Dans l’édition, l’écologie a longtemps eu la politesse de rester à sa place : le papier d’un côté, le bilan carbone de l’autre, et les offices entre les deux. Déchaîné·es entend quelque peu déranger ce rangement. Du vendredi 21 au dimanche 23 août 2026, l’Association pour l’écologie du livre installera ses premières Rencontres à La Chapelle-Thouarault, près de Rennes, avec une question suffisamment vaste pour occuper le week-end : à quoi ressembleront les livres dans un futur plus désirable, et comment commencer à le construire ?
Annoncée en février dernier, la manifestation dispose à présent d’une programmation détaillée. Professionnels du livre et de la lecture, membres et alliés de l’association, militants écologistes ou simples curieux sont conviés. La chaîne du livre sera donc examinée, mais sans pupitre permanent ni colloque sous cloche.
Créée en 2019, l’Association pour l’écologie du livre revendique plusieurs centaines de professionnels dans son collectif. D’abord constituée comme un espace d’échange interprofessionnel, elle mène désormais des travaux de recherche-action, des actions de sensibilisation, des formations et des campagnes de plaidoyer. Les Rencontres prolongent cette activité en réunissant, au même endroit, réflexion sur les pratiques et expérimentation collective.
Le livre, de la forêt au pilon
Le vendredi servira d’abord à prendre les lieux en main. Deux visites sont proposées : celle de la médiathèque municipale et tiers-lieu L’Empreinte, puis celle de l’écohameau de La Chapelle-Thouarault. Après l’ouverture officielle, une séance de paroles croisées abordera les différentes écologies du livre et de la lecture. Un banquet poétique réunira ensuite le comédien et slameur Michel Monestes, la conteuse Valérie Briffod ainsi qu’Elio Possoz, auteur et directeur d’Arts Résonances.
Le samedi matin entrera davantage dans la fabrique. L’Atelier du livre déchaîné, jeu collaboratif conçu dans une démarche d’éducation populaire, proposera d’explorer pendant trois heures les principaux enjeux du secteur et les pistes d’action. En parallèle, l’autrice et forestière Anouk Lejczyk abordera les récits forestiers, tandis que Bruno Foligné, libraire chez Abraxas Libris, croisera surproduction et marché de l’occasion.
Une exploration de la bibliothèque de La Chapelle-Thouarault sous l’angle de la bibliodiversité complétera la matinée, de même qu’un arpentage du Papier Déchaîné, la gazette de l’association. De quoi regarder les rayonnages autrement : non plus seulement par genres ou par publics, mais à travers la variété des voix, des maisons et des productions qu’ils rendent accessibles.
L’écoconception ne manque pas d’imagination
L’après-midi déplacera la discussion vers les récits et les pratiques. Mathias Echenay, des éditions La Volte, animera un atelier d’écriture d’écofictions. Les chercheuses Margot Châtelet et Zelda Chesneau examineront la manière dont les nouveaux récits de science-fiction cherchent à refaire communauté avec le vivant. Elio Possoz se penchera, pour sa part, sur la technocritique, l’écologie et la construction d’imaginaires égalitaires dans les littératures de science-fiction et de fantasy.
La matérialité de l’ouvrage ne sera pas oubliée. Avec un intitulé qui dit déjà son refus du séminaire compassé, « Anatomie d’une chute (de papier) » initiera les participants à l’écoconception éditoriale, sous la conduite de l’autrice et consultante Fanny Valembois. Un atelier d’upcycling donnera une seconde vie à des volumes destinés au pilon, tandis que Les Traceuses et l’Atelier typo·graphique proposeront des impressions typographiques.
Plusieurs rendez-vous sont signalés comme adaptés aux enfants à partir de 7 ans, sous la responsabilité de leurs parents : sieste et balade contées, transformation de livres promis à la destruction ou découverte de l’impression. Une façon de parler d’écologie sans exiger, dès l’école primaire, la lecture préalable d’un rapport sur les émissions de la filière.
Parce qu’un événement consacré au ralentissement peut malgré tout se prolonger tard, le samedi soir accueillera jeux, apéritif, bal et DJ set. Un « concours de jeté de livres » figure même au programme. Le pilon conserve l’avantage industriel, mais la concurrence s’organise.
Coopérer, résister, recommencer
Le dimanche déplacera la réflexion vers les formes d’organisation collective. Un atelier consacré au « Guide de l’activiste autonome de l’écologie du livre » précédera une séance sur les coopératives du livre et de la lecture. Mathilde Charrier, coordinatrice de l’association et libraire au Rideau Rouge, présentera des alliances et des retours d’expérience internationaux. Inès Hubert, éditrice et paysagiste, reviendra sur un projet associant livre, droits culturels et territoire à la Grande Borne.
La matinée comprendra également une intervention des collectifs Désarmer Bolloré et Éduc’Nat contre Bolloré. L’Alliance pour la lecture animera parallèlement une Fresque de la lecture, tandis qu’une promenade contée, de nouvelles impressions typographiques et un espace de programmation libre permettront de suivre d’autres chemins.
Ce dernier restera disponible pendant tout le rassemblement. Les participants pourront y apporter un projet, présenter une expérience, organiser une discussion ou prolonger un échange né sur place. Les travaux s’achèveront dimanche après-midi avec le GAGe, ou Grand Atelier Général de l’écologie du livre, avant la clôture prévue à 17 h.
Un prix libre, mais pas sans repère
La billetterie repose sur un tarif unique, libre et « conscient », accessible à partir de 1 €. L’association évalue à 35 € par personne la contribution permettant d’équilibrer financièrement le rendez-vous. Les personnes qui le peuvent sont invitées à verser davantage afin de compenser les participations inférieures.
À leur arrivée, les festivaliers pourront aussi se voir proposer un « coup de pouce » bénévole sur un ou deux créneaux, pour des tâches d’accueil, de buvette ou de rangement. La manifestation est organisée par l’Association pour l’écologie du livre, en coproduction avec la compagnie Le Tirelarigot et en partenariat avec la médiathèque L’Empreinte et la commune de La Chapelle-Thouarault. Elle bénéficie du soutien des fondations Charles Léopold Mayer et Jan Michalski.
Les Rencontres se dérouleront salle des Rochers, au 13 rue des Rochers. Le site ouvrira vendredi à 14 h et fermera dimanche à 18 h ; l’espace de camping restera accessible jusqu’au lundi à midi. Une cantine végétarienne, locale et paysanne proposera des repas du vendredi soir au dimanche midi, sur réservation préalable recommandée.
Depuis Rennes ou L’Hermitage, la ligne de bus STAR 53 dessert La Chapelle-Thouarault. Un convoi cycliste au départ de la gare de Rennes et une plateforme de covoiturage sont également prévus. Le programme complet, les modalités d’hébergement et les renseignements relatifs à l’accessibilité figurent sur le site des Rencontres.
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