L’institution de la nuit née à Ibiza a inauguré son nouvel établissement new-yorkais lors d’un week-end à guichets fermés mené par DJ Michael Bibi.
Le week-end dernier, le dernier venu de la renaissance des nuits new-yorkaises a ouvert ses portes. Pacha New York a inauguré sa nouvelle ère avec un club flambant neuf à Bushwick, en commençant par un week-end à guichets fermés mené par Michael Bibi et Black Coffee. Pour une marque mondiale de la nuit, devenue depuis plus de cinq décennies synonyme de la culture club d’Ibiza, cette ouverture était un test : l’un des noms les plus emblématiques de la dance music parviendrait-il à transposer sa mythologie planétaire dans une ville comme New York ?
Pour Bibi, qui a assuré la tête d’affiche de la soirée d’ouverture du samedi 20 juin, le moment a pesé de tout son poids. « Pacha est l’une de ces marques tissées dans l’histoire de la dance music ; y être au moment où elle ouvrait ses portes à New York avait quelque chose de très spécial, confie-t-il. Je sentais l’excitation du public dès l’instant où nous sommes entrés dans le club. Nous venions aussi d’arriver en avion directement de Barcelone, donc l’adrénaline était à son comble. »
Le week-end faisait suite à deux célébrations de pré-ouverture des séries UNLOCKED et UNBLOCKED de Rampa, les 13 et 14 juin, avant que Pacha n’entame sa véritable inauguration. La soirée du samedi de Bibi était accompagnée de Skream et FLETCH, tandis que la figure de la house sud-africaine Black Coffee prenait le relais le dimanche, avec Shimza et Samm. À l’arrivée du week-end, les deux soirées affichaient complet, offrant au lieu une entrée en matière à haut risque dans une scène new-yorkaise qui ne manque ni d’histoire ni d’avis tranchés.
L’arrivée de Pacha à Brooklyn s’accompagne aussi d’un plan d’investissement public. Avant l’ouverture, le club a annoncé 24 millions de dollars d’améliorations opérationnelles sur les dix prochaines années, ainsi que 3 millions de dollars dédiés à des initiatives communautaires à Brooklyn. Le plan prévoit des navettes gratuites vers les principaux hubs de transport de la ville, des services de propreté renforcés, une infrastructure de sécurité de pointe et une médiation de proximité via une ligne téléphonique et une adresse e-mail dédiées. En dévoilant ce plan, Pacha a présenté son ouverture à Brooklyn comme un engagement de long terme envers le quartier, plutôt qu’un coup d’éclat saisonnier.
Ce sentiment d’engagement envers la ville fait partie de ce qui a rendu la soirée personnelle pour Bibi. « Je me souviens d’être allé à Pacha pour la première fois, enfant, en vacances à Ibiza, pour voir mes artistes préférés, raconte-t-il. Pour moi, ça a toujours incarné la culture club. C’est l’un des rares noms à être resté iconique pendant des décennies. Quand on grandit dans ce milieu, c’est un endroit qu’on regarde toujours avec un certain respect. »
Reste qu’ouvrir un Pacha à New York en 2026, c’est entrer dans un paysage de la dance music très différent de celui qui a façonné la marque dans les années 1970, ou même de celui qui a fait d’Ibiza un lieu de pèlerinage pour les DJ et les noctambules. La musique électronique est aujourd’hui plus visible, plus mondiale et plus instantanément connectée que jamais. Un morceau peut passer d’une petite scène à la grande scène d’un festival quasiment du jour au lendemain. Les DJ sont à la fois artistes de tournée, créateurs de contenu, patrons de label et marques.
« Tout va beaucoup plus vite aujourd’hui, observe Bibi. La musique circule instantanément, les scènes se connectent plus rapidement, et il y a plus d’attention sur nous que jamais. Mais au fond, la raison pour laquelle les gens se rassemblent n’a pas changé. Je crois qu’ils cherchent ce sentiment de connexion qu’on ne trouve que sur un dancefloor. »
Cette connexion, c’était la promesse du week-end d’ouverture. Pacha a beau être arrivé avec la force d’une machine internationale de la nuit derrière lui, une soirée en club se joue toujours dans l’espace entre le DJ et le public. « Pour moi, tout tourne toujours autour de la musique et des gens, dit Bibi. Quand le public est totalement en phase avec le DJ et que tout le monde partage le même instant, c’est là que la magie opère. Ça ne se fabrique pas. C’est ce qui nous fait tous revenir. »
« New York a un certain tranchant, poursuit-il. Les gens sont passionnés, connaisseurs, et ils ne vous offrent rien gratuitement. Quand ils sont avec vous, vous le sentez immédiatement. C’est quelque chose de spécial. »
Pour Bibi, cette soirée arrivait aussi après une période qui a changé sa façon d’envisager la scène. « Je suis devenu beaucoup plus présent, dit-il. Il y a eu un moment où le simple fait de pouvoir rejouer semblait incertain ; alors chaque set compte désormais pour moi. J’essaie de profiter de chaque seconde et de vraiment me connecter aux gens en face de moi, parce que c’est tout ce qui compte. »
Après New York, Bibi confie être de retour en studio pour finaliser de nouveaux morceaux qu’il espère sortir dans les mois à venir. Il prépare aussi une série de grands concerts estivaux en Europe, dont une date à Londres en août et un événement OneLife à São Paulo en novembre. Pacha New York, de son côté, entame sa propre longue aventure, en pariant qu’un nom historique de la nuit peut encore paraître neuf dans une ville qui se méfie de la nostalgie facile.
Par Jeff Ihaza
Traduit par la rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr


