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Joe Biden publie ses mémoires, « Promise Me, America »

Donald Trump a précipité les États-Unis dans le type même de « guerre sans fin » qu’il promettait autrefois de combattre : un conflit coûteux, chaotique, sans objectif clair ni porte de sortie, dont les contribuables américains paient la facture. L’édito de Jack Crosbie pour Rolling Stone.

Les États-Unis sont-ils en guerre contre l’Iran ? La réponse la plus simple est oui, même si l’on pardonnera à quiconque d’avoir quelque difficulté à suivre.

Lundi, après plusieurs jours de bombardements entre les deux pays, le New York Times écrivait que les États-Unis semblaient à nouveau « glisser vers la guerre ». Le Washington Post parlait d’une « escalade du conflit », après l’abandon de « la dernière concession majeure » ayant permis d’instaurer un cessez-le-feu. Donald Trump, lui, a annoncé sans détour le rétablissement du « BLOCUS DE L’IRAN », tout en assurant que le détroit d’Ormuz, cette voie maritime stratégique devenue l’épicentre du conflit, demeurait « OUVERT, et le resterait ».

Toutes ces formulations semblent destinées à entretenir le doute : sommes-nous réellement « en guerre » ou non ? Mais ces subtilités sémantiques cessent d’avoir beaucoup d’importance dès lors que des gens se tirent dessus.

Nous sommes en guerre. Des gens meurent. Pour des raisons incompréhensibles, au service d’objectifs tout aussi obscurs, sans résultat identifiable ni issue en vue. Le cessez-le-feu n’est pas simplement « fragile » ou soumis à des « tensions croissantes ». Nous sommes en guerre.

À force, nous devrions presque avoir l’habitude. La situation de cette semaine est relativement claire. Après plusieurs semaines d’un conflit de moindre intensité, Donald Trump a replongé les États-Unis dans une confrontation ouverte avec l’Iran en autorisant des dizaines de frappes à travers le pays.

Certaines ont été filmées. Dimanche, le commandement militaire américain a notamment diffusé les images de deux drones navals américains détruisant une installation iranienne de maintenance maritime.

En représailles, l’Iran a tiré des missiles contre plusieurs bases américaines situées autour du golfe Persique. Washington a alors rétabli son blocus du détroit d’Ormuz, une façon essentiellement symbolique d’annoncer : « Nous tirerons sur les navires que nous déciderons de couler s’ils tentent de franchir le détroit. »

Un « péage » dans le détroit d’Ormuz

Trump tente désormais de pousser l’avantage encore plus loin. Sur Truth Social, il s’est autoproclamé « GARDIEN DU DÉTROIT D’ORMUZ » et exige, à ce titre, une commission de 20 % sur toutes les cargaisons qui y transitent.

Le problème, c’est que l’Iran applique lui aussi une politique que l’on pourrait résumer ainsi : « Nous tirerons sur les navires que nous déciderons de couler. » Téhéran aurait également, à un moment des négociations, exigé des droits de passage comparables.

Le mois dernier, le secrétaire d’État Marco Rubio assurait pourtant que l’Iran ne pouvait légalement réclamer de telles sommes, car « aucun pays n’est autorisé à imposer des péages ou des redevances sur une voie maritime internationale ». Les États-Unis semblent désormais vouloir tenter exactement la même chose. Il devient difficile de suivre. Au moment même où j’écrivais ces lignes, le président annonçait que les forces américaines allaient « faire sauter » un important site nucléaire iranien baptisé Pickaxe Mountain. « Nous allons les frapper très fort ce soir, puis encore très fort demain. Et ils ne pourront rien y faire. Ils n’ont rien pour eux, à part une grande gueule », a déclaré Trump.

C’est un déluge permanent d’informations, de désinformation et de déclarations présidentielles écrites en lettres capitales. Presque rien ne paraît cohérent. Le terme qui décrit le mieux cet état de fait est celui de « forever war », la guerre perpétuelle. Une expression que les responsables politiques américains utilisent volontiers pour condamner les choix de leurs prédécesseurs, tout en promettant qu’eux agiront autrement. Trump l’a fait en 2016, puis en 2024. Joe Biden l’avait fait en 2020. Mais cette rhétorique évite l’essentiel : pour un président des États-Unis, la guerre peut se révéler extrêmement utile, surtout lorsque tout le reste va mal. Et moins les citoyens comprennent ce qui se passe, mieux le mécanisme fonctionne.

