Ce premier satellite, nommé Eärendil-1, sera envoyé en orbite à environ 600 kilomètres du sol. Il y déploiera un miroir carré de 18 mètres de long (environ deux terrains de volleyball) qui reflétera la lumière du soleil pour éclairer une surface au sol d’environ cinq kilomètres de diamètre avec une luminosité quatre fois supérieure à celle d’une pleine lune. Ce test a été validé le 9 juillet 2026 par la FCC (Commission fédérale des communications), seule entité gouvernementale ayant son mot à dire dans la régulation des satellites aux États-Unis.
En l’état, ce miroir seul ne pourra illuminer un point précis que pendant quelques dizaines de minutes au début de la nuit et avant l’aurore, car le reste de la nuit, le soleil sera caché au miroir par la Terre. Mais si le test fonctionne, l’entreprise prévoit de multiplier le nombre de miroirs dans le ciel pour qu’ils puissent se relayer depuis plusieurs angles, permettant d’illuminer une zone donnée 24 heures sur 24. À les en croire, le ciel comptera 50.000 de ces nouvelles “étoiles” artificielles en 2035. De quoi illuminer le ciel sur demande pour augmenter le rendement des panneaux solaires, mais aussi pour des opérations d’urgence qui requièrent de la lumière (des opérations de recherche et sauvetage, par exemple) ou pour que les chantiers de construction puissent avancer sans pause nocturne, selon l’entreprise.
Des risques imprévisibles pour l’environnement et la recherche
Sans surprise, cette lumière de jour sur commande a causé un mouvement de panique à cause des risques potentiels. En premier lieu, ceux pour la recherche en astronomie car cette luminosité perturbera l’observation de l’espace. Selon une étude mise en ligne comme preprint (pas encore revu par les pairs) en mai 2026, cette constellation de 50.000 miroirs causera une pollution lumineuse qui multipliera par trois la luminosité de base de la nuit partout dans le monde : même les endroits où la nuit est la plus noire auront désormais une luminosité nocturne semblable à celles des grandes villes aujourd’hui. L’analyse, réalisée par Olivier Hainaut, chercheur à l’Observatoire européen austral, alerte que l’observation de l’espace serait impossible dans ces conditions.
Toute cette lumière supplémentaire aurait aussi des impacts directs sur la nature. Les êtres vivants sont régis en grande partie par leurs cycles circadiens, eux-mêmes régulés par le cycle jour-nuit. Des jours plus courts ou des nuits plus claires perturberont sans nul doute les cycles circadiens de la faune et la flore dans les zones ciblées par le faisceau lumineux et aux alentours. Sans compter l’effet chauffant que cet excès de lumière pourrait avoir sur le climat, empirant le réchauffement climatique actuel.
Lire aussi Déploiement imminent pour le miroir du télescope James Webb, le plus gros jamais ouvert dans l’espace
Un manque de régulation criant qui favorise un “wild west” spatial
En dépit de ces risques, la FCC a validé le projet car elle s’occupe uniquement de la régulation du spectre des communications. Pour elle, tant qu’un satellite n’interfère pas avec les transmissions depuis ou vers l’orbite, il n’y a pas de raison de lui refuser une validation. Ces autres types de problèmes (pour l’astronomie, pour le vivant ou pour le climat) ne sont tout simplement pas de son ressort.
Pourtant, les États-Unis sont membres du Traité sur l’espace de l’ONU, qui affirme que les états doivent s’assurer que tout objet spatial qu’ils envoient dans l’espace n’aura pas de conséquences négatives. Mais pour le moment il n’y a aucune entité gouvernementale capable de s’assurer du respect de ces engagements. Selon Scientific American, la Société américaine d’astronomie se prépare à présenter cette problématique devant le congrès états-unien, pour une meilleure régulation des satellites et de leurs conséquences potentielles sur l’environnement et l’astronomie. Il reste à voir si cette régulation verra le jour… avant que ces satellites ne tuent la nuit.
Source:
www.sciencesetavenir.fr


