Adolphe Mouron nait en Ukraine en 1901. Ses parents sont français, d’origine bordelaise et installés dans le négoce du vin. Dès le début de la Première Guerre mondiale, il décide de venir vivre à Paris. Pourquoi choisit-il le pseudonyme de Cassandre, hérité de la mythologie grecque et porteur de mauvaises nouvelles : mystère ? En tout cas, c’est avec ce nom qu’il signe son premier coup d’éclat en 1923 avec une campagne de publicité pour un magasin de meubles, au Bucheron. Coup de maître : il est récompensé par le grand prix de l’Exposition internationale des arts décoratifs.
Pendant 10 ans, il va affiner son art selon les préceptes qu’il définit ainsi : “L’affiche exige du peintre un complet renoncement. Il ne peut s’exprimer en elle ; le pourrait-il, il n’en aurait pas le droit. La peinture est un but en soi. L’affiche n’en est qu’un moyen de communication entre le commerçant et le public, quelque chose comme le télégraphe. L’affichiste joue le rôle du télégraphiste : il n’émet pas de message, il les transmet. On ne lui demande pas son avis, on lui demande d’établir une communication claire, puissante, précise… Une affiche doit porter en elle la solution de trois problèmes : optique, graphique, poétique. »
Les publicités pour le paquebot le Normandie 1925 ou l’Étoile du Nord en 1927 contribuent à le mettre en lumière. Mais au moment où Cassandre connait le succès avec ses affiches publicitaires à la gloire du transport naval ou ferroviaire, il entame une collaboration avec une famille de joailliers parisiens : les Fouquet, Georges et Jean. Père et fils passent commande à des artistes venus d’autres univers que le bijou : peintres et architectes. Cassandre a trouvé une nouvelle façon de s’exprimer. Pendant 10 ans, il produit des publicités à tour de bras, il est sur tous les murs. Selon Blaise Cendrars, « il est le metteur en scène de la rue ». Le passant est happé notamment par son fameux triptyque à la gloire d’un apéritif fameux à l’époque « Du Bo, du Bon, du Bonnet ».
Mais Cassandre ne se satisfait pas de cette célébrité, inventeur et artisan, il compose aussi des caractères typographiques issus de son travail sur le lettrage. Bifur en 1929, Acier en 1931 et Peignot en 1937. Innovation remarquée mais succès mitigé.
Infatigable, il se lance dans une nouvelle aventure : le décor de théâtre. Notamment avec Louis Jouvet pour la pièce Amphitryon 38 de Jean Giraudoux au théâtre de l’Athénée en 1934. Pendant 15 ans, il peint pour le théâtre. Son travail avec le metteur en scène Jean Meyer pour créer les décors de Don Giovanni à Aix-en-Provence lui procure à nouveau gloire et reconnaissance.
En 1950, c’est la consécration au musée des Arts décoratifs : Cassandre est célébré pour ses publicités dans une rétrospective de ses meilleures affiches.Puis, le succès s’estompe, les commandes se raréfient, l’humeur et il essaye de vivre de sa peinture personnelle. En vain.En 1961, tel un phénix renaissant de ses cendres, il invente avec brio le logo YSL (Yves Saint-Laurent). Dernier baroud d’honneur de cet inventeur et créateur jusqu’au bout : la création d’un caractère typographique qu’il baptise par orgueil : Cassandre. Il se suicide en 1968.
Pour en parler
Amélie Gasteau, conservatrice en chef du département design graphique et publicité au musée des arts décoratifs à ParisSylvia Lorant & Béatrice de Saalburg, amies de CassandreEve Mascarau, enseignante aux départements des arts du spectacle à l’université Paris-NanterreJean-Baptiste Levée, directeur de la fonderie Productions TypesMathieu Rousset Perrier, conservateur en charge des bijoux au musée des arts décoratifs de ParisGuillaume Guilpart, directeur du Paris Print Club et professeur à l’école EstienneNicolas de Palmaert, enseignant à l’école d’art publique de la ville de Paris (EPSAA)


Bibliographie et lien
Alain Weill, CassandreOuverture dans un nouvel onglet, monographie (éditions Hazan, 2018)Site dédié à CassandreOuverture dans un nouvel onglet, par Roland Mouron, son petit-fils
Générique
Un documentaire de Michel Pomarède, réalisé par Anne Fleury. Prises de son, Manon Houssin et Sébastien Huel. Mixage, Djaisan Taous. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron, avec la collaboration de Redouane Malek.
Source:
www.radiofrance.fr


