Évangile (Mt 28,1-10)
Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘’Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. » Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Autres lectures : Ac 10, 34a.37-43 ; Ps 117 (118) ; Col 3, 1-4 ou 1 Co 5, 6b-8
Comprendre
Encore un tremblement de terre…
D’après l’Évangile de Matthieu, un séisme a eu lieu au moment de la mort de Jésus le soir du vendredi et un autre, en ce matin de la Résurrection, à l’aube du premier jour de la semaine. Y a-t-il eu deux tremblements de terre consécutifs cette année-là à Jérusalem ? Reconnaissons ici le style des théophanies et le genre littéraire apocalyptique familier des lecteurs juifs de Matthieu. Le Sinaï a tremblé quand Dieu s’y est manifesté. Dans les psaumes et les textes prophétiques des tremblements de terre signalent la venue de Dieu pour un jugement et une libération : c’est la création tout entière qui réagit à l’approche du Seigneur. L’ange du Seigneur et la lumière éblouissante appartiennent aussi à ce style apocalyptique. Bibliquement l’expression « ange du Seigneur » signale la présence de Dieu sans Le nommer directement, par respect. Par ces expressions littéraires, saint Matthieu nous dit que le jugement eschatologique, initié à la croix, a lieu maintenant : l’ange du Seigneur s’assied sur la pierre qu’il a roulée lui-même ; celle-ci devient son trône. Avec lui, Dieu siège sur la mort elle-même. Un autre manière de dire la bonne nouvelle de Pâques.
Méditer
La crainte et la joie
La crainte est mentionnée quatre fois dans le texte de ce jour. Pourquoi ? Dans la Bible la crainte saisit ceux dont Dieu s’approche pour ainsi dire de trop près, ceux qui font l’expérience de son immensité, de sa toute-puissance et de leur misère face à lui. La crainte surgit face au mystère et à l’inouï. Elle peut s’accompagner de peur, et c’est pourquoi l’exhortation « ne crains pas » revient toujours dans les récits bibliques de vocation. Mais elle ne fait pas fuir : au contraire, la personne est comme figée par une expérience qui dépasse ses capacités intellectuelles et émotionnelles tout en la comblant : Dieu est là !
Les gardes, incapables de s’ouvrir à cette présence redoutable, sont paralysés, impuissants, comme morts. Les femmes, elles, menées par leur ardente recherche de Jésus, et ouvertes à la Parole, sont comblées de joie (la crainte et la joie ne sont pas incompatibles !). Celle-ci leur donne des ailes pour courir porter la nouvelle. Et voilà que Jésus lui-même vient à leur rencontre et les salue familièrement : « Kairete » dit le grec, littéralement : « Réjouissez-vous ! » S’il y a eu tremblement de terre, il n’y a plus maintenant que la douceur d’une rencontre et l’élan éperdu de l’adoration.
Qu’en est-il de notre expérience de Dieu ? Quand faisons-nous l’expérience de la crainte biblique : devant l’immensité de l’océan ? Devant le miracle d’un nouveau-né ? Devant le saint sacrement ?… Sommes-nous ouverts à l’inouï de Dieu ? Nous laissons-nous stupéfier par l’annonce de la Résurrection, par la présence du Christ Seigneur inaccessible et pourtant si proche ? L’Évangile projette sa foi jusqu’à nous. Le tombeau fermé ou l’urne scellée qui contient nos proches, croyons que l’ange du Seigneur y est descendu. Quand nous sommes effrayés par la vue de notre monde à feu et à sang, croyons en Celui qui nous dit : « N’ayez pas peur ! Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Prier
Je veux me tenir là, Seigneur, là où tu surgis, là où ta lumière pénètre mes ténèbres les plus obscures, là où ta présence transfigure ma nuit en aube pascale.
Je veux me tenir là, Seigneur, avec tous ceux qui gisent dans l’ombre de la mort et que paralysent les liens de la peur.
Viens ! Que ta présence de Ressuscité transforme toute angoisse en crainte et toute déréliction en joie.
Source:
www.la-croix.com


