Ce mardi 28 avril, le Tribunal des Activités Économiques de Paris a validé le placement en redressement judiciaire demandé par Financière Palidis, la société propriétaire du groupe Gibert. La démarche a été particulièrement remarquée et commentée, considérée comme un signal de la fragilité des librairies alors que les ventes de livres neufs marquent le pas depuis quelques mois.
L’annonce de la direction, la veille, a toutefois été « une surprise pour nous, les élus du personnel », nous confie Sophie Rachet, déléguée syndicale CGT Gibert Joseph Paris. « Nous savions qu’il y avait des difficultés financières et que la situation du groupe n’était pas florissante, mais rien ne laissait supposer une demande de redressement. »
La fermeture programmée de la librairie Gibert du 13e arrondissement de Paris, effective dans quelques jours, avait été annoncée fin 2025 au comité social et économique (CSE) de Gibert Joseph Paris, lequel s’inquiète désormais de l’avenir de la librairie du 18e arrondissement, « sur lequel la direction n’a pas donné de réponse claire », souligne-t-elle à ce sujet.
« Nous savons que d’autres magasins du groupe sont dans une situation fragile, mais, à part quelques chiffres, nous n’avons pas plus d’informations », déplore Sophie Rachet. Rappelons que l’organisation du groupe Gibert est particulière, puisque l’entité ne dispose pas d’un CSE commun, les différentes libraires restant distinctes les unes des autres.
Une demande de reconnaissance de l’Unité Économique et Sociale (UES) de Gibert avait été effectuée par les syndicats, afin de pouvoir constituer un CSE pour l’ensemble de l’entité, mais elle n’a pas abouti. « Cela nous aurait permis d’avoir un regard plus large sur les activités et la situation économique générale, ainsi qu’une représentation du personnel à l’échelle du groupe », détaille la déléguée syndicale CGT.
Au niveau de Gibert Joseph Paris, déjà, la présidence assumée par Financière Palidis aboutit à une situation dans laquelle « nous n’avons pas de droit de regard sur certains flux financiers, tandis que la direction du groupe nous laisse dans le flou sur certains sujets, ou nous fournit des informations que nous ne pouvons pas vérifier ni comparer », pointe encore Sophie Rachet.
« Nous attendons un vrai travail d’échange »
Alors que s’ouvrent la procédure de redressement judiciaire et une période d’observation de 6 mois, le CSE de Gibert Joseph Paris attend « un vrai travail d’échange avec les élus. Il faut que ce redressement aboutisse et que le groupe perdure, mais pas au détriment des salariés et des emplois. Nous voulons un engagement de la direction sur ce point, ainsi qu’une véritable écoute des représentants du personnel et des salariés », souligne Sophie Rachet.
Au printemps 2025, la direction du groupe avait présenté son « plan stratégique 2024-2028 ». Les éléments avancés portés à la connaissance des représentants du personnel avaient été « très lacunaires, et relevaient plus d’une présentation publicitaire que d’une analyse chiffrée et détaillée, sur laquelle il est possible de se prononcer », se souvient la déléguée syndicale.
La direction y mentionnait une « synergie » entre les magasins et l’activité en ligne, qui n’était pas vraiment vérifiée sur le terrain. « Il est arrivé que des promotions soient annoncées en ligne et pas en magasin, ce qui provoquait des incompréhensions entre les clients venus sur place et les vendeurs », nous confie-t-on. « Les représentants du personnel n’ont jamais été associés à l’élaboration de ce plan stratégique. La direction donne l’impression de ne pas savoir où aller précisément, sauf sur certains sujets, comme l’externalisation de l’activité logistique. »
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Cette fois, « pour présenter un plan viable, la direction n’a plus le choix : il faut associer les équipes et le personnel, et nous demandons en conséquence une réunion avec la direction et le mandataire judiciaire », indique Sophie Rachet.
Les représentants du personnel craignent à présent des fermetures de magasins et des suppressions de postes, « puisque la direction souhaitait se concentrer sur les magasins rentables et “couper les branches mortes”, selon sa propre expression ». Les librairies Gibert réunissent environ 500 salariés, dont 200 pour les seuls commerces parisiens. La recherche de repreneurs est une option possible entre les mains du mandataire judiciaire.
Les syndicats s’étonnent par ailleurs de l’exclusion du magasin de Montpellier et de Gibert Interactive du périmètre de la procédure de redressement judiciaire — le statut du magasin de La Rochelle, également exclu, est particulier —, puisque « la situation économique doit être appréciée à l’échelle du groupe ».
Nous avons tenté d’obtenir une réaction de la part de la direction du groupe Gibert, sans succès.
Photographie : Étiquette « Occasion » au dos d’un ouvrage de seconde main en vente chez Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, à Paris (illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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