AccueilOpinionDes porcs paralysés...

Des porcs paralysés remarchent après une réparation expérimentale de leur moelle épinière sectionnée

Plus de 15 millions de personnes dans le monde vivent avec une lésion de la moelle épinière. Des dégâts souvent jugés irréparables et manquant cruellement de traitements efficaces. Une nouvelle étude fait pourtant sensation: des porcs dont la moelle épinière avait été complètement sectionnée auraient réussi à remarcher après une intervention chirurgicale.

L’opération a été réalisée par une équipe russe de l’Institut Sklifosovsky à Moscou, détaille New Scientist. Les chercheurs ont d’abord coupé la moelle épinière des animaux, reproduisant l’une des blessures les plus graves qui soit, coupant le lien entre le cerveau et le corps. Trois d’entre eux se sont vus administrer un traitement, deux autres n’en ont pas reçu et ont servi de témoins.

Le produit «fusogène» est «composé de polyéthylène glycol –un composé couramment utilisé en cosmétique, pour administrer des médicaments et comme laxatif– et d’un polymère biologique appelé chitosane, dérivé de la chitine présente dans les carapaces des crustacés», explique New Scientist. Ce mélange a été injecté au niveau de la lésion et perfusé dans le sang des porcs.»

L’idée est simple: recoller les fibres nerveuses sectionnées pour rétablir la connexion entre le cerveau et le reste du corps, un peu comme on collerait bout à bout deux câbles électriques pour que le courant passe à nouveau. Les animaux ont par ailleurs reçu des séances quotidiennes d’électrostimulation des membres.

D’après le rapport, les trois porcs traités ont progressivement récupéré leur mobilité. Dès le deuxième jour, l’un d’eux bougeait ses pattes arrière. Au bout du septième, un autre tentait de se lever. À l’issue des deux mois de suivi, tous marchaient plus ou moins bien, avaient retrouvé le contrôle de leur bassin et réagissaient au toucher. Les deux animaux non traités, eux, sont restés paralysés.

Prometteur pour les humains?  

Pas tout de suite, tempèrent les scientifiques. La moelle épinière est bien plus complexe qu’un simple câble. Les cellules et fibres nerveuses qui la composent, aussitôt abîmées, s’inflamment et cicatrisent rapidement, rendant toute réparation beaucoup plus difficile. Dans la vraie vie, un accident survient en une fraction de seconde dans des conditions bien moins contrôlées qu’en laboratoire. On ne peut par ailleurs pas exclure que certaines fibres nerveuses n’aient pas été complètement coupées lors de l’opération sur les porcs, ce qui fausserait les résultats.

L’étude a été corédigée par Sergio Canavero, un neurochirurgien connu notamment pour avoir annoncé en 2015 que la greffe de tête humaine serait possible… dans les deux ans. Il affirme aujourd’hui que ces travaux constituent «une étape clé vers les greffes de cerveau» et que des essais sur des patients paralysés seraient prévus dès la fin de cette année.

Le chercheur principal, lui, se montre plus prudent. Il souhaite d’abord répéter l’expérience sur davantage d’animaux, avec d’autres scientifiques, avant d’envisager des essais chez l’humain. «Mon objectif n’est pas de faire des promesses sans fondement», dit-il. La Russie, de son côté, s’apprête à légaliser la transplantation de moelle épinière dès septembre prochain, une première mondiale qui ouvrirait la porte à des interventions encore impensables il y a peu.

Ces recherches s’inscrivent dans une longue histoire: des premières greffes de tête sur des singes dans les années 1970 aux transhumanistes d’aujourd’hui rêvant par exemple de transplanter leur esprit dans un clone plus jeune… jusqu’à rendre le bénéfice pour les millions de personnes paralysées parfois presque accessoire.

C’est là tout le danger. Pour que la «neurochirurgie fusogène» devienne un jour un vrai traitement, elle devra être validée par des équipes indépendantes et strictement encadrée. Surtout, il faudra clairement séparer ce qui relève du soin de ce qui relève de l’idéologie transhumaniste. Sans cette distinction, une avancée médicale prometteuse risque de payer le prix d’ambitions qui la dépassent largement.


Source:

www.slate.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img