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Canicule: que faire pour relever le grand défi du changement climatique? On attend des réponses politiques

Heureusement, nous avons un État et un gouvernement! C’est très commode: quand tout va mal, nous avons un coupable que nous pouvons accabler de tous les maux. Nous suffoquons, nos logements ne sont pas conçus pour supporter de fortes chaleurs, les transports en commun sont défaillants ou insuffisamment climatisés, les hôpitaux sont surchargés… C’est forcément l’État qui en est responsable. Le manque de réactivité du gouvernement est jugé intolérable: qu’attend-il pour prendre les mesures d’urgence que tout le monde réclame et dont seuls ses membres ne voient pas la nécessité?

Si ces canicules ne faisaient pas de nombreuses victimes, la vigueur avec laquelle certains critiquent ainsi l’État et le gouvernement aujourd’hui pourrait prêter à rire. Celles et ceux qui s’installent aujourd’hui dans le rôle confortable des accusateurs ne sont-ils pas très souvent celles et ceux-là mêmes qui ont ignoré les avertissements du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et défendu envers et contre tout le recours incessant aux énergies fossiles et se sont opposés aux dépenses qui auraient permis de mieux s’adapter au changement climatique?

Désinformation grossière

Si l’on veut faire une critique constructive des politiques menées, il est impératif de ne pas tout mélanger: il y a celles qui ont pour but d’atténuer le changement climatique et celles qui visent à adapter le pays à ce changement. Opposer ces politiques n’a aucun sens. Il est encore fréquemment reproché aux écologistes de s’être opposés dans le passé aux politiques d’adaptation et de continuer à s’y opposer. C’est une désinformation grossière. Ce que dénoncent les écologistes et toutes celles et ceux qui prennent au sérieux depuis longtemps la question climatique, c’est le refus de lutter contre le changement climatique.

Nier la responsabilité des activités humaines dans le changement actuel ou considérer ce changement comme inévitable si l’on veut préserver nos modes et niveaux de vie est inacceptable. Des politiques qui visent simplement l’adaptation au changement sans tenter quoi que ce soit de sérieux pour le limiter sont évidemment condamnables.

Tout l’enjeu des prochaines années est d’éviter que les pays pauvres ne suivent la même trajectoire que les pays riches et n’aient recours eux aussi aux énergies fossiles pour assurer leur développement.

Le grand problème des politiques d’atténuation du changement climatique est qu’elles supposent une action concertée au niveau international. Les gaz à effet de serre n’ont pas de nationalité et les efforts d’un petit pays pour réduire ses émissions peuvent paraître dérisoires quand les gros émetteurs refusent de jouer le jeu.

L’argument est fréquemment employé par l’extrême droite pour refuser tout effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre en France au prétexte qu’elles ne représentent qu’une part très faible des émissions mondiales. Mais cet argument ne tient pas la route. D’abord, la France est historiquement un gros émetteur et, par habitant, ses émissions se situent à un niveau élevé par rapport à beaucoup de pays en développement. Ensuite, il est impossible de demander aux autres des efforts si l’on n’en fait pas soi-même.

La Chine, le contre-exemple absolu

Tout l’enjeu des prochaines années est d’éviter que les pays pauvres ne suivent la même trajectoire que les pays riches et n’aient recours eux aussi aux énergies fossiles pour assurer leur développement. La Chine est, de ce point de vue, le contre-exemple absolu.

Il n’est plus possible à quiconque dans le monde d’ignorer le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique depuis le premier rapport du GIEC en 1990. En fait, ce lien était connu depuis un rapport publié en 1979 aux États-Unis à la demande du président Jimmy Carter (1977-1981), qui, soit dit en passant, avait pratiquement un demi-siècle d’avance sur Donald Trump, qui n’a pas encore compris de quoi il s’agit. Lorsque les pays européens sont entrés dans l’ère industrielle au XIXe siècle, ils ignoraient que les activités humaines avaient le pouvoir de modifier le climat.

