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Forteresses royales du Languedoc : "Un ensemble unique au monde", candidat au patrimoine de l'humanité

C’est à Busan en Corée du Sud que se déroule la 48e session du Comité du patrimoine mondial de l’UnescoOuverture dans un nouvel onglet, du 19 au 29 juillet 2026, pour l’examen de trente-trois candidatures dont deux françaises au classement prestigieux : les plages du Débarquement en Normandie et les forteresses du Languedoc, ces « citadelles du vertige » appelées à tort les « châteaux cathares », dans les départements de l’Aude et de l’Ariège.

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Huit d’entre elles ont été sélectionnés : Aguilar, Carcassonne, Lastours, Montségur, Peyrepertuse, Puilaurens, Quéribus et Termes, les plus représentatives du réseau de vingt-deux forteresses, mis en place au XIIIe et XIVe siècles par les rois de France, certaines étant perchées à 700 voire à plus de 1 200 mètres d’altitude.

Cette inscription au patrimoine de l’humanitéOuverture dans un nouvel onglet vise à mieux protéger ces monuments, souvent très difficiles d’accès, quelquefois à l’état de ruines et en forte baisse de fréquentation pour la plupart, à leur donner de la visibilité et aussi à « générer un nouveau souffle pour ces territoires enclavés. » C’est justement dans un objectif de valorisation que le Conseil général de l’Aude avait déposé en 1992 sa marque « Pays cathare » et misé sur cette appellation touristique qui ne porterait donc pas totalement ses fruits.

Le plan de gestion pour les forteresses royales du Languedoc, financé par la région Occitanie et les deux départements concernés, prévoit 21 millions d’euros d’investissements d’ici 2034.

Entretien avec Anaïs Monrozier, cheffe de projet de l’association Mission Patrimoine Mondial, chargée de piloter la candidature à l’Unesco.

Anaïs Monrozier, lors d'une ascension au château de Montségur, situé à 1 207 mètres d'altitude. ouvrir crédits photo
Anaïs Monrozier, lors d’une ascension au château de Montségur, situé à 1 207 mètres d’altitude. – Stéphanie Limongy / Département de l’Aude

En quoi cet ensemble de fortifications est exceptionnel ?

On est sur un bien, série de huit monuments qui sont les témoins du système défensif administré, contrôlé par le roi de France et édifié après la croisade contre les Cathares, et qui a en ça d’exceptionnel l’homogénéité de cette architecture qui est une architecture militaire tout à fait emblématique des XIIIe et XIVe siècles. Et ces sites s’inscrivent dans des paysages époustouflants, qui participent aussi de cette valeur exceptionnelle.

Il n’y a pas d’équivalent d’un réseau de forteresses médiévales dans cet état d’intégrité, d’authenticité. Ces monuments sont dans leur état médiéval et sont figés quelque part, comme au XIIIe et XIVe siècle, avec des fonctions tout à fait spécifiques. Ils sont les témoins finalement de l’autorité du pouvoir royal sur ce territoire, sur un territoire qui est jugé rebelle et sur un territoire qui est frontalier, puisqu’à l’époque on est aux frontières avec le royaume d’Aragon voisin, qui se situe sur l’actuelle limite entre les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Ce système-là répond donc à une administration tout à fait particulière.

« Il n’y a pas d’équivalent d’un réseau de forteresses médiévales dans cet état d’intégrité, d’authenticité »

Carcassonne constitue la pièce maîtresse de ce dispositif. Et c’est de là que partent les hommes, les vivres et les armements pour administrer l’ensemble de ces réseaux. Et ces huit forteresses sont les plus emblématiques de ce réseau. Il y en avait une vingtaine au total, à l’échelle de cette sénéchaussée de Carcassonne. Et effectivement, nous avons conservé les plus représentatives, les plus illustratives de ce réseau, de cette architecture, de ces fonctions militaires et de cette intégration au paysage. Cette architecture que l’on dit capétienne, qui a été conçue dans les plaines du nord de la France, est ici adaptée au relief escarpé du pays. Il y a donc une véritable prouesse architecturale que l’on retrouve sur l’ensemble des châteaux de la série.

