Le tribunal de commerce de Saint-Nazaire a ouvert la procédure le 1er juillet 2026, date également retenue comme celle de la cessation des paiements. Les créanciers – fournisseurs, prestataires ou partenaires éditoriaux – ont en principe jusqu’au 17 septembre pour déclarer les sommes qui leur sont dues auprès du liquidateur.
Un « coach de lecture »
À l’origine, 7 Pouces se présentait comme une entreprise technologique consacrée aux nouveaux usages de lecture. Fin 2025, elle avait élargi son activité à l’édition de livres numériques, avec une ambition claire : redonner une existence physique à un contenu dématérialisé.
La start-up commercialisait en librairie et sur internet des « cartes-livres » imprimées en France et présentées comme éco-conçues. Illustrées aux couleurs de l’ouvrage, elles comportaient un QR code qui renvoyait vers l’application gratuite de 7 Pouces. Une fois la carte activée, le lecteur pouvait accéder au livre sur smartphone, tablette ou ordinateur.
Le dispositif visait à rendre le livre numérique plus visible en magasin, plus simple à offrir et plus facile à conserver comme souvenir. La carte devait ainsi servir de passerelle entre l’objet imprimé et la lecture sur écran, sans chercher à remplacer le livre papier. Le nom de l’entreprise résumait cette approche hybride : « 7 pouces » renvoyait à la taille des premières liseuses, mais aussi au geste du pouce sur l’écran d’un téléphone.
Le catalogue se concentrait sur la littérature générale, le polar, la romance et les littératures de l’imaginaire. L’application ne se limitait pas à afficher un fichier numérique. Elle proposait des réglages de taille de caractères et de couleurs, des ambiances sonores, des objectifs de lecture quotidiens, des rappels et des statistiques de progression.
D’autres fonctions devaient accompagner les lecteurs dans la durée : résumés après une interruption, présentation progressive des personnages pour éviter de dévoiler l’intrigue et outils personnalisés fondés sur l’intelligence artificielle. 7 Pouces se présentait ainsi comme un « coach de lecture », destiné notamment aux personnes qui peinaient à lire régulièrement ou rencontraient des difficultés d’accès aux textes. La société cherchait particulièrement à séduire les jeunes générations, très familières du smartphone.

Des fondateurs venus de l’édition numérique
Sophie Hamon est docteure en sciences du langage. Avant 7 Pouces, elle avait travaillé pendant environ quinze ans dans l’édition scolaire, notamment comme cheffe de projet éditorial et responsable de recherche et développement. David Rondello, ingénieur, disposait pour sa part d’une trentaine d’années d’expérience technique dans de grands groupes, des sociétés de services informatiques et des start-up.
Les deux fondateurs s’étaient rencontrés dans une start-up nantaise spécialisée dans les livres numériques accessibles. Sophie Hamon y dirigeait l’équipe de recherche et développement et négociait des droits auprès des éditeurs. David Rondello, alors directeur technique, avait travaillé sur l’infrastructure, les modules d’intelligence artificielle et le développement international de l’entreprise. Lina Grandvalet s’occupait de la communication et Emilie Arias de la représentation commerciale.
En juillet 2025, quelques mois après la création de la société, la SAMOA recensait déjà douze titres publiés, sept éditeurs partenaires, une application disponible sur Android et iOS et des tests menés dans plusieurs librairies des Pays de la Loire. Interrogés par Ouest-France à l’approche de Noël 2025, Sophie Hamon et David Rondello annonçaient une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels des fictions, des romans historiques et des récits d’aventure.
Avant la fermeture, le site de 7 Pouces répertoriait 21 lieux : onze librairies, quatre espaces culturels E.Leclerc et six hôtels. Ils étaient répartis entre Saint-Nazaire, Guérande, La Baule, Nantes, Paris, Bordeaux, Grenoble, Tours, Blois et la région de Caen.
Parmi les maisons d’édition partenaires, on peut citer Actes Sud Jeunesse, Albin Michel, Argyll, Aux Forges de Vulcain, Frémeaux & Associés, La Mer Salée, L’Atalante, Talents Hauts et les éditions Thierry Magnier.
Un modèle séduisant
Derrière la simplicité de la carte et de son QR code, 7 Pouces portait un modèle coûteux : acquisition des droits, préparation des fichiers, développement et maintenance de l’application, hébergement, fabrication des cartes, distribution et démarchage des libraires.
La start-up devait surtout convaincre trois publics à la fois : les éditeurs, les libraires et des lecteurs habitués à se procurer leurs livres numériques en ligne. En 2025, les ventes numériques ont généré environ 275,3 millions d’euros, en recul de 1,18 % sur un an, selon le Syndicat national de l’édition. Elles représentaient ainsi un peu moins de 10 % du chiffre d’affaires total de l’édition française, qui atteignait 2,88 milliards d’euros.
Le numérique occupait une place encore plus réduite dans le secteur visé par 7 Pouces. D’après la dernière ventilation détaillée publiée par le Syndicat national de l’édition, portant sur 2024, il ne représentait que 6,2 % des ventes de littérature. Le reste du marché numérique était largement porté par l’édition professionnelle et universitaire.
Un marché dominé par les plateformes
Le projet répondait pourtant à des pratiques bien installées. En 2025, le smartphone était utilisé par 48 % des lecteurs de livres numériques, devant la liseuse et la tablette, selon le baromètre Sofia–SNE–SGDL consacré aux usages de lecture. Cette même étude montre que les achats favorisaient les circuits dématérialisés : 33 % citaient en priorité les sites des grandes enseignes spécialisées, 29 % les plateformes numériques et 19 % les applications de lecture. Toujours selon ce baromètre, 44 % des lecteurs numériques étaient abonnés à au moins une plateforme de lecture ou d’écoute.
En cherchant à ramener l’achat du livre numérique dans les commerces physiques, 7 Pouces ne s’attaquait donc pas seulement à un marché minoritaire : l’entreprise tentait aussi de modifier des habitudes de consommation déjà largement structurées autour des plateformes.
7 Pouces reconnaît seulement ne pas avoir réussi à faire vivre son concept avec ses « petits moyens », après « une année d’engagement ». Les causes financières précises de la liquidation ne sont pas publiques. Après l’annonce de sa fermeture, l’entreprise assure que les ouvrages déjà acquis restaient accessibles dans l’application. Rien ne garantit cependant la durée de maintien des serveurs et du service technique.
L’application, la marque ou certaines technologies pourraient être cédées dans le cadre de la liquidation, selon les droits détenus par l’entreprise et ses contrats avec les éditeurs.
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Contactés par ActuaLitté afin de préciser les causes de la liquidation, le bilan de l’activité, les conditions de financement du projet et l’avenir de l’application comme des livres déjà achetés, les dirigeants de 7 Pouces n’avaient pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication.
Crédits photo : 7 Pouces
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
Source:
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