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Pourquoi on n'est jamais trop vieux pour suivre une thérapie

Maurizio a
70 ans et vient d’entamer une thérapie dans l’espoir de mieux comprendre une
douleur physique qui le fait souffrir depuis l’enfance. Après avoir consulté
différents spécialistes, c’est vers une psychologue qu’il a choisi de se
tourner. «Le processus lui-même est devenu quelque chose de
significatif, un espace d’introspection qui m’a aidé à mieux comprendre ma vie»,
raconte-t-il.

Antonio, 73 ans, et son épouse Gigliona, 68 ans, ont quant à
eux franchi la porte d’un cabinet dans l’espoir de sauver leur relation. «Le
fait de nous tourner vers nous-mêmes et d’exprimer ce que nous n’avions jamais
pu dire auparavant nous a peut-être aidés», reconnaît Gigliona. Ces
parcours ont un point commun: ils battent en brèche une idée tenace selon
laquelle la thérapie serait avant tout une affaire de jeunes générations.

Le potentiel de la thérapie pour traiter les maladies
mentales et améliorer le bien-être est désormais largement reconnu, souligne un article publié par la BBC. Pourtant, les
seniors restent largement sous-représentés dans les cabinets de psychologues et
psychothérapeutes. Ce qui semble paradoxal quand on sait qu’environ 14% des personnes de plus de 70 ans
souffrent d’un trouble de santé mentale, principalement de dépression ou d’anxiété, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Plus inquiétant encore, près de 17% des suicides concernent des personnes de
cette tranche d’âge.

Il n’existe aucune preuve avançant que la thérapie perde son
efficacité ou son utilité avec les années, rappelle Pim Cuijpers, professeur de
psychologie clinique à l’université libre d’Amsterdam. Les personnes âgées
qui consultent constatent que le suivi psychologique aide à cibler plusieurs préoccupations
liées au vieillissement, comme l’isolement social ou certaines maladies chroniques.
Beaucoup rapportent une
amélioration de leur bien-être général, associée à davantage de motivation
et à des relations sociales de meilleure qualité. La thérapie peut agir comme un pont, leur permettant
de renouer avec elles-mêmes et avec le monde qui les entoure.

Difficultés d’accès aux consultations

Plusieurs obstacles continuent toutefois de freiner l’accès
aux soins psychologiques, en particulier l’aspect financier. L’assurance
maladie ne couvre souvent pas, ou pas entièrement, la thérapie. Certains retraités ne peuvent ainsi pas se permettre de financer un suivi régulier.

Dans bien des cas, l’accès à la psychothérapie dépend de l’orientation par le médecin généraliste. Or, plusieurs recherches
ont montré que les aînés sont moins souvent redirigés vers des professionnels de la
santé mentale, même lorsqu’ils présentent des symptômes d’anxiété ou de
dépression. Leur souffrance est considérée comme une réaction naturelle
associée au vieillissement. Pour Rossana De Beni, professeure en psychologie à l’université
de Padoue, en Italie, l’enjeu consiste à dépasser cette vision réductrice. Les
cliniciens doivent considérer la personne âgée comme un individu aux multiples
facettes, en laissant de côté les préjugés âgistes souvent «profondément
ancrés».

Mais l’âgisme ne vient pas seulement de l’extérieur. Les
personnes concernées finissent parfois par intégrer elles-mêmes ces
représentations. Des croyances, comme l’idée que les problèmes de santé mentale
font partie du processus de vieillissement, comptent parmi les obstacles
les plus fréquemment cités à l’accès aux soins.

Les spécialistes insistent sur ce point: une transformation
positive reste possible à tout âge. «Le vieillissement, jusqu’à la toute
fin, est une étape de la vie marquée par le changement, souligne Rossana De Beni. Les gens s’épanouissent pleinement dans un processus de
transformation, d’apprentissage et de flexibilité continus qui ne s’achève
jamais vraiment.»

Maurizio pourrait en témoigner. «La thérapie m’a aidé (…) pour gérer la transition entre la vie
active et la phase de préretraite, moment où j’ai dû trouver de nouvelles façons de
socialiser», se souvient-il. Son expérience rappelle que les grandes transitions de l’existence ne s’arrêtent pas au seuil de
la retraite. Si la société imagine volontiers cette période de la vie comme un
long fleuve tranquille, nombreux sont les seniors qui auraient, eux aussi, tout
à gagner d’un accompagnement psychologique pour traverser ses remous.


Source:

www.slate.fr

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