Le château d'Aguilar, situé sur une colline de 96 mètres de hauteur surplombant la plaine de Tuchan, dans l'Aude. ouvrir crédits photo
Le château d’Aguilar, situé sur une colline de 96 mètres de hauteur surplombant la plaine de Tuchan, dans l’Aude. – Philippe Benoist / AMPM

Et peut-on parler de valeur exceptionnelle universelle, selon les critères de l’Unesco ?

Ces huit monuments sont effectivement constitutifs, représentatifs d’un ensemble de valeurs exceptionnelles dans son côté architectural, dans son côté paysage, à l’échelle de toute la série. C’est un ensemble de valeurs qui justifient en fait le caractère exceptionnel, puisqu’il n’y a pas d’équivalent ailleurs au monde. Et universel, dans le sens où cela parle à tout le monde, et c’est d’une importance supranationale. Cette importance supranationale, elle est aussi liée au fait que ces sites-là sont le témoin d’un basculement et d’un moment significatif de l’histoire humaine. Parce qu’au moment où ce réseau s’installe, il témoigne aussi du rattachement du Languedoc au royaume de France.

« Ces sites-là sont le témoin d’un basculement et d’un moment significatif de l’histoire humaine »

On est sur un territoire qui a connu plus de vingt ans de croisades, d’exactions, de bûchers. Le pays est loin d’être pacifié au moment où le roi de France arrive. Et on bascule d’un modèle qui est celui d’une fragmentation féodale, où il y a un certain nombre de sites et de châteaux qui appartiennent à des seigneurs locaux, au côté centralité du royaume de France qui vient construire, édifier des forteresses royales qui elles-mêmes sont rattachées au royaume de France et dépendant de Paris. C’est la partie la plus méridionale du royaume qui vient se rattacher. C’est donc un basculement de cette fragmentation féodale à l’État central royal. Cet ensemble de fortifications et de valeur exceptionnelle, universelle. C’est unique au monde.

Situés à 20km au nord de Carcassonne, les quatre châteaux de Lastours : Cabaret, Tour Régine, Surdespine et Quertinheu, érigés à 285 mètres d'altitude. ouvrir crédits photo
Situés à 20km au nord de Carcassonne, les quatre châteaux de Lastours : Cabaret, Tour Régine, Surdespine et Quertinheu, érigés à 285 mètres d’altitude. – Philippe Benoist / AMPM

Pourquoi avoir chassé le mot « cathare » ?

Le mot « cathare » n’est pas chassé dans le sens où il est pris en compte, dans toute la chronologie historique. Dans l’histoire de ce territoire, il y a effectivement eu des populations cathares, il y a une croisade contre les Albigeois qui a eu lieu. La justification de cette valeur universelle exceptionnelle, la justification de l’inscription, elle repose sur l’édification d’un réseau de forteresses qui est à attribuer aux rois de France.

« La justification de l’inscription repose sur l’édification d’un réseau de forteresses qui est à attribuer aux rois de France »

C’est dans cette période des XIIIe et XIVe siècles, après la croisade contre les Cathares, que s’installe ce réseau-là. Et du point de vue du patrimoine mondial de l’Unesco, il est important de pouvoir étayer la justification de l’inscription par un argumentaire qui se veut scientifique.

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« Château cathare », c’est un terme qui n’est pas approprié, dans le sens où les châteaux que l’on voit aujourd’hui n’ont pas été construits, n’ont pas été administrés par les cathares. Le terme « cathare » est lié au fait qu’il y a eu cette présence de cette dissidence sur le territoire, que certains châteaux seigneuriaux, préexistants avant les forteresses royales, ont pu abriter des populations cathares. Toutefois, le terme « château cathare » est impropre et n’est pas du tout représentatif de la valeur universelle exceptionnelle portée par ces sites.

