
L’organisation suisse a notamment optimisé ses ventes de tickets. Contrairement aux fédérations nationales, les pays-hôtes ne devraient pas bénéficier de ces bénéfices record.
Gianni Infantino, le patron de la FIFA, en a informé certains membres dirigeants samedi. L’association va engranger une somme record pour le dernier mondial, au-delà des 15 milliards de dollars (13,1 milliards d’euros). C’est beaucoup mieux que ses propres prédictions révisées, déjà faramineuses, autour de 11 milliards de dollars.
C’est surtout beaucoup plus que les autres éditions: la FIFA calcule ses revenus sur des cycles financiers de plusieurs années, clôturés par la Coupe du Monde. Le dernier exercice – 2019-2022 – a ainsi rapporté à l’organisation 7,57 milliards de dollars. Il était déjà en hausse de 18% par rapport à 2015-2018 (6,42 milliards).
La formule du mondial américain est le principal facteur d’explication, avec 48 équipes et plus 32, et un tour supplémentaire, des seizièmes de finale. Elle a permis de programmer 42 matchs de plus que les précédentes Coupes du monde – 104 contre 64 avant.
Un ticket moyen à 801 euros
Mais la FIFA a également obtenu des revenus significativement plus élevés, croit savoir The Guardian, en raison d’une hausse des recettes liées à l’hébergement, et aux tickets. Côté hébergement-restauration, la FIFA a développé des offres premium, beaucoup plus abondantes qu’au Qatar il y a 4 ans.
Et c’est du côté de la billetterie que l’organisation suisse a aussi levé de nouveaux fonds: en mettant en place une tarification dynamique – les prix des places variaient en fonction de la demande, la FIFA a extrait un maximum de cash de certaines rencontres: aucun ticket pour Mexique-Angleterre, qui a vu le triomphe anglais à l’Azteca, ne s’est ainsi vendu en deça des 3.340 euros, selon la plateforme dédiée TicketData.
Le match le moins cher de la compétition a été le Tchéquie-Afrique du Sud du premier tour, avec des tickets disponibles à partir de 270 euros. Supporter la Nouvelle-Zélande vous coûtait en moyenne 454 euros, contre 2.485 pour le Mexique. En moyenne, un ticket pour le mondial coûtait 801 euros.
Des reventes de billets très lucrative
Plus intéressant encore pour la FIFA, le système de tarification dynamique a engendré des hausses de prix pendant le tournoi – ainsi, 39 matchs ont vu leur prix augmente de plus de 50% après le coup d’envoi du mondial. 63 ont vu leur prix augmenter, quand 15 seulement ont baissé.
La FIFA a ainsi bénéficié à plein de reventes très lucratives : le marché secondaire était encadré par l’organisation elle-même, qui ne s’est pas fait prier pour ponctionner les supporters. Elle prélevait ainsi 15% du prix du billet côté vendeur… Mais aussi côté acheteur.
D’autres polémiques ont émaillé la mise en place de la billetterie, à l’instar des produits « Right to final » vendus entre 299 et 999 dollars pièce : ces jetons numériques permettaient de vendre à des supporters, non pas des billets pour la finale, mais la possibilité d’acheter des billets si leur équipe accédait à la finale.
Mesure mise en place, officiellement, pour répondre à l’afflux massif de demandes de place – mais contesté car assimilé à une loterie illégale : l’autorité suisse chargée de la régulation des jeux de hasard a ainsi décidé d’enquêter sur le sujet.
Les fédérations, gagnantes elles aussi?
La FIFA a par ailleurs créé la polémique en monétisant un maximum de produits, de la pelouse de la finale vendue par morceaux, aux désormais honnies « pauses fraîcheurs »: l’organisation jure que ces dernières n’ont pas rapporté d’argent, mais le diffuseur américain, Fox, a empoché 250 millions de dollars grâce à ces quelques 4 minutes par match de publicité en plus – près de 7h sur l’ensemble du tournoi. Manière de dédommager les diffuseurs : la FIFA a vendu les droits TV de l’évènement près de 3,8 milliards de dollars – dont 475 millions pour le seul diffuseur américain.
Reste à voir, désormais, dans quelle mesure les bénéfices record engrangés par la FIFA pourront être redistribués. Dans son budget 2023-2026, elle avait certes projeté 13 milliards de dollars de recettes, mais également 12,9 milliards de dépenses: en tant qu’association, la FIFA n’a en effet pas pour mandat de dégager des profits durables.
Le mondial devrait lui couter, sauf évolution majeure, près de 3,8 milliards de dollars à organiser. 6,4 milliards d’euros vont, eux, à des charges et des investissements dans d’autres compétitions, au développement de ces évènements, et à leur gouvernance, explique la FIFA.
Enfin, la FIFA a pour mission de développer le football dans le monde : elle s’est accordée cette année 1,7 milliards de dollars pour mener à bien cette mission, notamment via un programme baptisé « Forward 3.0 ».
Ce programme promet à chaque fédération :
Jusqu’à 1,25 million en faveur de chaque association membre « afin de permettre la couverture de ses coûts opérationnels en lien avec les activités footballistiques » ;Jusqu’à 3 millions « en faveur de chaque association membre afin de permettre la mise en oeuvre de projets footballistiques spécifiques » ;15 millions en faveur de chaque confédération afin de permettre le développement, la promotion et l’administration du football sur les territoires de ses associations membres.
Les fédérations nationales devraient donc bénéficier d’une manne supplémentaire si le mondial bat des records financiers. De quoi apaiser les débats autour des récompenses lors du mondial ? La FIFA ne verse en effet que 871 millions de dollars aux différentes équipes en guise de bonus pour leur qualification – l’Espagne touchant ainsi 50 millions, et la France, demi-finaliste, 23 millions.
Impact macroéconomique limité
Les bons comptes de la FIFA n’iront en revanche pas, a priori, garnir les budgets américains, canadiens et mexicains. L’organisation estime que les retombées seraient par exemple de 17,2 milliards de dollars sur le PIB américain, mais en large partie du fait du tourisme international et de la présence de visiteurs très dispendieux.
Quelques secteurs peuvent ainsi être momentanément favorisés : hôtellerie, restauration dans les villes-hôtes, assurance et finance, ou encore transport aérien.
Mais une étude menée par Goldman Sachs nie toute retombée majeure : le tourisme international aux Etats-Unis est selon la banque, 0,2% à peine plus élevé que l’année dernière, et même en baisse pour les touristes européens (-1,2%) et asiatiques (-5,6%). Les prix des hôtels auraient progressé, mais pas les taux d’occupations : la Coupe du monde produit, comme d’autres évènements sportifs, un effet d’éviction pour les autres touristes.
Source:
www.bfmtv.com


