Souvent cité en exemple pour sa croissance économique, le Portugal semble en pleine forme. Mais sur le terrain, de nombreux habitants dénoncent une hausse du coût de la vie, des salaires insuffisants et une crise du logement qui fragilisent leur quotidien.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Les mains dans l’eau, le geste automatique, le regard concentré. Des ouvrières trient les poissons. Quinze femmes par ligne, cinq sardines par boîte, neuf heures par jour. La chaîne ne s’arrête pas. « Elles font 120 000 boîtes par jour. Des sardines. Et aussi, derrière, 120 000 boîtes de thon », résume Manuel Ramirez, directeur des conserveries qui porte son nom. Avec 250 000 boîtes de conserve chaque jour, le patron a le sourire. Les exportations ont augmenté de 15% en 2025.
Andreia Sousa vient d’être embauchée, après dix ans à l’étranger. Elle retrouve son pays changé, dit-elle : « Il y a beaucoup plus de travail aujourd’hui. Moi, j’ai trouvé facilement. Mon mari travaille dans la construction civile, il manque de main-d’œuvre. Si vous me proposiez de repartir, je dirais non. Car le Portugal en ce moment me donne des raisons de rester ». Il y a 6% de chômage au Portugal, c’est deux fois moins que lorsqu’elle est partie.
Le pays et l’entreprise vont mieux, mais pourraient produire plus encore, selon le directeur : « J’étais en Chine et en Indonésie, il y a quelques mois. Là-bas, ils travaillent du lever au coucher du soleil, avec des salaires encore plus bas. Évidemment que ça pourrait être mieux. Mais pour que nous continuions à être prospères en Europe, nous ne pouvons pas nous permettre certains luxes excessifs ».
Pour 1 000 euros par mois, Helena Amorin passe 40 heures par semaine à peler les sardines. « Ça fait 34 ans que je fais ça… On n’a pas le choix. On doit travailler jusqu’à la retraite, c’est comme ça », explique l’ouvrière. À 17h10, l’alarme sonne la fin de la journée. La fin de carrière, elle, attendra 66 ans et 11 mois. Travailler plus, plus longtemps, est-ce le revers du miracle économique portugais salué à l’étranger ? Hausse de la croissance, baisse de la dette… En 15 ans, le pays s’est transformé.
Le gouvernement, qui veut aller plus loin, défend actuellement une importante réforme du travail, facilitant les licenciements et les heures supplémentaires. La mesure de trop pour les Portugais. Ce jour-là, les salariés de la plus grande usine automobile du pays sont en grève. Carlos Oliveira ne franchira pas ses portiques pour aller à son poste. « Le miracle économique, c’est seulement les gros titres des journaux. Comme vous devez le voir en France ou en Europe. Mais nous, les travailleurs, nous ne le ressentons pas. Au contraire, on vit de plus en plus mal », assure l’ouvrier automobile.
Car si la croissance a augmenté, le niveau de vie des Portugais, lui, n’a pas suivi. Andreia Costa s’en rend bien compte lorsqu’elle fait les courses : « J’ai pris du pain de mie, des légumes, du lait. J’en ai eu pour 16 euros. Avant, c’était plutôt 13 ». Plus 30% en quatre ans sur l’alimentation. Mais la pire inflation concerne le logement. Dans la capitale, les prix de l’immobilier ont doublé en dix ans, poussés par l’implantation d’entreprises étrangères. La cuisinière les observe de plus en plus loin.
Pour 1 300 euros par mois, soit 400 de plus que le salaire minimum, Andreia Costa cumule plusieurs emplois. Et fait aujourd’hui deux heures de bus chaque jour : « Là, j’en ai pour neuf, dix minutes de marche en montée. Quand il pleut, c’est folklore. Mais c’est le prix à payer pour un loyer moins cher ». Elle vit désormais dans une caravane en périphérie de Lisbonne. « Je dois renforcer ma bâche parce qu’elle est déchirée par le vent. Avec le vent qu’il y a eu, ça a secoué dans tous les sens. Ça a cassé une fenêtre et celle de derrière aussi », explique la cuisinière.
Il y a trois ans encore, elle vivait pourtant dans un appartement de la capitale. Son loyer a doublé, passant à 800 euros la chambre. Trop cher pour elle. « J’aurais aimé continuer à vivre dans mon quartier si j’avais pu. C’est comme si on nous poussait en marge de la société », regrette la Lisboète. Plus de 3 000 personnes vivraient aujourd’hui dans des conditions similaires autour de Lisbonne.
Source:
www.franceinfo.fr