Le château de Quéribus, perché sur un étroit piton rocheux à 728 mètres d'altitude au-dessus du village de Cucugnan, dans l'Aude. ouvrir crédits photo
Le château de Quéribus, perché sur un étroit piton rocheux à 728 mètres d’altitude au-dessus du village de Cucugnan, dans l’Aude. – Philippe Benoist / AMPM

C’est une étape de l’Histoire qui est restée dans les mémoires ?

Le terme « château cathare » est plutôt lié à un imaginaire collectif plus qu’à une étape de l’Histoire. La croisade contre les Albigeois est une étape de l’histoire qui a marqué les esprits. Le terme « château cathare », en revanche, est lié à un raccourci qui est tout à fait prégnant, encore présent et qui a été construit, alimenté à travers des démarches de valorisation, de stratégies touristiques.

Cela a été initié notamment dans le courant des années 1990, autour d’une destination touristique qui s’appelle le « Pays cathare » et autour, effectivement, de labels de qualité sur les produits agroalimentaires et sur les prestations touristiques via la marque « Pays cathare ». Ce sont des programmes aussi qui ont contribué finalement à construire cette identité-là.

Les fortifications de la Cité médiévale de Carcassonne, déjà classée depuis 1997 au patrimoine mondial de l'Unesco. ouvrir crédits photo
Les fortifications de la Cité médiévale de Carcassonne, déjà classée depuis 1997 au patrimoine mondial de l’Unesco. – Philippe Benoist / AMPM

Pourquoi ce besoin de classement à l’Unesco ? C’est d’abord un besoin de reconnaissance ?

Oui, c’est avant tout un besoin de reconnaissance de ce patrimoine exceptionnel. C’est aussi l’intérêt que les habitants, les Audois, les Ariégeois, puissent porter un nouveau regard sur ce patrimoine, de pouvoir susciter et générer un sentiment de fierté.

Et c’est aussi un besoin de générer un nouveau souffle pour ces territoires-là qui sont des territoires enclavés, profondément ruraux et frappés de plein fouet par les crises climatiques, touristiques, économiques, agricoles aussi. Et il faut avoir en tête que derrière une candidature et une inscription au patrimoine mondial, il y a tout un projet de territoire et il y a tout un programme d’action qui vise la préservation, la gestion de ces sites.

« Un projet systémique et global dans la prise en compte du patrimoine comme un levier de développement territorial »

Il s’agit bien sûr de pouvoir pérenniser des programmes de conservation des châteaux, mais aussi de pouvoir continuer à faire vivre les territoires, les gens qui y habitent, qui travaillent, les agriculteurs, la gestion des paysages aussi. C’est vraiment un projet systémique et global dans la prise en compte du patrimoine comme un levier de développement territorial.

Le château en ruine de Peyrepertuse, sur une crête calcaire à près de 800 mètres d'altitude, se trouve à un peu plus de 80km au sud de Carcassonne. ouvrir crédits photo
Le château en ruine de Peyrepertuse, sur une crête calcaire à près de 800 mètres d’altitude, se trouve à un peu plus de 80km au sud de Carcassonne. – Philippe Benoist / AMPM

Il s’agit de les valoriser. Il s’agit à la fois de les protéger, de les sauvegarder et aussi d’obtenir davantage d’attractivité pour des lieux peu ou pas fréquentés ?

Oui, tout à fait. C’est un juste équilibre à trouver dans ces enjeux de patrimoine mondial entre la préservation, préservation des monuments, préservation des paysages et le développement, pour mieux accueillir, pour effectivement générer des retombées économiques et touristiques qui soient durables, qui soient propices aux territoires aussi.

Il y a vraiment un exercice à mener pour qu’on soit dans quelque chose de fin. Bien sûr, on ne va pas viser un tourisme de masse que par ailleurs on n’aura jamais sur des territoires enclavés comme ça, mais vraiment d’être dans des opérations qui soit menées à l’échelle élargie du territoire.

« Générer des retombées économiques et touristiques qui soient durables »

On est sur une série. Il faut donc inciter à la circulation des visiteurs de manière plus large aussi. Il faut pouvoir accompagner ces sites-là pour offrir une montée en gamme de l’offre d’interprétation, de l’offre culturelle. Et après, il y a de réels enjeux aussi liés à l’économie du territoire, sur la prise en compte des risques incendie, inondation, la prise en compte effectivement de l’évolution des paysages et des paysages agricoles. L’Aude est un département profondément viticole.

