Une écriture de l’Iran ancien sort du silence après 4000 ans

L’élamite linéaire tire son nom de l’Élam, civilisation antique du sud iranien, contemporaine et rivale de la Mésopotamie. François Desset, qui collabore avec le département des sciences de l’Antiquité de l’Université de Liège, présente cette écriture comme la seule « vraiment locale » de l’histoire iranienne. Le cunéiforme, l’alphabet grec ou l’alphabet arabe ont été importés depuis l’ouest, rappelle-t-il dans l’entretien.

L’affaire scientifique s’inscrit dans une recherche longue. L’ancien étudiant de la Sorbonne rencontre physiquement ces signes en 2006, lors de fouilles dans le sud de l’Iran. Le corpus reste alors trop restreint pour autoriser une lecture stable.

Le tournant intervient en 2015, lorsqu’il consulte des vases anciens de la collection Mahboubian, du nom d’une famille iranienne installée à Londres. Ces objets livrent dix nouveaux textes, décisifs pour établir des correspondances.

La méthode suit un principe classique du déchiffrement : partir des noms propres. À Liège, où il travaille avec un égyptologue et un professeur d’assyriologie, François Desset identifie des noms de rois, de dieux et de lieux. Son repère central est Shilhaha, souverain qui aurait régné vers 1950 avant Jésus-Christ.

Sur une séquence de quatre signes, les deux derniers se répètent : cette structure correspond à la finale du nom Shilhaha.

Le dossier a reçu une validation académique en 2022. Un article signé par François Desset, Kambiz Tabibzadeh, Matthieu Kervran, Gian Pietro Basello et Gianni Marchesi a été publié dans la Zeitschrift für Assyriologie und vorderasiatische Archäologie. Selon le résumé déposé sur ORBi, plateforme de l’Université de Liège, l’élamite linéaire a été utilisé dans le sud de l’Iran entre environ 2300 et 1880 avant Jésus-Christ. L’article, évalué par les pairs, s’étend sur les pages 11 à 60 du volume 112 de la revue.

Cette publication rattache aussi le déblocage du dossier à huit vases en argent inscrits, publiés en 2018. Elle propose une première description complète du système, employé pour noter la langue élamite, ainsi qu’une discussion sur sa phonologie et sur le bilinguisme graphique qui caractérise les premières phases documentées de cette langue.

/uploads/images/20240611074122000000-20240506110327000000-priere-v7-69f5a761e4b61515424111.jpg

L’élamite n’est pas l’ancêtre du persan : François Desset rappelle que le persan, langue indo-européenne, reste beaucoup plus proche du français que de l’élamite.

La Bibliothèque nationale de France présente l’élamite linéaire comme l’un des plus anciens systèmes d’écriture de l’Iran, contemporain du cunéiforme et des hiéroglyphes. Ce déchiffrement réinscrit donc le plateau iranien dans l’histoire mondiale des premières écritures, sans le placer seulement dans l’ombre de la Mésopotamie. Il transforme aussi des signes conservés sur objets en textes exploitables, datables et comparables.

François Desset dit disposer aujourd’hui de 45 inscriptions, deux fois plus qu’il y a vingt ans. Cette progression reste modeste, mais elle donne aux chercheurs un corpus désormais lisible. Elle ouvre aussi un nouvel accès au proto-élamite, système antérieur encore conservé sur des tablettes, notamment au musée du Louvre.

/uploads/images/20230922095515000000-fig-3-reprise-v2-69f5a77c96d9d519344224.jpg

Crédits images © François Desset, avec l’aimable permission de la collection Mahboubian.

Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com


Source:

actualitte.com

Annonce publicitairespot_img

Catégories