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“On pense sa vie terminée, mais elle ne l'est jamais”

Une trahison ne détruit pas seulement un couple. Elle peut faire tomber, en quelques minutes, tout le récit qu’une personne s’était construit pour tenir debout. Dans Ces petits riens qui nous animent…, Claire Norton part de cette rupture intérieure, puis déplace son roman vers ce qui devient son véritable sujet : les rencontres capables de remettre une existence en mouvement.

Un entretien à écouter dans notre nouvelle émission, ci-dessous :

Publié le 11 juin 2020 chez Robert Laffont, le livre s’ouvre sur Aude, qui a fondé un cabinet d’architecture avec son mari Xavier. Lorsqu’elle le surprend avec Cindy, leur ancienne assistante, l’infidélité se double d’une atteinte professionnelle : ce n’est plus seulement le couple qui vacille, mais une vie entière, jusque dans ce qu’elle avait de plus solidement organisé.

Le déni pulvérisé par la preuve

Ce qui intéresse Claire Norton ne tient donc pas au caractère, presque banal en littérature, d’un mari volage. « Ce n’est pas tant ça : c’est réaliser qu’on a tout son monde intérieur qui s’effondre. » Aude assiste à la scène et perd aussitôt la possibilité de détourner les yeux. « Elle voit ce qui se passe et elle n’a plus le refuge du déni. »

La romancière refuse d’y lire une réaction spécifiquement féminine. Se protéger de ce qui fait mal relève, selon elle, d’un mécanisme humain : « Je pense que la réaction à une douleur, à une peur, peut vous pousser à être dans le déni. » Elle insiste : « Je pense que c’est humain, tout simplement. Je ne crois pas que ce soit genré. »

Mais une fois la réalité vue et entendue, « il n’y a plus de retour en arrière possible ». Après vingt années de vie commune, Aude ne doit pas seulement accepter une infidélité : elle découvre que tout ce en quoi elle croyait peut disparaître d’un seul coup.

Cette scène initiale la place dans un état de vulnérabilité extrême. Pour l’autrice, cet effondrement ouvre pourtant le récit plutôt qu’il ne le referme : « Paradoxalement, ça ouvre d’autres possibles pour moi, en tout cas en tant qu’auteur. » Fragilisée, Aude devient plus attentive à une détresse qu’elle aurait peut-être ignorée quelques heures plus tôt.

Sauver Charlène, se laisser déplacer

Au parc des Buttes-Chaumont, Aude croise Alexandre et Nicolas. Tous trois découvrent Charlène, une adolescente suspendue dans le vide, et se précipitent pour l’empêcher de sauter. Ce sauvetage les lie par une promesse et entraîne ces inconnus dans la recherche menée par la jeune fille.

La construction du roman repose sur un renversement. « On a l’impression que ce sont les adultes qui vont sauver cette jeune adolescente. Alors que, finalement, on comprend que l’aide circule dans les deux sens. » Charlène n’est pas uniquement celle qu’il faudrait réparer. Elle fédère des adultes que tout oppose et les oblige à regarder leurs propres blessures.

« Ceux qui pensaient accompagner cette adolescente sont aussi en train d’être accompagnés, voire d’être transformés par tout un collectif. Moi, c’est ça qui m’intéressait. » Ces petits riens qui nous animent… devient ainsi un roman de circulation : de la parole, du secours, mais aussi des fragilités. Personne n’y sauve durablement quelqu’un sans être, à son tour, déplacé par cette relation.

La trahison condamne au silence

Pour Aude, la reconstruction suppose d’abord de sortir de la culpabilité. La trahison produit un mécanisme cruel : « On se sent coupable, on se sent responsable d’être à l’origine de la trahison. » Pourtant, elle n’en est pas responsable. La honte l’isole précisément parce que la blessure touche à l’intime, à cette vie partagée pendant des décennies avec une personne que l’on découvre soudain moins connue qu’on ne le croyait.

Claire Norton ne minimise ni la rupture ni sa violence. Elle refuse toutefois d’y enfermer son personnage. Le message porté par Aude tient, dit-elle, au « champ des possibles » : « On pense sa vie terminée, mais la vie, finalement, n’est jamais terminée parce que vous avez une rupture, même violente. Vous avez d’autres choses qui vous attendent, parfois des choses que vous ne soupçonnez pas. »

Le point de départ se trouve donc dans les préjugés, les solitudes et la beauté des rapprochements que l’on n’attendait plus. « Ce sont des rencontres totalement inattendues qui, finalement, vont vous permettre de regarder la vie différemment. »

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

DOSSIER – Un été dans les pages : Claire Norton en huit romans, podcasts et confidences

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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