Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°953-954, daté juillet-août 2026.
Après le dodo, le thylacine ou le loup sinistre, Colossal Biosciences travaille sur un projet de désextinction de l’antilope Bluebuck, disparue depuis 1800 des prairies côtières de la région du Cap (Afrique du Sud). La société américaine de biotechnologies ne va pas recréer une réplique à l’identique de l’espèce éteinte, mais réaliser des modifications génétiques touchant simultanément plusieurs gènes de son parent proche encore existant, l’antilope rouanne. Jusqu’à présent, aucune vraie désextinction n’a été réalisée, mais que se passerait-il si ces espèces hybrides dites « proxy » étaient réintroduites dans la nature ?
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Créer des espèces hybrides : une fausse bonne idée ?
Les avis divergent. Pour Tatiana Giraud, chercheuse en évolution, écologie et bio diversité au CNRS, « c’est une fausse bonne idée aux conséquences imprévisibles et risquées. Ces espèces hybrides pourraient menacer d’autres espèces, on ne sait pas si elles pourront survivre ou se défendre des nouveaux pathogènes. Et surtout, cela donne la fausse idée que l’extinction est réversible. » Andrew Pask, directeur de la biologie à Colossal Biosciences, défend l’idée que « réintroduire des superprédateurs serait le plus bénéfique pour retrouver des écosystèmes plus équilibrés et fonctionnels « .
Le professeur de génétique et de biologie de la conservation à l’université de Melbourne (Australie) affirme que la réintroduction du thylacine en Tasmanie annulerait l’effet domino écologique produit par sa disparition : « Aujourd’hui, il y a une surpopulation de wallabys à cou rouge et de pademelons, qui dévorent la végétation locale. Il en reste alors moins pour les oiseaux, qui sont de plus attaqués par les chats qui ont envahi les forêts en l’absence des thylacines. En chassant en priorité les proies malades et affaiblies, ces derniers limiteraient aussi la propagation de la tumeur faciale transmissible du diable de Tasmanie. »
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Restaurer les rôles fonctionnels des grands herbivores
« Les cascades trophiques induites par les prédateurs sont bien avérées, mais leurs effets sont souvent plus faibles et dépendent davantage du contexte que les effets directs des grands herbivores », estime Jens-Christian Svenning, directeur du Centre pour les dynamiques écologiques dans une nouvelle biosphère (Econovo) de l’université d’Aarhus (Danemark). Le chercheur privilégierait « les grands à très grands herbivores qui occupaient des rôles fonctionnels actuellement vacants à l’échelle du paysage dans la plupart des régions « .
Parmi les espèces choisies par Colossal Biosciences, « le mammouth laineux serait le plus justifié : c’était un méga-herbivore clé dont le broutage, le piétinement et le cycle des nutriments ont probablement façonné les vastes systèmes de prairies et de toundra d’Eurasie et d’Amérique du Nord pendant des millénaires », rappelle-t-il.
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Mais plutôt que de miser sur des technologies de désextinction, Jens-Christian Svenning préconise « l’utilisation d’espèces existantes, y compris des espèces introduites lorsque cela est approprié, pour restaurer les rôles fonctionnels laissés vacants depuis les extinctions du pléistocène ».
Source:
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