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La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Avant de devenir libraire, Nawal Kerdougli était ingénieure et travaillait dans l’organisation de chantiers pour la SNCF. Une occasion de changer de voie lui a permis de reprendre un projet resté jusque-là à l’état d’idée et de se former au métier de libraire avant de lancer ManYaya. « J’ai saisi l’occasion pour faire ce projet qui me trottait dans la tête et qui me tenait très à cœur », confie-t-elle. 

La littérature était déjà présente dans son quotidien, tandis que son intérêt pour les questions antiracistes s’est construit au cours des dix à quinze dernières années : « Ça m’a donné des clés de lecture que je n’avais pas avant, parce que je n’avais pas les ressources nécessaires pour comprendre certains mécanismes. »

Elle évoque notamment les travaux de Rokhaya Diallo, Fatima Ouassak, Léonora Miano et Maya Angelou. 

« Pour ce qui était de l’antiracisme, je ne voyais rien émerger, et je trouvais ça assez frustrant », explique Nawal Kerdougli. Si certaines librairies engagées proposent déjà des rayons consacrés à ces questions, elle dit n’avoir trouvé aucun établissement qui en fasse le cœur de son projet.

ManYaya entend aussi dépasser le seul cadre des essais. Son catalogue réunit des romans, des bandes dessinées et des livres jeunesse, des ouvrages souvent plus difficiles à repérer sous cet angle dans les rayons traditionnels. « On ne peut pas avoir de rayon antiraciste en littérature. Il n’y en a pas, en fait », ajoute-t-elle.

Rendre les livres accessibles au-delà des grandes villes

Le choix d’une librairie en ligne s’est imposé en partie en raison de son implantation à Poitiers : « Il y a des zones où il y a très peu de librairies. Alors, s’il y en a déjà très peu, encore moins avec un angle antiraciste. », observe-t-elle. 

Pour constituer son catalogue, ManYaya s’appuie sur trois critères : la rigueur intellectuelle, la diversité des voix et l’accessibilité. « On avait à cœur de ne pas faire quelque chose de trop sérieux et austère. On veut que n’importe qui se sente accueilli, indépendamment du niveau de connaissance qu’il ou elle peut avoir sur le sujet », précise Nawal Kerdougli.

Pour commencer à comprendre ce sujet, Nawal Kerdougli recommande notamment Le Petit Manuel antiraciste pour les enfants (mais pas que), une bande dessinée de Rakidd qui présente plusieurs notions sous une forme courte et humoristique. Elle cite aussi Et un jour je suis devenu arabe, d’Anas Daif, ainsi que Kiffe kiffe demain, de Faïza Guène. 

La libraire assume enfin la dimension politique de son projet dans le contexte actuel : « Il faut un contre-récit à tout ce qui est véhiculé par l’extrême droite. » Elle voit dans les livres un moyen d’aborder ces questions en dehors du rythme des controverses médiatiques, tout en laissant aux lecteurs la démarche de s’en saisir. « Je peux pas éduquer quelqu’un qui ne veut pas l’être, mais de proposer des ressources, oui. »

Crédits photo : Nawal Kerdougli – ManYaya

Par Ewen BertonContact : eb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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