AccueilCultureLivres & LittératureDerrière les festivals,...

Derrière les festivals, une activité méconnue toute l’année

À l’occasion du Festival du Livre de Paris, le réseau RELIEF, qui fédère des événements et festivals littéraires, rend visible une réalité rarement documentée : derrière quelques jours de programmation, les structures membres déploient une action continue de médiation, d’éducation artistique et de présence territoriale.

L’étude réalisée avec L’Œil du public, conduite auprès de 53 structures répondantes sur 60 adhérentes, décrit un tissu majoritairement associatif, ancré d’abord en France, mais également présent en Belgique, en Suisse et au Québec. Elle montre surtout que l’activité ne se résume pas à la scène festivalière : 94 % des structures mènent des actions culturelles et 86 % agissent toute l’année.

Une activité annuelle derrière l’événement

Le document de RELIEF chiffre cette permanence avec précision. Les structures interrogées portent en moyenne 20 projets par an et 40 séances d’atelier ; à l’échelle du réseau, cela représente 2200 projets, 4000 ateliers et 22.000 heures d’intervention annuelles. Les publics concernés débordent largement le périmètre habituel des dédicaces et des rencontres : 78.000 scolaires, 17.000 élèves de quartiers prioritaires et 88.000 bénéficiaires dans des actions tout public ou conduites en Ehpad, en prison ou à l’hôpital.

À LIRE – Et si salons et festivals du livre étaient des services publics éphémères ?

Ce panorama confirme, chiffres à l’appui, ce que d’autres travaux récents avaient commencé à établir. Dans la synthèse des États généraux des festivals et salons du livre 2023, le cabinet Axiales relevait déjà, selon Sofia, le « développement d’activités en dehors de la période de la manifestation », qu’il s’agisse d’actions pédagogiques, de résidences ou de contenus numériques. La même synthèse insistait aussi sur une « extrême fragilité » de nombreuses manifestations, souvent portées par de très petites équipes et soumises à des financements volatils.

L’enquête de RELIEF met en effet au jour une économie humaine tendue. Les structures comptent quatre permanents en moyenne, mais 43 % disposent de moins de deux équivalents temps plein, et l’action culturelle ne mobilise qu’1,5 ETP en moyenne. Cette faiblesse des effectifs contraste avec l’ampleur des tâches : ingénierie de projets, partenariats avec écoles, bibliothèques ou structures sociales, coordination d’artistes, montage administratif, suivi budgétaire et recherche de financements.

Des missions nombreuses, des moyens limités

Le volet financier prolonge ce constat. RELIEF évalue à 3,2 millions d’euros les sommes consacrées à l’action culturelle dans son réseau, dont 816 600 euros reversés aux auteur·ices, pour un budget moyen de 18 992 euros par structure et un budget médian d’action culturelle fixé à 35 000 euros. Dans le même temps, l’étude recense 900 dossiers de financement par an en cumulé et 10 700 heures consacrées à la recherche de fonds. Autrement dit, une part notable du travail consiste à rendre possible ce qui, une fois le festival venu, paraît aller de soi.

Cette tension n’est pas propre au livre. Le ministère de la Culture observait dans son Baromètre des festivals 2024 que plus de la moitié des festivals déclarent une hausse de leurs dépenses artistiques et techniques, tandis que plus de quatre sur dix ont clos l’édition 2024 sur un résultat négatif.

Deux ans plus tôt, la cartographie nationale des festivals rappelait déjà que l’offre festivalière repose souvent sur un réseau d’acteurs et d’établissements culturels qui œuvrent toute l’année, inscrivant l’événement dans une permanence territoriale bien au-delà de sa durée propre.

Pour les manifestations littéraires, la démonstration revêt une portée particulière. Les formes d’action recensées par RELIEF — ateliers d’écriture, clubs de lecture, résidences, podcasts, expositions, créations collectives, rencontres avec des auteur·ices ou opérations en librairie — dessinent une chaîne de transmission qui associe lecture, création et médiation.

Elles répondent aussi à un enjeu documenté hors du seul calendrier festivalier : le Centre national du livre rappelait en 2024, en présentant son étude confiée à Ipsos sur les 7-19 ans, la nécessité d’identifier les leviers susceptibles d’amener les jeunes vers le livre. En ce sens, les festivals apparaissent moins comme de simples vitrines que comme des opérateurs de terrain.

Un plaidoyer chiffré

La publication intervient d’ailleurs dans un contexte choisi. Le programme du Festival du Livre de Paris annonce la rencontre professionnelle intitulée « L’action culturelle littéraire, le cœur caché des festivals », signe que RELIEF cherche à déplacer le regard : non plus seulement vers la fréquentation ou le prestige des affiches, mais vers le travail continu qui irrigue écoles, bibliothèques, quartiers prioritaires, établissements de santé ou lieux de privation de liberté.

Le mérite premier de cette étude tient là. En donnant une mesure à ce qui reste souvent dispersé dans des bilans d’activité, RELIEF fournit un argumentaire objectivé aux organisateurs, aux collectivités et aux partenaires publics.

Les festivals littéraires y apparaissent comme des structures de programmation, certes, mais aussi comme des ateliers permanents de lecture, de création et de lien social, avec des équipes restreintes, des budgets serrés et une charge d’ingénierie considérable. Au moment où les arbitrages financiers se tendent, cette mise en chiffres replace enfin l’action culturelle au centre de la discussion.

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

Annonce publicitairespot_img

Catégories

Paris : jusqu’à quatre ans de prison pour les « rats d’hôtels » spécialisés dans les établissements de luxe

Des peines allant de dix mois avec sursis à quatre ans de prison ferme pour les « rats d’hôtel ». Les magistrats de la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris ont rendu cet après-midi leur jugement dans le...

Dans l'affaire de la panne électrique géante en Espagne, l'autorité nationale de la concurrence ouvre des procédures contre l'opérateur du réseau électrique et plusieurs...

L'autorité espagnole de la concurrence a annoncé vendredi l'ouverture de procédures susceptibles de déboucher sur des sanctions contre l'opérateur du réseau électrique national espagnol et plusieurs entreprises concernant la panne ayant privé d'électricité l'Espagne et le Portugal le 28...
Annonce publicitairespot_img