Tout cela participe également de la gestion du bien et des retombées qui sont attendues de cette inscription. Il s’agit de concilier la préservation de ces monuments et de ces paysages, avec un besoin de notoriété et d’attractivité sur ces châteaux-là et sur les villages qui se trouvent aux pieds des châteaux pour générer finalement des retombées. Et cela à l’échelle d’un territoire, car ces sites sont peu fréquentés aujourd’hui.

Le château de Montségur, en Ariège, à 1 207 mètres d'altitude, au-dessus du pays d'Olmes sur un pic nommé le Pog ouvrir crédits photo
Le château de Montségur, en Ariège, à 1 207 mètres d’altitude, au-dessus du pays d’Olmes sur un pic nommé le Pog – Philippe Benoist / AMPM

Quid du plan de gestion ? C’est une candidature avec un plan d’action, avec des investissements ?

Derrière la candidature, il y a un vaste programme d’action qui s’étale jusqu’en 2034 et qui va concerner plusieurs dimensions, à la fois la protection des édifices en tant que tel, des forteresses qu’il convient toujours de conserver à travers des programmes architecturaux, d’archéologie et de paysage.

Il y a également toute la dimension de gestion des abords, ce qu’on appelle les zones tampons autour des châteaux, à savoir effectivement les grands paysages dans lesquels s’inscrivent les forteresses, avec des programmes d’ouvertures paysagères, de compréhension, d’accompagnement des paysages agricoles aussi.

« Des programmes liés à la montée en gamme de l’offre d’interprétation et de médiation sur les sites, pour mieux transmettre cette valeur universelle exceptionnelle »

Et il y a toute la dimension qui est liée à la transmission, à la médiation, à l’éducation, faire comprendre quelle est l’histoire de ces sites-là, l’édification de ce réseau, cette valeur universelle exceptionnelle. Le plan de gestion représente un investissement à hauteur de 21 millions d’euros et dont il reste 14 millions d’euros à mettre en œuvre d’ici 2034.

Des investissements qui sont liés aussi à des programmes d’aménagement sur les sites pour mieux accueillir effectivement, à travers la requalification, par exemple des structures d’accueil, des parkings, des billetteries, mais également des programmes liés à la montée en gamme de l’offre d’interprétation et de médiation sur les sites, pour mieux transmettre cette valeur universelle exceptionnelle. L’idée étant aussi, à travers ce plan de gestion, de concilier l’enjeu de préservation des sites avec le confort des habitants in situ, de toujours se rappeler qu’une inscription au patrimoine mondial se fait dans un territoire et également au service des habitants.

Le château de Termes, juché sur un roc dominant les gorges du Termenet, à 470 mètres d’altitude. ouvrir crédits photo
Le château de Termes, juché sur un roc dominant les gorges du Termenet, à 470 mètres d’altitude. – Philippe Benoist / AMPM

C’est un plan de gestion avec des contraintes ? Il s’agit de sanctuariser le lieu ?

Un plan de gestion ne vise pas à sanctuariser le lieu. Il vise à poser des programmes d’action collective pour la préservation et la transmission de ces forteresses aux générations futures. Le terme sanctuarisation n’est pas approprié, dans le sens où on pourrait laisser entendre qu’une inscription, c’est une mise sous cloche. On va vraiment être dans le plan de gestion sur quelque chose qui est de l’ordre de la préconisation, de la recommandation. C’est de l’accompagnement pour permettre, en tout cas, de préserver ces sites-là.

Si un projet émerge aux abords des sites, il faut l’évaluer, il faut évaluer son potentiel impact au regard, effectivement des monuments et des paysages, et en fonction rendre un avis et délibérer pour l’acceptation ou pas de ce projet. Mais ce n’est pas forcément de dire oui ou non, c’est plutôt de s’interroger sur le comment.


Source:

www.radiofrance.fr

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