Les ouvrages sont là, mais ne se montrent pas. Selon ICI Normandie, plusieurs centaines de volumes ayant appartenu à Simone Veil restent conservés dans des cartons, faute de solution d’exposition jugée financièrement soutenable. Le reportage évoque aussi l’inquiétude d’une partie des habitants de Cambremer, où la bibliothèque municipale porte depuis plusieurs années le nom de l’ancienne ministre et de son époux.
Le dossier n’est pourtant pas récent. Le procès-verbal du conseil municipal du 12 juin 2018 consignait l’arrivée des livres dans la commune : « Tous les livres sont arrivés à Cambremer. » Ils étaient alors stockés dans l’ancienne salle de réunion de la communauté de communes. Le même document indiquait qu’à la demande de M. Veil, la structure devait prendre le nom de « Simone et Antoine Veil ».
Huit ans plus tard, l’arrivée matérielle des ouvrages est donc établie. En revanche, leur accès au public reste incertain. ICI parle de « plusieurs centaines » de livres ; d’autres documents, conçus dans le cadre de spectacles consacrés à Simone Veil, évoquent quant à eux une bibliothèque personnelle de plus de 2000, puis de plus de 3000 ouvrages. Ces chiffres contradictoires ne permettent pas de fixer avec rigueur l’ampleur exacte du fonds concerné par les cartons de Cambremer.
Un ensemble à décrire avant de le raconter
Cette imprécision appelle à la prudence. Ni les procès-verbaux municipaux consultés ni les éléments publics relayés par ICI ne donnent la liste des titres entreposés. Il serait donc hasardeux de prêter à cet ensemble un caractère bibliophilique particulier, d’y supposer des livres dédicacés, annotés ou rares, ou encore d’en dessiner un profil thématique précis.
À LIRE – Simone Veil, mes sœurs et moi : une exposition au Mémorial de la Shoah
L’enjeu n’en est pas moins réel. La valeur de ces volumes tient d’abord à leur provenance : ils ont appartenu à une personnalité dont le parcours politique, judiciaire et mémoriel occupe une place durable dans l’histoire contemporaine française. Mais cette provenance ne suffit pas, à elle seule, à constituer un fonds exposable. Encore faut-il inventorier les exemplaires, en préciser l’origine, choisir ceux qui pourraient être montrés et déterminer les conditions de leur présentation.
À Cambremer, aucun budget détaillé, calendrier de valorisation ou projet public d’exposition n’apparaît dans les sources recoupées. Le coût de cette mise en lumière demeure le principal obstacle cité par ICI Normandie.
Une bibliothèque ouverte, un corpus hors de vue
La bibliothèque Simone-et-Antoine-Veil, elle, fonctionne. En janvier 2023, le conseil municipal a acté que « la commune reprend la gestion de la bibliothèque “Simone et Antoine Veil” », l’association Plaisir de lire restant chargée de son fonctionnement. Situé rue de Verdun, l’établissement est référencé comme gratuit et ouvert plusieurs jours par semaine par l’office de tourisme de Lisieux Normandie.
EXPO – IVG : Le discours manuscrit de Simone Veil
Les documents disponibles ne précisent toutefois pas le statut exact des volumes stockés : nul ne sait, à ce stade, s’ils sont destinés à rejoindre les collections courantes, à être consultés sur place, ou à former un ensemble patrimonial distinct. Ce décalage entre une bibliothèque active et un corpus maintenu hors de vue fait toute la singularité du dossier.
Les archives personnelles de Simone Veil ont, de leur côté, suivi une autre trajectoire. Aux Archives nationales, les dons effectués entre 2012 et 2015 ont donné naissance à un fonds de 420 articles, classé et décrit dans un inventaire détaillé. Discours, correspondances, dossiers de travail et documents liés à ses engagements y sont consultables par les chercheurs, sous réserve de l’autorisation des ayants droit.
Cette comparaison ne vaut pas assimilation : archives administratives et bibliothèque personnelle ne relèvent ni des mêmes usages ni des mêmes obligations de conservation. Mais elle souligne ce qui manque encore à Cambremer : une description stabilisée des ouvrages, préalable indispensable à toute présentation publique.
Une vie, le livre — pas l’inventaire
Le rapport de Simone Veil au livre est, lui, bien documenté par son autobiographie, Une vie, publiée chez Stock le 31 octobre 2007. Elle y retrace son enfance à Nice, la déportation, puis son parcours de magistrate et de femme politique. Le titre emprunte à Maupassant ; elle y évoque « un parcours qui ne doit rien à la fiction ».
Mais aucune des sources consultées ne permet d’affirmer qu’un exemplaire de Une vie figure parmi les cartons de Cambremer, ni d’identifier les titres qui y sont conservés. L’information vérifiable se limite donc à ceci : les livres sont arrivés dans la commune, la bibliothèque porte les noms de Simone et Antoine Veil, et plusieurs centaines de volumes restent aujourd’hui sans exposition annoncée.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
Source:
actualitte.com