Au contraire, c’est en toute connaissance de cause que la Chine a entrepris une industrialisation à marche forcée reposant principalement sur le charbon et a multiplié ses émissions par plus de quatre entre 1990 et 2024, au point de se hisser au premier rang des émetteurs mondiaux, avec 29,2% du total en 2024, loin devant les États-Unis (11,1% en 2024), l’Inde (8,2%) et l’Union européenne (5,95%). L’empire du Milieu se place aujourd’hui au premier rang dans la production d’énergies renouvelables et a pu amorcer une réduction de ses émissions (-0,3%) en 2025, mais il ne faut pas oublier que ses éoliennes et panneaux solaires ont été majoritairement fabriqués avec une énergie fournie par le charbon, la plus polluante de toutes!

Un des sujets les plus délicats aujourd’hui dans les négociations internationales est la question du financement de l’action climatique dans les pays en développement par les pays développés. À la COP15 de Copenhague, en 2009, il avait été décidé que les pays développés devaient porter leur aide à 100 milliards par an d’ici à 2020. Cet objectif a été atteint avec deux ans de retard –cela a été beaucoup reproché aux pays dits riches– et le chiffre est monté à 136,7 milliards en 2024, selon les calculs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais on ne sait rien sur ce que fait la Chine dans ce domaine, elle qui contribue le plus aujourd’hui au réchauffement climatique.

La France peine à atteindre ses objectifs

La France a ralenti son effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En 2025, la baisse a été limitée à 2,1%, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), qui avait publié une première estimation plus défavorable encore, de 1,5% seulement. Conformément à l’accord de Paris de 2015 sur le climat et à ses engagements européens, elle doit arriver à la neutralité carbone en 2050, c’est-à-dire qu’elle doit arriver à cette date à l’équilibre entre ses émissions de carbone et la capacité d’absorption de ses puits de carbone. Auparavant, pour atteindre l’objectif national d’une baisse de ses émissions de 50% d’ici à 2030, elle devrait observer un rythme de baisse de 5% par an à partir de 2024.

C’est mal parti, mais, après une longue, trop longue attente, la troisième version de sa «stratégie nationale bas carbone» (SNBC) doit entrer prochainement en application. Le projet a été rendu public le 12 décembre 2025, la version finale vient d’être publiée le 5 juin 2026, elle est mise en consultation publique jusqu’au 5 juillet et la publication du décret devrait suivre très vite.

Il serait pourtant d’une importance extrême que les objectifs fixés soient atteints dans les délais prévus en France et dans toute l’Europe, afin que les autres pays n’aient pas d’excuses pour s’exonérer du respect de l’accord de Paris.

Le président de la République Emmanuel Macron est, paraît-il, agacé par les commentaires négatifs qui ont fleuri ces derniers jours sur sa politique climatique, mais il faut bien reconnaître que l’environnement n’a pas paru figurer au premier rang des préoccupations gouvernementales au cours des derniers mois et que les résistances à des politiques volontaristes dans ce domaine sont nombreuses. C’est d’ailleurs encore plus vrai au niveau européen où l’on voit des députés tenter et souvent réussir à imposer des «flexibilités» dans les textes déjà votés.

Il serait pourtant d’une importance extrême que les objectifs fixés soient atteints dans les délais prévus en France et dans toute l’Europe, afin que les autres pays n’aient pas d’excuses pour s’exonérer du respect de l’accord de Paris. Il est clair qu’il n’y a rien à espérer de Donald Trump, mais les États-Unis ne sont pas condamnés à avoir des présidents stupides. Quant à la Chine, maintenant qu’elle a réussi à asseoir sa domination sur l’industrie mondiale, elle peut se permettre de donner des leçons de vertu et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Une action rapide est d’autant plus nécessaire que le dérèglement climatique s’annonce plus rapide et brutal que les météorologues eux-mêmes ne le pensaient.