Guerre en Iran : le chaos comme stratégie

Tout ce désordre, les titres contradictoires, les cessez-le-feu impossibles à définir, les interminables « négociations de paix », n’est pas un accident. Ici comme ailleurs, il constitue précisément l’objectif. Le chaos peut être modelé à volonté. Il devient un prétexte, une justification, une explication commode à tout ce que le président souhaite faire, au moment où il souhaite le faire. Le pays est en guerre, donc il possède un ennemi.

Si Trump veut annoncer un cessez-le-feu, il peut le faire. S’il préfère se présenter comme un chef de guerre bombardant héroïquement l’adversaire, il le peut également. Si le prix de l’essence et les taux d’intérêt augmentent, ce sera la faute de l’Iran, qui refuse de mettre fin au conflit. S’ils diminuent, ce sera la preuve que les États-Unis viennent de remporter une victoire éclatante. Le coût réel de la guerre en Iran reste, comme celui de la plupart des interventions américaines à l’étranger, délibérément difficile à établir.

À la mi-juin, Moody’s évaluait la facture totale à environ 130 milliards de dollars, soit près de 1 000 dollars par foyer américain. Une chose, en revanche, est certaine : Trump réclame toujours davantage d’argent. Le mois dernier, il a demandé près de 88 milliards de dollars de financements supplémentaires, dont la majeure partie serait destinée aux besoins « urgents » du Pentagone. Parmi ces urgences figure la reconstitution des stocks de munitions, ce qui permet d’entrevoir l’ampleur des sommes déjà englouties dans les frappes américaines contre l’Iran depuis le début de la guerre, à la fin du mois de février.

Selon le média spécialisé Sludge, environ 21 milliards de dollars auraient déjà été consacrés à ces opérations. Tout cet argent est le vôtre. Il finit notamment dans les caisses de Lockheed Martin et de Raytheon, deux géants de l’industrie de défense qui fabriquent une grande partie des armes utilisées pour tuer des êtres humains et détruire les infrastructures d’un autre État souverain. Lockheed Martin et Raytheon figuraient d’ailleurs parmi les principaux sponsors des célébrations « America 250 » organisées par Trump. Le procédé n’a rien de nouveau. Dick Cheney, vice-président de George W. Bush et l’un des principaux architectes de l’invasion de l’Irak en 2003, avait lui-même dirigé le groupe de services pétroliers et militaires Halliburton avant d’entrer à la Maison-Blanche.

Les conséquences de cette guerre sont innombrables. Elles vont des accords économiques conclus entre les monarchies pétrolières du Golfe et une Russie sous sanctions jusqu’aux efforts de la Chine pour utiliser ses réserves afin de peser davantage sur le cours mondial du pétrole.

Ces conséquences sont réelles. Elles sont importantes. Mais vous n’êtes pas censés les comprendre. Vous n’êtes même pas censés parvenir à les suivre. Trump garde le doigt posé sur l’une des plaies ouvertes de l’ordre international. Lorsqu’il veut appuyer, il appuie. Lorsqu’il veut relâcher la pression, il le fait. En attendant, nous sommes en guerre.

Ne vous laissez tromper ni par Trump ni par les titres des journaux. Nous sommes en guerre parce que le président l’a décidé, parce que cette guerre enrichit ses alliés, parce qu’elle lui donne le pouvoir de prendre des vies et de lever des sommes qu’un citoyen ordinaire, vivant d’un salaire à l’autre, peut à peine concevoir.

Voilà comment fonctionne ce pays : nous travaillons pour financer une armée qui combat afin de justifier sa propre existence. Une institution tentaculaire qui demeurera peut-être le dernier pilier de la civilisation américaine, jusqu’au jour où elle finira par s’effondrer sous son propre poids.

Par Jack CrosbieTraduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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