Dans les profondeurs océaniques, la production de lumière par les organismes marins est un mécanisme répandu et étudié pour ses multiples rôles écologiques. Chez certains requins appelés requins-lanternes, une couverture de photophores ventraux produit un éclairement qui permet de réduire la silhouette vue depuis en dessous, un phénomène identifié comme contre-illumination. Toutefois, des observations récentes portent attention à une fonctionnalité supplémentaire et moins attendue de ces organes lumineux.
Les structures responsables de la lumière, les photophores, peuvent être des organes complexes synchronisés par le système nerveux ou alimentés par des mécanismes biochimiques internes. Dans la littérature scientifique, la bioluminescence est décrite principalement comme un outil de camouflage, de communication intra‑spécifique ou d’attraction de proies. Les modalités varient selon l’espèce : intensité, répartition et modulation temporelle des éclairs lumineux influencent les interactions prédation‑proie dans le milieu aphotique.
Des campagnes d’observation en milieu profond, réalisées à l’aide de caméras embarquées et de ROV, ont documenté des comportements où la lumière ventrale semble fonctionner comme un « projecteur » : une émission dirigée ou localement renforcée qui éclaire l’avant immédiat du prédateur. Cette illumination ciblée pourrait rendre visibles de petites proies ou perturber leur comportement, facilitant la capture. Les chercheurs qualifient ce rôle de « projecteur » en raison de la fonction pratique d’éclairage, distincte de la simple dissimulation de la silhouette.
La reconnaissance de ce mécanisme chez un des plus grands vertébrés lumineux connus éclaire autrement les relations trophiques en zones profondes et oriente les protocoles d’étude futurs. Les auteurs insistent sur la nécessité d’observations supplémentaires et d’enregistrements à haute résolution pour caractériser la directionnalité, la modulation et l’impact écologique de cette émission lumineuse. Comprendre ces fonctions aide à mieux apprécier l’adaptation des espèces au milleu profond et a des implications pour la conservation des habitats abyssaux soumis à des pressions anthropiques croissantes.


