A l’automne 2000, un juge a forcé le géant américain de la chimie DuPont à divulguer plus de 100 000 pages de documents datant des cinquante années précédentes. Il s’agit de recherches, de correspondance interne et de rapports médicaux sur la toxicité des polluants éternels que sont les PFAS. Pour la première fois, les dangers potentiels de ces substances ont été rendus publics. L’entreprise DuPont, elle, les connaissait depuis des décennies. Ces documents, ainsi que la bataille juridique qui a suivi leur publication, sont à la base du film Dark Waters (2019).
Vingt-six ans plus tard, l’Europe est en pleine crise des PFAS. Pourquoi ? Les usines européennes continuent de produire des PFAS, polluant les zones environnantes et injectant ces substances toxiques dans tout, depuis les cosmétiques jusqu’aux batteries, en passant par l’ensemble de la chaîne de production. Pourquoi ? Un demi-siècle après que les scientifiques ont découvert leur toxicité, les industriels demandent à l’Union européenne (UE) de les laisser continuer à les utiliser. Pourquoi ?
Les PFAS ne constituent que la partie émergée de l’iceberg de la pollution chimique en Europe. Selon une étude 2024 de l’Eurobaromètre, 84 % des citoyens européens sont inquiets de l’impact des substances chimiques toxiques – à juste titre. Car la science est claire. Les substances chimiques dangereuses comme les perturbateurs endocriniens, les phtalates et les PFAS sont associées à des taux élevés de cancer en Europe. Elles ont du reste une multitude d’effets néfastes sur la santé. Or nombre de ces substances sont présentes dans des produits communément utilisés, dans notre alimentation et notre eau potable, dans l’air et les sols, et même dans notre sang.
Il faut d’urgence fermer le robinet. Il est incompréhensible, et même scandaleux, que l’Europe ne se serve pas des outils dont elle dispose pour le faire. Les législations existent. Il ne reste plus qu’à les mettre en œuvre.
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Source:
www.lemonde.fr