Peu de soutien dans l’opinion publique

Encore faudrait-il pour cela que l’opinion publique soutienne les dirigeants décidés à agir, ce qui ne semble pas encore être le cas chez nous. Un sondage sur les préoccupations des Français, mené par l’institut Ipsos et publié au début du mois de juin, montre que la canicule de mai a fait monter d’un cran l’inquiétude face au changement climatique, mais ce souci apparaît encore très loin derrière d’autres motifs de préoccupation: l’inflation, la criminalité et la violence, la pauvreté et les inégalités, les flux migratoires, les impôts et taxes et le système de santé. Peut-être la canicule de la fin du mois de juin fera-t-elle encore avancer cette prise de conscience.

Il y a urgence. Selon une étude publiée le 11 juin par la revue Earth System Science Data, les activités humaines auraient déjà contribué à augmenter la température moyenne à la surface du globe de +1,37°C par rapport à la période préindustrielle et l’objectif d’une hausse limitée à +1,5°C risque fort d’être atteint dans quatre ans. La concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère devant encore augmenter dans les prochaines années (même si l’on en émet un peu moins, de nouvelles quantités vont s’ajouter aux précédentes), le dérèglement climatique ne peut que s’accentuer.

Les gouvernements successifs ne sont pas les seuls responsables. Le moins que l’on puisse dire est que les partis d’opposition n’ont pas non plus joué leur rôle et que l’opinion publique n’a pas aidé.

Récemment, on a pu voir le grand balourd de la Maison-Blanche ricaner parce que les scientifiques du GIEC avaient annoncé qu’ils retiraient de leurs scénarios le plus catastrophiste, celui qui pouvait conduire à une hausse de la température moyenne proche de +5°C d’ici à 2100. Selon Donald Trump, ils le retiraient parce qu’ils reconnaissaient qu’ils s’étaient trompés. Ce qui est faux, évidemment.

Ce scénario a pu être retiré parce que le rythme de hausse des émissions de gaz à effet de serre a été ralenti. Mais que le pire soit évité ne signifie pas que le problème soit résolu: des hausses de plus de 2°C ou de 3°C auraient des conséquences dramatiques et, parallèlement, comme on vient de le voir, le scénario le plus favorable, celui d’une hausse limitée à +1,5°C risque fort lui aussi de devoir être abandonné.

Un retard évident dans l’adaptation au changement climatique

Cela implique que, parallèlement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, soit menée une action énergique d’adaptation au changement climatique. Sur ce plan, le retard est évident. Mais les gouvernements successifs ne sont pas les seuls responsables. Le moins que l’on puisse dire est que les partis d’opposition n’ont pas non plus joué leur rôle et que l’opinion publique n’a pas aidé. Quand on nie le changement climatique, ou quand on le minimise, on n’a aucune raison d’exiger du pouvoir en place des mesures d’adaptation.

Le comportement du Rassemblement national (RN) est particulièrement représentatif. Jusqu’à présent, il ne s’est jamais intéressé à la question du climat, tous ses schémas de pensée datent du siècle dernier. Selon le prétendu bon sens populaire cher à ce parti, «il n’y a rien de nouveau sous le soleil: il a toujours fait chaud en été»… Avec des raisonnements de ce genre, on ne fait rien ou, pire encore, on s’attaque à ceux qui font quelque chose, par exemple à tous ceux qui proposent des énergies renouvelables.

Pour le RN, il n’existe qu’une solution: le nucléaire. Que les centrales nucléaires rencontrent des problèmes en période de canicule, cela lui importe peu. À Golfech (Tarn-et-Garonne), dans le Bugey (Ain) ou encore à Nogent-sur-Seine (Aube), il a fallu mettre à l’arrêt plusieurs réacteurs lors de la dernière canicule pour éviter de porter l’eau des fleuves qui servent à leur refroidissement à des températures excessives. De même, en Suisse, deux réacteurs ont dû être mis en arrêt.

À aucun moment, l’approvisionnement de la France en électricité n’a été menacé, mais ces événements montrent qu’il serait dangereux de ne compter que sur une seule source d’énergie et de se priver des énergies renouvelables, qui ont fourni près de 46% de l’électricité de l’Union européenne au premier trimestre 2026, éoliennes en tête.

