Donna Haraway est une biologiste et philosophe des sciences américaine. A l’occasion de la parution d’une nouvelle traduction française, aux éditions Wildproject, de son essai fondateur Savoirs situés. La question de la science dans le féminisme et le privilège d’une perspective partielle, issu d’un texte présenté lors d’une réunion de l’American Philosophical Association, en mars 1987, elle revient, dans un entretien au Monde, sur le retentissement de ces « savoirs situés » dans les cercles scientifiques et militants et sur la nécessité de porter une critique féministe des sciences, hier comme aujourd’hui.
Comment la nécessité d’une critique féministe de l’objectivité scientifique s’est-elle imposée à vous dans les années 1980 ?
Depuis l’élection de Ronald Reagan [président des Etats-Unis de 1981 à 1989], nous assistions aux Etats-Unis à la montée en puissance d’une droite dure : une dynamique aujourd’hui à son paroxysme avec la politique fasciste de l’administration Trump. Ce que les mouvements des droits civils, des droits des femmes, des droits des homosexuels avaient réussi à obtenir durant les décennies précédentes était soudain menacé. Il était important pour nous, universitaires et militantes féministes, de contrer cette dynamique, notamment dans le domaine scientifique.
Nous étions en même temps en guerre contre le sexisme qui régnait dans le milieu des sciences, en particulier dans les domaines de la médecine, de la physique, de la biologie et des sciences sociales. En tant que scientifiques, nous étions déconsidérées et exclues de la fabrique de la connaissance objective au motif que nous serions « partiales » ; et, en tant que femmes, nous étions l’objet d’un savoir scientifique souvent sexiste. Les conditions dans lesquelles les savoirs scientifiques étaient produits jusqu’ici ne permettaient pas, selon nous, de produire de « bonnes » connaissances.
Il vous reste 81.34% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr

