Un herbicide très répandu dans l’agriculture pourrait contribuer, indirectement, à la survie de bactéries dangereuses bien au-delà des champs cultivés. Une étude menée en Argentine et publiée dans la revue Frontiers in Microbiology suggère que des bactéries capables de résister au glyphosate, la substance active du désherbant le plus utilisé au monde, sont étroitement liées à des germes multirésistants rencontrés dans les hôpitaux.
Les chercheurs précisent bien que le glyphosate n’est pas un antibiotique et qu’il agit sur les plantes, pas sur les humains. Mais leur travail laisse penser qu’en apprenant à supporter un stress chimique, certaines bactéries acquièrent aussi des mécanismes de défense qui peuvent les aider à résister à des médicaments utilisés en milieu hospitalier.
L’équipe de l’Université de Buenos Aires s’est intéressée à ce lien potentiel entre agriculture et santé publique dans une zone humide du delta du Paraná, au nord de Buenos Aires. Les scientifiques y ont prélevé 68 souches bactériennes dans des sédiments d’un site protégé, où les herbicides n’étaient pas appliqués directement, afin d’observer leur comportement en environnement naturel.
Même dans cet espace préservé, certaines bactéries ont montré une forte tolérance au glyphosate et aux herbicides qui en contiennent, résume le site Ecoticias. Les souches du groupe Enterobacter, capables de vivre dans les sols et les eaux mais aussi impliquées dans des infections hospitalières, ont figuré parmi les plus résistantes. Pour les chercheurs, ce résultat est loin d’être anodin.
Une dangereuse résistance aux antibiotiques
L’étude s’est ensuite penchée sur des bactéries issues d’infections hospitalières locales, parmi lesquelles Klebsiella, Acinetobacter, Escherichia coli, Serratia et Staphylococcus aureus, dont certaines formes résistantes, comme le SARM, sont bien connues des médecins. Testées face à 16 antibiotiques, ces bactéries se sont révélées très résistantes, y compris à des médicaments de dernier recours.
En comparant leurs profils génétiques, les chercheurs ont observé un rapprochement frappant entre certaines bactéries très tolérantes au glyphosate dans l’environnement et celles qui résistent à plusieurs antibiotiques à l’hôpital. Cela ne prouve pas un passage direct des champs vers les patients, mais suggère l’existence inquiétante d’un continuum microbien entre sols, eaux, réseaux d’assainissement et établissements de soins.
Le mécanisme en cause semble reposer notamment sur des pompes cellulaires capables d’expulser des substances toxiques. Ces systèmes de défense peuvent aider les bactéries à rejeter le glyphosate, mais aussi à expulser certains antibiotiques, ce qui pourrait expliquer pourquoi les bactéries résistantes aux herbicides et celles résistantes aux médicaments présentent parfois des caractéristiques communes.
Les auteurs appellent à intégrer ce type d’effet dans l’évaluation des pesticides, et à mieux surveiller les voies de circulation des gènes de résistance dans l’environnement. Plusieurs experts appellent à la prudence, rappelant que l’étude ne compare pas systématiquement des zones traitées et non traitées, et qu’elle ne démontre pas à elle seule une relation simple et générale entre glyphosate et résistance aux antibiotiques.
Source:
www.slate.fr


