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"Il a fallu que je change tout mon jeu" : comment la chaleur bouscule les certitudes des joueurs sur terre battue depuis le début de ce Roland-Garros 2026


Publié le 27/05/2026 06:00



Mis à jour le 27/05/2026 08:37

Temps de lecture : 3min

Alejandro Davidovich Fokina lors de son match du premier tour contre Damir Dzumhur, le 24 mai 2026 à Roland-Garros. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Alors que le premier tour s’est refermé mardi soir, la chaleur a déjà mis en difficulté plusieurs joueurs, et oblige nombre d’entre eux à modifier leur jeu sur une terre battue sèche et rapide, qui favorise les attaquants.

Ils ne risquent pas de disparaître de sitôt, les célèbres chapeaux Panama à rubans et les éventails colorés qui habillent les gradins des nombreux courts de Roland-Garros. Le thermomètre affiche plus de 30 degrés depuis le début des rencontres du tableau principal, et le mercure n’a pas prévu de redescendre avant le week-end. Les joueurs doivent donc composer avec une chaleur plutôt rare pendant à ce moment de la saison de terre battue, mais loin d’être inhabituelle sur le circuit. Ils sont d’ailleurs étonnamment nombreux à apprécier ces conditions.

« J’adore la chaleur, s’est enthousiasmée l’Américaine Hailey Baptiste après sa victoire au premier tour. Mes balles traversent le court bien plus rapidement grâce à la chaleur. Je ne vais pas m’en plaindre. » La tête de série numéro 26 a pourtant bataillé pendant près de trois heures pour se défaire de Barbora Krejcikova, lauréate de Roland-Garros en 2021 et de Wimbledon en 2024 (6-7 [7-9], 7-6 [8-6], 6-2). « Du point de vue physique, c’était très difficile de jouer un match pendant trois heures dans cette chaleur, mais c’est également l’une des raisons pour lesquelles je pense que j’ai gagné ce match », s’est félicitée Hailey Baptiste.

Même pour les habitués de porte d’Auteuil, la chaleur demande un temps d’acclimatation, surtout qu’elle n’était pas encore présente en qualifications et pour les entraînements la semaine passée. « Quand on est arrivés ici, il faisait 16 degrés, la balle était très lourde, analysait la triple lauréate de Roland-Garros Iga Swiatek, après sa victoire facile au premier tour contre Emerson Jones (6-1, 6-2). On pouvait y mettre toute sa puissance, tout son corps, et on avait l’impression qu’on contrôlait quand même. Alors que là, il faut beaucoup plus de toucher, il ne faut pas frapper trop fort. »

« C’est un peu plus facile de jouer plus haut, de donner de l’effet, les balles vont plus vite. Mais il faut arriver à maîtriser la balle, parce qu’elle s’envole plus facilement. »

Iga Swiatek, numéro 3 mondiale,

en conférence de presse à Roland-Garros.

Réputée pour sa lenteur, la terre battue est surtout une surface mouvante, qui réagit aux aléas climatiques. « Contrairement à ce que l’on croit parfois, ce n’est pas la brique pilée qui est impactée par la météo, ce n’est qu’une fine pellicule qui n’est là que pour la couleur, expliquait Bruno Renoult, fondateur de l’Association pour le développement de la terre battue (ADTB), pour le site de Roland-Garros en 2019. C’est la couche d’en dessous, le craon, qui subit l’impact de la météo. Quand il fait chaud, le craon se durcit et le rebond s’accentue. Ce phénomène est accentué par un effet de pressurisation. On le sait, l’air chaud monte, donc il porte la balle vers le haut. »

Voilà pourquoi tant de joueurs puissants, qui s’appuient sur un lift prononcé ou une première balle fulgurante, aiment ces conditions caniculaires. « Je dirais que cela m’a aidé aujourd’hui, acquiesçait ainsi Karen Khachanov, 15e mondial, après sa victoire sur l’invité français Arthur Géa (6-3, 7-6 [7-3], 6-0). Je peux jouer de façon plus agressive, plus dominante. »

Certains spécialistes de l’ocre, qui aiment galoper en fond de court et rallonger les échanges, sont moins à la fête, et contraints de s’adapter. Double finaliste porte d’Auteuil, Casper Ruud a été victime d’un gros coup de chaud contre Roman Safiullin (141e). Il ne s’est tiré d’affaire qu’en sacrifiant deux manches, dont la quatrième, traversée comme un fantôme, au cours de laquelle il n’a remporté que cinq points et aucun jeu (6-2, 7-6 [7-5], 5-7, 0-6, 6-2). « Je ne me sentais pas bien, j’étais extrêmement fatigué, a-t-il expliqué après le match. Je n’ai pas bougé pendant presque 30 minutes. J’ai essayé d’utiliser de la glace et de l’eau froide pour faire baisser ma température. »

Mêmes difficultés pour Alejandro Davidovich Fokina, qui jouait contre un autre adepte de la surface, le Bosnien Damir Dzumhur (87e). « Au milieu du deuxième set, il a fallu que je change tout mon jeu, et pas qu’un peu, décryptait l’Espagnol après son match. Je sais qu’il est très solide du fond de court. Il n’avait besoin de frapper que trois ou quatre balles, parce que je ne me sentais pas très bien. »

Le 23e mondial a adopté une stratégie à haut risque, pas vraiment dans ses habitudes : raccourcir l’échange, tenter de remporter les points le plus rapidement possible quitte à multiplier les fautes. Soixante-dix-sept coups gagnants et quatre-vingt-dix fautes directes plus tard (contre 39 et 40 pour son adversaire), le voilà qualifié au deuxième tour, mais au prix de plus de quatre heures de combat. Une bien mauvaise opération pour la suite du tournoi. Plus que jamais, chaque minute passée sur les courts pèsera dans les jambes et pourrait coûter une victoire quelques jours plus tard.


Source:

www.franceinfo.fr

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