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Aux États-Unis, une mystérieuse mutation permet aux souris de résister aux raticides

Pendant plusieurs années, des chercheurs de l’université Rutgers, dans l’État du New Jersey, étaient confrontés à un mystère. De nombreuses équipes de dératisation locales racontaient l’impossibilité de se débarrasser des rongeurs, même avec les raticides les plus efficaces.

Les scientifiques se sont penchés sur la question. Jin-Jia Yu, chercheur au département d’entomologie à l’université nationale Chung Hsing à Taïwan, a analysé l’ADN de 147 souris de la région de New York, du New Jersey, de Pennsylvanie et de Washington. Les résultats sont sans appel: 84% des souris testées étaient porteuses d’une mutation leur permettant de résister aux rodenticides anticoagulants, rapporte le site Gizmodo.

Les anticoagulants sont les composés de lutte contre les rongeurs les plus utilisés aux États-Unis. Leur action lente réduit les risques que les rats ou les souris associent les pièges empoisonnés à un danger et apprennent à les éviter. Selon Changlu Wang, spécialiste des nuisibles urbains à l’université Rutgers, ces espèces représentent «bien plus qu’une simple nuisance». Il précise que, face à l’augmentation des résistances, «il devient primordial d’adopter des stratégies de gestion fondées sur la science, qui protègent à la fois la santé publique et l’environnement».

Les rats, plus méfiants face au poison

Les chercheurs se sont penchés sur l’écart de résistance observé entre les différents rongeurs. Les souris se sont révélées très résistantes aux poisons, les rats bruns un peu moins. Ces derniers seraient plus méfiants face à ce qui se trouve dans leurs assiettes.

«Outre les différences d’habitat, les souris domestiques sont souvent décrites comme néophiles, soit attirées par la nouveauté, écrivent les chercheurs. Les rats présentent des tendances néophobes et évitent les objets nouveaux.»

Contrairement à ce que l’on voit dans Ratatouille, le film d’animation de Pixar, les souris sont bien plus aventureuses que les rats sur le plan gustatif. Rémy, le petit rat star du film, serait donc une exception notable. Selon Jin-Jia Yu, c’est précisément cette curiosité à goûter aux appâts empoisonnés qui aurait, par un mécanisme de sélection naturelle, accéléré la résistance aux poisons anticoagulants.

Le chemin est encore long avant de comprendre précisément les effets des mutations sur l’ADN des souris. Cette nouvelle étude devrait toutefois servir de signal d’alarme pour les professionnels de la lutte contre les parasites. Selon Changlu Wang, il faudrait privilégier d’autres méthodes que les raticides chimiques pour se débarrasser des nuisibles, comme le colmatage des points d’entrée, une meilleure gestion des déchets ou la pose de pièges.

L’objectif est double: réduire les risques sanitaires liés aux maladies transmises par les petits vertébrés et limiter les risques environnementaux associés à l’usage de produits toxiques, qui peuvent contaminer les cours d’eau et affecter les populations humaines comme la faune sauvage. «En fin de compte, nous voulons aider les communautés à mettre en place un contrôle efficace des populations de rongeurs, en réduisant l’usage inutile de pesticides et en protégeant la santé publique», conclut Jin-Jia Yu.


Source:

www.slate.fr

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