Invité des « 4 Vérités », François Bayrou, ancien Premier ministre et président du MoDem, a défendu son plaidoyer contre la dette publique, qu’il considère comme une menace majeure pour l’avenir du pays. Il a également appelé à une profonde réorganisation de l’action publique et mis en garde contre les extrêmes à l’approche de la présidentielle.
Sur le plateau des « 4 Vérités », François Bayrou, ancien Premier ministre et président du MoDem, défend son plaidoyer contre l’endettement public à l’occasion de la sortie de son livre Alerte sur la France qui vient. Il estime que le poids croissant de la dette menace la capacité de l’État à financer ses priorités, de la justice à l’éducation en passant par la santé et la transition climatique. Opposé à une hausse généralisée des impôts, il appelle à une réorganisation profonde de l’action publique et juge que la France doit davantage soutenir les entreprises et travailler plus pour retrouver des marges de manœuvre. À l’approche de la présidentielle, il met également en garde contre les « dangers mortels » que représenteraient selon lui l’extrême droite et l’extrême gauche, plaidant pour une coopération entre les forces politiques modérées.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Gilles Bornstein : Vous publiez Alerte sur la France qui vient aux éditions de l’Observatoire. On en parlera. Vous faites un plaidoyer contre la dette. Comme d’habitude, quelques questions d’actualité d’abord. Le rapport d’inspection remis à Sébastien Lecornu concernant l’affaire Lyhanna pointe des dysfonctionnements et des erreurs individuelles. Faut-il des sanctions ?
François Bayrou : La justice, comme toute administration des affaires humaines, si le travail n’est pas fait, il y a forcément des sanctions, et je ne doute pas que le garde des Sceaux y réfléchisse.
Faut-il des moyens aussi ?
Il faut des moyens. Mais ce que ce livre montre, c’est que toute la réflexion, toutes les campagnes électorales qui promettent des dépenses supplémentaires sur tous les sujets dont on aurait besoin, vont être bloquées, empêchées, parce que tous les moyens de la nation, tout le travail des Français, vont être captés et détournés vers les intérêts que nous devons payer pour notre dette. Et dans des proportions qu’on n’imagine même pas. Songez que, l’année prochaine, la totalité de l’impôt sur le revenu que paient les Français, le vôtre, celui de tous ceux qui étaient sur le plateau et celui de tous nos compatriotes, ne suffira pas à payer les intérêts de la dette. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela signifie : des sommes colossales. Et cet argent-là, on en aurait besoin pour tous les sujets, pour les jeunes Français, pour préparer leur avenir. Eh bien, cet argent, on ne l’aura pas, ce qui va nous obliger à réinventer complètement notre organisation de l’action publique. On parle de la justice, on parle de l’éducation, on parle de la santé, des hôpitaux, on parle du climat et des investissements nécessaires qu’il faudrait faire. Peut-être qu’on en dira un mot.
Alors justement, des monceaux de dettes à résorber et des déficits. On sait que vous voulez baisser les dépenses. Vu l’ampleur de l’effort que vous venez de signifier, est-ce qu’il faut également augmenter les impôts, et évidemment les impôts de ceux qui ont le plus de moyens ?
Augmenter les impôts, on peut trouver des mesures d’équilibre. Mais l’idée que propage un certain nombre de ceux qui s’expriment dans le débat public, c’est que ce sont les autres qui paieront. Il y a toute une partie qui dit que ce sont les immigrés qui vont payer, que l’immigration va payer, que l’Europe va payer. Et puis une autre partie qui dit que ce sont les riches qui vont payer. La vérité, c’est que la France est le pays du monde qui a le plus d’impôts, et on ne peut pas dire qu’on se porte mieux. Donc, la question pour moi, c’est celle de la réorganisation complète de notre action publique. Et les mesures de justice, il faut toujours y penser. Mais il ne faut pas croire qu’on va réussir à résoudre les questions qui se posent à nous si on ne remet pas en cause la totalité de notre État.
J’entends. Mais l’électrochoc que vous demandez… Vous pensez que les Français doivent se rendre compte de ce gouffre abyssal qu’est la dette ? Cet électrochoc, n’est-il pas plus facile à atteindre quand on demande à tout le monde de contribuer ? On voit les chiffres jour après jour, y compris ceux qui ont des patrimoines énormes et à qui on ne demande pas grand-chose.
Le travail des journalistes, c’est de faire connaître à tout le monde la réalité de tout cela. Le travail des politiques, c’est d’en tenir compte et de trouver les équilibres nécessaires. Mais l’idée qu’on va faire payer les autres, c’est au fond toujours cette même question : on va trouver d’autres à qui faire payer. Cette idée-là… Tout le monde, sans exception. Mais vous avez vu les études qui sortent et qui montrent que c’est déjà le cas, que tout le monde paie. Après, il y a une question sur les patrimoines. Je prends un exemple que je cite dans le livre. Il y a un pays très proche de nous, qui a une société comme la nôtre : les Pays-Bas. On ne peut pas dire que les Pays-Bas soient une société en misère et en drame. Aux Pays-Bas, la production de la nation par habitant est de 30 % supérieure à celle de la France. Si nous avions la même production par habitant que les Pays-Bas, les ressources de l’État et les ressources de chacun d’entre nous seraient 30 % plus élevées. Quelle est la clé aux Pays-Bas ? Deux choses. La première : ils accueillent les entreprises au lieu de leur faire la chasse. La deuxième : ils travaillent plus que nous.
Et donc, il faut travailler plus. La présidentielle approche. C’est quoi le plan Bayrou pour éviter que la France aille vers les Insoumis ou vers le Rassemblement national ?
Eh bien, il faut que vous posiez très bien la question. Tous ceux qui considèrent que l’extrême droite et l’extrême gauche sont deux dangers mortels pour le pays… J’invite tous ceux qui nous écoutent à feuilleter des livres d’histoire ou à aller sur Internet, parce qu’il n’y a pas un pays dans le monde où l’extrême droite et l’extrême gauche ont apporté du bien-être et du bonheur.
Ils doivent se mettre d’accord ?
Jamais. Tous ceux-là doivent, en tout cas, se respecter entre eux. Savoir qu’au bout du compte, ils devront travailler ensemble.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Source:
www.franceinfo.fr


