La Coupe du monde de football a fait vibrer le public jusqu’au dernières secondes de jeu, mais la fébrilité est retombée et l’heure est au bilan.
Alors que les pays organisateurs annonçaient un total de 3,6 millions de tonnes de CO2 émises, ce chiffre atteindrait en réalité 7,8 millions de tonnes, selon Greenly, une entreprise experte en évaluation carbone. Un bilan qui dépasse de loin les 3,4 millions de tonnes émises lors de l’édition 2022 au Qatar, qui avait pourtant nécessité la construction de 7 stades supplémentaires.
Un Mondial élargi, un bilan carbone alourdi
Cette hausse s’explique par l’élargissement du tournoi, qui accueille désormais 48 équipes participantes au lieu des 32 habituelles. Le nombre de rencontres a ainsi bondi de 64 à 104, entraînant une multiplication des trajets pour les joueurs comme pour les supporters. Or, ce sont précisément ces déplacements qui génèrent 87,8 % des émissions totales, le transport aérien en constituant la part principale.
La répartition géographique des sites constitue un autre facteur aggravant. Organisée conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada, cette édition 2026 impliquait parfois des distances dépassant 4000 kilomètres entre deux stades (New York – Vancouver).
Face à la multiplication des grandes compétitions internationales, la question se pose : comment réduire l’empreinte carbone de ces « méga-événements » ?
Des chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) ont choisi de mettre en regard cette Coupe du monde avec … la tournée européenne du groupe Coldplay, en 2024. Malgré une différence d’ampleur notable (1,9 million de billets vendus pour les 32 concerts, contre 7 millions pour le Mondial), les deux événements relèvent bien de la catégorie de « méga-événements ».
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Le groupe britannique avait certes tenté de limiter son impact environnemental grâce à des dispositifs scéniques alimentés à l’énergie solaire. Mais c’est surtout grâce à des dispositifs incitatifs que l’effet le plus notable a été obtenu : les artistes ont encouragé leurs fans à comparer les options de déplacement les moins polluantes via une application, et ont offert des réductions sur les produits dérivés à ceux qui privilégiaient des modes de transport plus durables. Avec un impact considérable, puisque le bilan carbone total de cette tournée a été réduit de 46%.
Promouvoir des modes de transports durables
Le professeur Shaun Larcom, spécialiste en économie environnementale et auteur de cette étude comparative parue dans Nature Communications Sustainability, a déclaré dans un communiqué : « Comme le montre l’approche de Coldplay, la véritable durabilité s’atteint lorsque les organisateurs influencent le système global des comportements des fans, qu’il s’agisse du transport et des itinéraires, ou des décisions concernant l’ampleur et la conception de l’événement ».
D’autres stratégies sont également envisageables : utiliser la marge des billets les plus chers pour financer la compensation carbone, ou instaurer une redevance sur la diffusion télévisée. Les économistes calculent ainsi qu’une taxe de 4,50 dollars par téléspectateur suffirait à compenser l’intégralité de l’empreinte carbone de la Coupe du monde 2026, estimée à 787 millions de dollars.
Enfin, un levier essentiel est le choix de localisations réduisant le besoin de déplacements pour les spectateurs. Cela se traduit par des événements répartis sur davantage de régions ou par des sélections de sites minimisant les trajets longue distance. Ainsi, compte tenu de la provenance géographique du public, organiser cette Coupe du monde en Europe plutôt qu’en Amérique du Nord aurait permis de réduire sensiblement les émissions liées aux transports, d’après les chercheurs.
Ils soulignent d’ailleurs qu’il « existe des outils pratiques et immédiatement disponibles pour mettre en œuvre une responsabilité partagée. Les méga-événements génèrent une valeur économique considérable et entretiennent une proximité unique avec leur public ; ils disposent ainsi à la fois des moyens et de l’influence culturelle nécessaires pour jouer un rôle moteur dans l’action climatique ». Reste à savoir si cette responsabilité partagée suffira, ou si la question n’est pas plutôt celle de la taille et de la fréquence de ces événements.
Source:
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