Des propositions ridicules

Quand on n’a pas d’idées claires sur le réchauffement climatique que l’on a longtemps nié, on ne peut en avoir de bien sérieuses sur l’adaptation. Le RN, qui découvre que la chaleur peut tuer, propose un «grand plan clim» sans «argent magique», qui n’a rien du tout de magique. Un seul remède, la climatisation dans les lieux publics étalée sur dix ans, avec 10 milliards d’euros dans une première période de cinq ans pour les crèches, écoles, collèges ou hôpitaux, 10 milliards les cinq années suivantes pour les autres bâtiments ouverts au public et 20 milliards de prêts à taux zéro pour les particuliers. C’est tout simplement ridicule, comme si la climatisation était la solution miracle et comme si les sommes annoncées pouvaient suffire.

«Climatisation: le plan du RN financé par des prêts», BFM Business, 1er juillet 2026.

Cela dit, les solutions proposées par le RN méritent d’être signalées parce qu’elles sont d’une médiocrité particulièrement affligeante. Mais, dans l’ensemble, le monde politique, qui fait semblant de s’indigner du manque de réactivité du gouvernement face aux canicules en série, ne s’est pas beaucoup passionné pour l’action climatique. Tout candidat sérieux ou candidate sérieuse à la prochaine élection présidentielle devrait centrer son programme sur la façon dont il ou elle entend concilier écologie et économie. On en est très loin.

Et, sur ce point, on ne peut pas se retrancher derrière le prétexte de l’inaction des autres pays. Quand il s’agit de limiter la hausse des températures, on dépend de la politique menée par les autres pays en matière d’émission de gaz à effet de serre. En ce qui concerne l’adaptation au changement climatique, chaque pays peut obtenir des résultats quoi que fassent les autres. Le problème du contexte international se pose surtout pour les pays les plus pauvres, qui ont besoin de l’aide internationale. Pour eux, dès la COP7 de novembre 2001, ont été mis en place des programmes d’action nationaux et un Fonds pour l’adaptation.

Des idées, mais des moyens encore insuffisants

Sur ce thème de l’adaptation, l’Europe a publié un livre blanc dès 2009 et une première stratégie en 2013. Un rapport de novembre 2018 sur la mise en œuvre de cette stratégie a montré que l’Europe restait très vulnérable aux conséquences du changement climatique et une nouvelle stratégie a été publiée en février 2021. Il ne s’agit toutefois que de fournir un cadre de réflexion aux pays membres auxquels il appartient de prendre les décisions adéquates.

L’action climatique de la France doit donc s’inscrire dans un cadre plus large, où des choix clairs sont faits en matière de recettes et de dépenses, au service d’une politique écologique et économique sérieusement pensée.

Quant à la France, dont il est de bon ton de dire qu’elle ne fait rien, elle n’avait pas attendu l’action européenne pour se doter dès 2006 d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique. Pour la mise en œuvre de cette stratégie, elle en est aujourd’hui au troisième plan national qui a été publié en mars 2025 pour préparer le pays à une hausse de la température pouvant aller jusqu’à +4°C. Ce plan comporte cinquante-deux mesures se déroulant autour de cinq axes, dont le premier est la protection de la population. Celles et ceux qui auront le courage de feuilleter ce document de 388 pages verront qu’il s’agit d’un travail autrement sérieux que la proposition de mettre de la clim’ un peu partout.

Que les moyens mis en œuvre soient insuffisants et qu’on ne soit pas encore très avancé sur cette voie est incontestable. Concernant le logement, on peut regretter aussi les multiples revirements des pouvoirs publics concernant MaPrimeRénov’. Mais personne ne peut ignorer que les finances publiques de la France sont dans une situation alarmante, ainsi que vient de le rappeler la Cour des comptes, dans un rapport publié le 25 juin.

L’action climatique de la France doit donc s’inscrire dans un cadre plus large, où des choix clairs sont faits en matière de recettes et de dépenses, au service d’une politique écologique et économique sérieusement pensée. Il ne reste plus qu’à espérer que d’ici au premier tour de l’élection présidentielle, le 18 avril 2027, des propositions dignes d’intérêt soient enfin faites aux Françaises et aux Français.


Source:

www.slate.fr

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