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"Ça brouille le débat" : pourquoi la gauche et les écologistes s'inquiètent de la focalisation sur les pyromanes à propos des incendies

Alors que plus de 32 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année en France, la piste criminelle est évoquée pour plusieurs feux, dont celui de Fontainebleau. A gauche et chez les écologistes, on redoute que ce débat éclipse la question de la lutte contre le réchauffement climatique.

Pendant que les pompiers continuent de lutter contre les flammes dans plusieurs départements français, une autre bataille se joue entre élus. Plus de 32 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes, soit davantage que durant toute la saison 2025, selon un décompte fait lundi 13 juillet par le ministère de l’Intérieur. Dans ce contexte, la classe politique se divise sur les priorités face à ces catastrophes, entre durcissement de la répression des actes pyromanes, hausse des moyens alloués aux pompiers et accélération de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Si la piste criminelle est confirmée, souhaitons que les responsables soient rapidement appréhendés et très lourdement sanctionnés par la justice », a réagi sur X Jordan Bardella, président du Rassemblement national, après l’interpellation de deux personnes dans le cadre de l’enquête sur les incendies dans la forêt de Fontainebleau. A gauche, le patron du Parti socialiste, Olivier Faure a, lui, choisi de mettre l’accent sur un autre aspect, en estimant sur le même réseau social que « les incendies qui ravagent nos territoires sont le visage le plus brutal du dérèglement climatique ». Deux discours pour deux approches politiques, rappelant le débat houleux déclenché dès les premières canicules dans l’Hexagone, fin mai, puis fin juin. Les écologistes et la gauche avaient alors reproché à l’exécutif de cantonner ses réponses aux pics de chaleur à des mesures d’adaptation, comme la mise en place de climatisations, sans s’emparer suffisamment de la lutte contre le réchauffement climatique.

D’après les statistiques officielles, 90% des feux sont causés par l’homme, un taux stable depuis le début des mesures en 2006 et que ne manquent pas de rappeler les membres du gouvernement depuis le début de l’été, en insistant sur la prévention. Un tiers des incendies est causé par un acte de malveillance, une catégorie large au sein de laquelle les gestes pyromanes représentaient 3,5% en 2017. Mais les facteurs qui permettent aux incendies de se propager relèvent, eux, de la météo (vent, sécheresse, température), mais aussi du climat, selon Météo-France, qui pointe la hausse moyenne des températures et la sécheresse croissante de la végétation ces dernières années. « Le changement climatique entraîne une aggravation du risque de feux de forêt et un allongement de la saison des feux », note ainsi le prévisionniste.

Sur l’échiquier politique, les élus n’insistent pas sur les mêmes facteurs de risques d’incendies. Alors que les enquêtes ne sont pas toutes achevées concernant les feux des mois de juin et juillet 2026, le député RN du Nord Sébastien Chenu a estimé qu' »il ne faut pas avoir la main qui tremble et punir très durement les auteurs de ces incendies à Fontainebleau », sur la chaîne CNews. La question de la réponse pénale n’est pas l’apanage de la droite ou de l’extrême droite, car Jean-Luc Mélenchon plaide de son côté pour la création d’un « crime d’incendie volontaire écocidaire ». « Je ne sais pas si ça dissuadera un cerveau malade de pyromane », s’interroge Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes.

A gauche, on déplore que le débat se focalise sur ce point, au risque d’éclipser la question de la lutte contre le réchauffement climatique. « On est dans un moment de crise et de détermination des responsabilités, on est tous choqués et en colère et il faut sévir contre les auteurs, mais ça brouille un peu le débat qu’il faut ouvrir sur notre préparation aux incendies », estime le député LFI Arnaud Saint-Martin, dont la circonscription en Seine-et-Marne est touchée par le feu de Fontainebleau. « Braquer les projecteurs » sur les personnes soupçonnées d’avoir allumé les feux relève du « sensationnalisme » à ses yeux et ne doit pas empêcher un débat « à froid, à la rentrée, pour se donner les moyens de prévenir les prochains incendies ».

Pour les écologistes, le débat est mal cadré. « C’est comme quand on débattait de l’installation de la climatisation après la canicule. Vous pensez vraiment que ça sauvera les cultures maraîchères qui brûlent sur pied ? », lance Marine Tondelier.

« Si on ne fait rien sur le climat, il va en falloir des pompiers ! »

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes

à franceinfo

Cette préoccupation gagne certains membres du parti présidentiel. « Soyons honnêtes, il y a un déni collectif », a lancé lundi sur franceinfo l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew, rattaché au parti Renaissance), qui juge que « c’est la France qui est en train de brûler sous nos yeux ».

« Bien sûr qu’il faut agir sur les départs d’incendie et continuer de marteler les messages de prévention. Mais ce qui fait qu’un incendie devient un feu, puis un mégafeu [au-delà de 1 000 hectares en France], ce n’est pas son origine, c’est sa capacité à trouver du combustible, la sécheresse et la canicule », insiste le député des Bouches-du-Rhône Hendrik Davi, spécialiste des forêts. « Il y a donc trois échelons, que je n’oppose pas : la lutte contre les départs de feux, la gestion de nos forêts, et à un horizon plus lointain, la lutte contre le réchauffement climatique », poursuit le parlementaire, qui siège dans le groupe Ecologiste et social après avoir été purgé par LFI à l’été 2024.

« Il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, car chaque dixième de degré va compter pour lutter contre les feux. »

Hendrik Davi, député du groupe Ecologiste et social

à franceinfo

L’élu porte une proposition de loi visant à mieux protéger les 17,6 millions d’hectares de forêt française, grâce à une meilleure application du débroussaillage (obligatoire depuis une loi de 2023) et à des moyens accrus pour l’Office national des forêts ainsi que les pompiers. La question des moyens alloués à la sécurité civile a mis d’accord l’ensemble de la classe politique : de LFI au RN en passant par Renaissance, tous ont réclamé leur hausse lors de la séance de questions au gouvernement, mercredi.

Dans cette bataille des récits, toutes les oppositions accusent l’exécutif d’avoir raboté les budgets et annulé la commande de deux Canadair. Deux candidats à la présidentielle, Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon, plaident pour un Canadair « souverain », produit en France ou en Europe. Chahuté par les députés d’opposition, mercredi à l’Assemblée, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a balayé une « polémique stérile », assurant que la flotte française de moyens aériens anti-incendies figurait « parmi les plus performantes d’Europe ».

Les incendies de l’été 2026 déboucheront-ils sur un consensus politique ? « Ces derniers jours ont mis en lumière [la] grande vulnérabilité [des forêts françaises] face aux conséquences du changement climatique. Je pense notamment aux feux spectaculaires qui ont touché nos forêts, en particulier celles de Fontainebleau ou du Diois », a reconnu la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, mercredi, en annonçant « un grand plan d’investissement pour la forêt française », sans en livrer les détails.

Depuis le XIXe siècle, la température moyenne de la Terre s’est réchauffée de 1,3°C. Les scientifiques ont établi avec certitude que cette hausse est due aux activités humaines, consommatrices d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Ce réchauffement, inédit par sa rapidité, menace l’avenir de nos sociétés et la biodiversité. Mais des solutions – énergies renouvelables, sobriété, diminution de la consommation de viande – existent. Découvrez nos réponses à vos questions sur la crise climatique.


Source:

www.franceinfo.fr

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