Née en 1977 à New York, Toby Kiers découvre les champignons dès l’enfance, au cours de promenades en forêt. À 19 ans, elle part au Panama étudier les champignons mycorhiziens sur l’île de Barro Colorado. Fascinée par ces filaments qui pénètrent les racines des plantes, elle consacre sa carrière à l’étude des réseaux fongiques et de leurs interactions avec le monde végétal.
Une alliance vieille de 450 millions d’années
On appelle mycorhize l’association symbiotique entre les racines d’une plante et le mycélium, la partie souterraine d’un champignon. Cette coopération, apparue il y a environ 450 millions d’années, a permis aux premières plantes terrestres, encore dépourvues de racines, de coloniser les continents. On distingue les champignons ectomycorhiziens, qui enveloppent les racines d’une gaine externe, des endomycorhiziens, qui pénètrent à l’intérieur des cellules végétales. Aujourd’hui encore, 85 à 90 % des plantes entretiennent cette relation, qui leur fournit des nutriments essentiels comme le phosphore, l’azote ou le zinc. En échange, elles transfèrent aux champignons une partie du carbone produit par la photosynthèse.
Les réseaux mycorhiziens jouent ainsi un rôle majeur dans le cycle mondial du carbone. Chaque année, les plantes allouent environ 13,12 milliards de tonnes de carbone aux champignons, soit l’équivalent d’un tiers des émissions fossiles mondiales. Ces réseaux transportent, stockent et immobilisent ce carbone sous forme de composés complexes et de nécromasse. Ils contribuent également à la stabilité des sols, limitent leur érosion, retiennent les nutriments près de la surface et renforcent la résistance des plantes face à la sécheresse, aux pathogènes ou aux métaux lourds.
Visualiser les échanges invisibles
Pour suivre les transferts de ressources entre plantes et champignons, Toby Kiers a développé une méthode expérimentale innovante. Des nanoparticules fixées aux nutriments émettent une fluorescence sous lumière ultraviolette, ce qui permet de visualiser en temps réel les échanges au sein des réseaux fongiques vivants.
Cette technique montre que les champignons répartissent de manière dynamique le phosphore et l’azote entre leurs différentes plantes partenaires en fonction de la quantité de carbone reçue. Certaines souches vont même jusqu’à stocker temporairement les nutriments, augmentant ainsi leur valeur d’échange avant de les redistribuer.
Cartographier le monde souterrain
En 2021, Toby Kiers cofonde avec Colin Averill la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN), une organisation dont l’objectif est de cartographier la biodiversité fongique mondiale grâce au prélèvement d’échantillons de sols et au séquençage de leur ADN.
En juillet 2025, la SPUN publie le premier atlas mondial des réseaux fongiques souterrains, fondé sur l’analyse de 2,8 milliards de séquences génétiques. Sur les 2 à 5 millions d’espèces de champignons estimées sur Terre, seules environ 10 % sont aujourd’hui décrites. Toby Kiers plaide pour que les champignons soient pleinement intégrés aux politiques de protection du climat et de la biodiversité. Elle alerte également sur les effets du labour intensif, des engrais chimiques et des fongicides, qui fragilisent ces réseaux invisibles mais essentiels au fonctionnement des écosystèmes.
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