Invité de l’émission « Complément d’enquête », Jérôme Cahuzac maintient ne pas avoir menti à François Hollande après la révélation de l’existence de son compte en Suisse. Une version démentie par l’ancien président, qui nous a transmis comme preuve un message envoyé par Jérôme Cahuzac le jour de ses aveux aux juges.
Publié le 18/06/2026 19:15
Mis à jour le 18/06/2026 20:03
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Treize ans après les premières révélations, l’affaire Cahuzac n’en finit pas de diviser François Hollande et son ministre du Budget de l’époque. Dans une interview accordée à « Complément d’enquête », qui diffuse jeudi 18 juin un numéro consacré à l’ancien président de la République, Jérôme Cahuzac suggère que ce dernier ne pouvait pas ignorer l’existence de son compte caché en Suisse. « Est-ce que j’ai menti au président de la République ? Ecoutez, peut-être n’ai-je pas le même souvenir que lui. Nous n’avons pas la même mémoire des choses », déclare-t-il face au présentateur de l’émission, Tristan Waleckx.
Dans un entretien téléphonique avec notre équipe, l’ancien ministre du Budget raconte ainsi avoir rencontré en tête-à-tête François Hollande, le 5 décembre 2012, soit le lendemain des révélations de Mediapart, comme il l’avait déjà affirmé lors de son procès en 2016. Il serait passé par la grille du coq, une entrée discrète pour les visiteurs de l’Elysée, pour s’entretenir sur ce compte caché. Selon son récit, le président Hollande l’aurait alors conforté à son poste, lui disant « j’ai besoin de toi », alors que lui venait « pour démissionner ».
Dans les fauteuils rouges, Jérôme Cahuzac n’hésite pas à égratigner François Hollande qui critiquait le retour de son ancien ministre en politique, fin 2023. « Je le trouve simplement un petit peu audacieux quand il s’érige, à propos du mensonge, au fond, en père la morale, mais il a les moyens de l’être et moi pas (…) Il m’accuse d’avoir menti. Il considère donc que lui n’a jamais menti à ce propos ou à un autre. C’est un problème entre lui et sa conscience », déclare Jérôme Cahuzac.
Auprès de « Complément d’enquête », François Hollande, qui a toujours assuré n’avoir jamais rien su du compte caché jusqu’aux aveux de son ministre, le 2 avril 2013 devant les juges, est formel : « Cahuzac a toujours nié devant moi être le détenteur d’un compte à l’étranger, assure-t-il à « Complément d’enquête ». Dès les premières révélations de Mediapart le 4 décembre, et à chacun des entretiens que nous avons pu avoir, je lui ai à chaque fois posé explicitement la question. S’il me l’avait avoué, il aurait immédiatement quitté le gouvernement. »
Pour étayer sa version et prouver que les accusations de son ancien ministre sont fausses, l’ex-président nous a fait parvenir un texto signé de Jérôme Cahuzac, jusque-là jamais dévoilé. Daté du 2 avril 2013, jour où il a fait ses aveux aux juges, l’ancien ministre du Budget écrit : « François, je me permets une dernière fois de t’adresser un message par ce moyen. Je viens de reconnaître devant les juges une vérité indicible jusqu’alors. (…) J’ai eu tort. Tort d’accepter de rentrer au gouvernement, tort de ne pas démissionner tout de suite, tort de mentir à tout le monde, à toi (…) J’ignore si tu pourras me pardonner un jour, (…) je suis infiniment désolé et triste des ennuis supplémentaires que je cause. Pardon, Jérôme. »
Recontacté, Jérôme Cahuzac reconnaît l’existence de ce message, mais maintient n’avoir jamais « menti les yeux dans les yeux » à François Hollande. « Nous étions deux, il y a ce qu’il en dit, et ce que j’en dis. L’un n’a plus rien à perdre, l’autre a beaucoup à perdre », ajoute Jérôme Cahuzac en référence à la présidentielle à venir et la possible candidature de François Hollande. En 2018, l’ancien ministre a écopé en appel de quatre ans de prison dont deux avec sursis pour « fraude fiscale ». Il a tenté un retour en politique lors des élections législatives de 2024, après avoir purgé sa peine. Sans succès. Il avait obtenu moins de 15% des voix et avait été éliminé dès le premier tour.
Source:
www.franceinfo.fr


