L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER
En plan d’ouverture, une caméra posée, fixe. Dans la profondeur de l’image, deux espaces distincts apparaissent. Au premier plan, une surface cultivée, au second plan, un amas de ruines ébranlé par des explosions régulières. Au milieu, une clôture. Comment démarrer plus justement, en matière de mise en scène, un film sur le visage actuel de la frontière entre Israël et Gaza après le drame du 7-Octobre ? Après cela, le regard ne cessera de se déplacer par une succession de lents travellings balayant un espace physique dont on sait, en ces lieux, combien il peut être problématique.
Tous les films d’Anat Even, depuis une trentaine d’années, travaillent ainsi la question politique de l’espace. Figure rappelant le lien consubstantiel du cinéma et de la réalité, le travelling irrigue la meilleure tradition critique du cinéma israélien (voir le cinéma d’Amos Gitaï), encore que ce film, eu égard à sa portée politique, a été intégralement produit avec des capitaux français.
On se déplace ensuite dans un jardin édénique, dont l’inertie ne cesse, toutefois, d’inquiéter. C’est qu’on est en même temps, comme on ne tarde pas à l’apprendre, sur un site de mort, le kibboutz Nir Oz, où, déclare en voix off, Anat Even, la réalisatrice de cet essai méditatif et endeuillé, elle a « commencé à filmer, le 24 octobre 2023 ». Soit dix-sept jours après la boucherie perpétrée en ces lieux par le Hamas contre des civils, quelques heures avant que ne débute la campagne de rétorsion israélienne massacrant à son tour, sans plus de pondération humanitaire mais dans des proportions pour le coup effarantes, la population civile de Gaza.
Il vous reste 72.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr

