La troisième grève de l’année chez Lufthansa, déclenchée malgré des salaires parmi les plus élevés d’Europe, illustre le conflit grandissant entre des pilotes réclamant de meilleures retraites et une direction qui refuse de céder au nom des difficultés économiques du groupe.
Une nouvelle grève chez Lufthansa a entraîné vendredi dernier l’annulation de centaines de vols, alors que le conflit social s’enlise et que des annonces de réduction des capacités de vol du groupe ont provoqué la colère des syndicats.
Ces dernirs ont estimé que la fermeture anticipée de la filiale régionale de Lufthansa, CityLine -que le groupe a justifiée jeudi par la hausse des prix du kérosène et le coût des mouvements sociaux- était une « provocation supplémentaire massive » qui « n’arrangeait pas ce conflit tarifaire ».
Les pilotes de Lufthansa et de la filiale Cargo, défendus par le syndicat Vereinigung Cockpit, réclament quant à eux une hausse des contributions de l’employeur aux retraites d’entreprise, tandis que chez Cityline, les discussions devaient porter sur des augmentations de salaires.
Par ailleurs, des propos dans une lettre ouverte de Karl Gernandt, président du conseil d’administration de Kühne Holding, actionnaire majeur du groupe Lufthansa, à propos du droit de grève, ont vivement fait réagir les syndicats vendredi.
« Lorsqu’un actionnaire reproche au droit de grève d’être ‘détourné’ ou ‘exercé par égoïsme’, cela révèle avant tout une chose: un manque de sérieux », a estimé le syndicat Vereinigung Cockpit en réponse dans une autre lettre ouverte.
« Mieux payés que partout ailleurs »
Il n’empêche, il s’agit déjà du troisième mouvement social depuis le début de l’année. Et outre-Rhin, ces grèves à répétition agacent franchement quand elles ne sont pas tout simplement incompréhensibles.
« Les pilotes de Lufthansa, la compagnie aérienne phare, sont mieux payés que partout ailleurs, écrit ainsi le quotidien économique allemand Handelsblatt. Pourtant, ils sont en grève pour la troisième fois cette année. »
La direction refuse jusqu’à présent de céder. Selon elle, la situation économique de la marque premium du groupe ne permet pas d’augmenter davantage les cotisations retraite pour ne pas fragiliser davantage sa situation financière en accordant des avantages supplémentaires.
Même discours du côté de Jens Ritter, patron de Lufthansa Airlines. Selon lui, les pilotes de la compagnie principale bénéficient déjà des meilleures conditions de travail du groupe, nettement supérieures à celles des autres filiales. Il juge donc incohérent que de nouvelles grèves soient organisées alors que les rémunérations restent parmi les plus élevées du secteur aérien européen.
Les pilotes allemands de la Lufthansa sont-ils vraiment les mieux lotis de tout le secteur? Au niveau mondial, ils sont loin de leurs homologues américains selon l’agence de formation Aerocadet. Mais en Europe, ce serait eux qui auraient les rémunérations les plus élevées.
Comme le détaille Handelsblatt, pour devenir pilote au sein du groupe Lufthansa, il faut suivre une formation à la European Flight Academy. Celle-ci coûte environ 120.000 euros. Mais les candidats n’ont plus besoin de financer eux-mêmes la majeure partie de cette somme: ils doivent apporter seulement 10.000 euros de fonds propres. Le reste est avancé par l’entreprise et remboursé progressivement après l’entrée dans la vie professionnelle.
Plus de 300.000 euros annuels
Chez Lufthansa, un copilote débute avec un salaire fixe annuel de 88.600 euros, précise le quotidien allemand. Avec l’expérience et l’ancienneté, un capitaine peut atteindre jusqu’à 281.300 euros par an, hors indemnités. En ajoutant les primes, la participation aux bénéfices et certaines compensations, les revenus peuvent même dépasser 300.000 euros annuels après une trentaine d’années de carrière.
Les pilotes de Eurowings, la compagnie low-cost du groupe, gagnent toutefois moins que ceux de Lufthansa. Un copilote y commence avec environ 70.200 euros par an, soit près de 20.000 euros de moins. Quant au salaire maximal d’un capitaine, il atteint 202.300 euros de fixe, soit environ 80.000 euros de moins que chez la maison mère. Là aussi, des indemnités supplémentaires peuvent s’ajouter, notamment pour les heures de vol supplémentaires ou les missions de formation.
Plusieurs facteurs influencent le salaire des pilotes. Le type d’avion piloté, le nombre d’années d’ancienneté et les heures de vol mensuelles jouent un rôle important. Les pilotes long-courriers, notamment chez Lufthansa, gagnent généralement davantage que ceux qui assurent des vols courts ou moyens courriers. Cela explique en partie l’écart entre Lufthansa et Eurowings, qui se concentre principalement sur les liaisons de courte et moyenne distance.
« De nombreux citoyens sont indignés et se demandent: ‘Pourquoi des gens qui gagnent plus que la plupart des cadres ou des médecins font-ils grève?’, peut-on lire dans le quotidien de Cologne Kölner Stadt-Anzeiger. Sur les forums, dans les émissions de télévision et sur les réseaux sociaux, la grève est critiquée comme un ‘enrichissement personnel de l’élite’. »
Lufthansa cherche aujourd’hui à réduire ses coûts sur certains vols intérieurs et européens. C’est dans cette logique qu’a été créée Lufthansa City Airlines, une nouvelle filiale destinée à exploiter une partie des vols court-courriers. Pour les passagers, peu de changements seront visibles, mais les coûts d’exploitation devraient être plus faibles grâce à des conditions salariales différentes pour le personnel navigant.
Source:
www.bfmtv.com


