C’est en avril 2022, huit mois après la prise de Kaboul par les talibans, que leur guide suprême, le mollah Haibatullah Akhundzada, proclame l’interdiction de la culture du pavot sur tout le territoire de « l’émirat islamique d’Afghanistan ». Le scepticisme est alors de mise chez les spécialistes de la lutte contre les stupéfiants. Ils voient dans cette déclaration du nouveau maître de l’Afghanistan une simple manœuvre pour faciliter la levée des sanctions internationales. Ils rappellent que les talibans avaient déjà proscrit la production d’opium en juillet 2000 par une fatwa de leur chef et fondateur, le mollah Omar.
Cette prohibition, brutalement mise en œuvre, avait effectivement tari la principale source d’héroïne au monde, mais au prix de la colère d’une bonne partie de la paysannerie afghane, privée de ressources en devises, sans aucune forme de compensation. Le ressentiment de la population rurale à l’encontre des talibans n’avait pas peu contribué à la rapidité de leur renversement, à l’automne 2001. Réduits à n’être plus que des insurgés, les talibans avaient, durant deux décennies, gagé leur lente et patiente reconquête du pouvoir sur une complicité avérée avec des réseaux de narcotrafic.
Un pays « libéré de l’opium »
Les observateurs étrangers ont pourtant sous-estimé la détermination du mollah Haibatullah Akhundzada, reclus dans son fief de Kandahar, à faire prévaloir la « pureté » idéologique du régime taliban sur toute autre considération. La prohibition d’avril 2022 ne concerne pas les champs de pavot déjà plantés, qui produisent cette année-là 6 200 tonnes d’opium, soit 80 à 90 % de la production mondiale de ce stupéfiant (et un niveau équivalent de la production d’héroïne).
Mais la prohibition édictée par le chef incontesté des talibans s’applique dans toute sa rigueur lors de la récolte de 2023 : la surface cultivée en pavot chute de 233 000 à 10 800 hectares, avec un effondrement de la production d’opium à 333 tonnes, selon les Nations unies. L’interdiction de la culture du pavot est particulièrement sévère dans le sud-ouest du pays, berceau du mouvement taliban, les zones encore cultivées se concentrant dans les provinces montagneuses du nord-est, frontalières du Tadjikistan et du Pakistan.
Il vous reste 61.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr

