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Le Maghreb face aux mémoires oubliées de 1939-1945

La rencontre part d’un constat : la Seconde Guerre mondiale reste peu présente dans les littératures et les cinématographies du Maghreb, alors qu’elle a constitué un moment déterminant dans l’évolution historique et politique de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Les organisateurs l’associent notamment à l’émergence du sentiment national dans ces trois pays. Le colloque entend examiner la manière dont cette période a été conservée, déplacée ou réinterprétée dans les œuvres.

En Afrique du Nord, les années 1939-1945 furent traversées par la répression coloniale, l’occupation, l’expulsion, la déportation, la torture et l’extermination. Elles furent aussi marquées par des formes de résistance, d’engagement humaniste et d’activisme politique. Ces expériences locales de la guerre ont longtemps occupé une place limitée dans l’historiographie officielle française comme dans celle des États nationaux du Maghreb.

Cette faible visibilité ne signifie pas l’absence de traces. Des journaux intimes de témoins juifs de l’occupation de la Tunisie, des textes autobiographiques, des films, des bandes dessinées et des productions numériques ont contribué à conserver des fragments de cette histoire. Les œuvres de Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib et Mouloud Feraoun, associées à la littérature maghrébine des années 1950, seront également replacées dans cette réflexion.

Des œuvres comme archives dispersées

Le colloque abordera ces productions comme des espaces de transmission, en marge des récits institutionnels. À travers des trajectoires individuelles, elles donnent accès à une histoire collective marquée par des violences politiques, sociales et coloniales. Elles permettent aussi d’observer comment la mémoire de la guerre circule entre plusieurs générations, plusieurs supports et plusieurs cadres historiques.

Les travaux s’appuieront notamment sur les notions de mémoire multidirectionnelle, de mémoire enchevêtrée, de postmémoire et d’infra-mémoire. Ces approches serviront à analyser les liens entre plusieurs expériences historiques sans les confondre. Une attention particulière sera portée aux rapports entre la Seconde Guerre mondiale et les processus de décolonisation au Maghreb, en particulier la guerre d’indépendance algérienne.

Plusieurs événements seront étudiés dans leurs croisements mémoriels : la Shoah, la conquête de l’Algérie, les répressions du 8 mai 1945, la guerre d’indépendance algérienne et le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. Le programme évoque aussi Maurice Papon comme figure commune à certaines de ces séquences historiques. Ces rapprochements visent à comprendre comment des œuvres littéraires, cinématographiques ou médiatiques établissent des liens entre des violences distinctes.

La conférence inaugurale sera donnée par Habib Kazdaghli, autour des résistances à l’occupation nazie en Tunisie et des déportations entre 1936 et 1943. Les sessions porteront ensuite sur les témoignages d’exclusion et d’internement, les expériences féminines de la guerre, la mémoire postcoloniale chez Assia Djebar et Rachid Bouchareb, ainsi que les représentations de la violence coloniale dans le roman, le cinéma et la bande dessinée. Une dernière partie sera consacrée à la Seconde Guerre mondiale comme expérience marquante dans la formation d’une conscience nationale.

Le programme complet est disponible ci-dessous : 

Crédits photo : Centre de Mannheim CC BY-SA 3.0

Par DépêcheContact : depeche@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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