabal marque.

Dans le bar, les mains montent aux crânes. Pour la première fois du tournoi, les Bleus sont menés. Huit minutes plus tard, Saliba sort blessé. Rabiot est bridé, Tchouaméni manque de rythme. À la pause, aucun tir cadré.

Comme Anthime, les Bleus portent le poids de ce qu’ils devaient être. Leur puissance appartient déjà au passé. Ils avancent dans le sable. On peut discuter le penalty. Le score, lui, est implaccable : l’Espagne est supérieure.

Rouge ou mort : l’Espagne avait répété la scène

Pour la Roja, Rouge ou mort, de David Peace (trad. Jean-Paul Gratias). Bill Shankly transforme Liverpool en une machine collective. Répétition, discipline, effort partagé : tout devient réflexe.

L’Espagne joue ainsi. Rodri organise, Ruiz soutient, Olmo relie, Yamal attire. Les latéraux surgissent. Rien n’est improvisé. À la 58e minute, Porro conclut une combinaison avec Olmo : 2-0.

Même les défenseurs marquent. Yamal croit inscrire le troisième, refusé pour hors-jeu. Dans le bar, on respire presque.

Les Espagnols savent. Les Français cherchent. Troisième été, troisième élimination en demi-finale : 2024, 2025, 2026. Trois scénarios, une même domination.

Les Derniers Jours de Roger Federer : quand tout était-il déjà fini ?

Reste Les Derniers Jours de Roger Federer, de Geoff Dyer qui s’intéresse aux fins qui commencent avant de s’achever. Quand ce match s’est-il terminé ? À la 22e minute ? À la sortie de Saliba ? Au but de Porro ? Ou avant même le coup d’envoi, dans les défaites précédentes ?

Il restait sept minutes de temps additionnel. De quoi rêver encore : un but, puis un autre, une prolongation. J’y croyais encore.

Rien n’est venu.

J’aurais voulu écrire après cent vingt minutes et une qualification arrachée. Les yeux sont lourds, mais pas pour cette raison.

Le Pélican est tombé. L’Espagne a déroulé. Le match était fini bien avant la 97e minute.

En sortant du bar, une autre image du 14 juillet s’impose. À Fontainebleau, plus de 2000 hectares ont brûlé. Des centaines de pompiers luttent encore.

Ce n’est pas une morale. Juste un changement d’échelle. Pour ceux qui voudraient comprendre ce que racontent aussi ces images, une lecture s’impose : Tout comprendre (ou presque) sur le climat, de Bon Pote, Anne Brès et Claire Marc, paru aux CNRS Éditions.

À LIRE – Toulouse-Montpellier : au Stade de France, les maux d’un score 

À Dallas, l’Espagne a arrêté les Bleus. À Fontainebleau, on tente encore d’arrêter le feu.

Crédit image : Capture d’écran

 

Par Clotilde MartinContact : mc@actualitte.com


Source:

actualitte.com

Annonce publicitairespot_img