Les bibliothèques publiques de l’Essex se retrouvent au centre d’une controverse politique locale au Royaume-Uni. The Yellow Advertiser rapportait, le 2 juin, que le conseil de comté, désormais dirigé par Reform UK, avait demandé au personnel de réduire la promotion d’événements LGBTQ+ et Pride. Selon The Bookseller, cette consigne concerne également des manifestations liées au Black History Month.
Silence sur les minorités
La décision a été défendue par Chris Hossack, conseiller Reform UK chargé des résidents et des services communautaires au sein du conseil de l’Essex. Dans une déclaration reprise par la presse locale, il affirme que les bibliothèques doivent demeurer des espaces ouverts à tous, « pour lire, apprendre et se divertir dans l’unité ».
« Nos bibliothèques sont des espaces ouverts à tous, dédiés à la lecture, à l’apprentissage et au plaisir partagé. Leurs rayons mettent en valeur des auteurs, des ouvrages et des ressources couvrant un large éventail de sujets, que nous nous efforcerons de préserver. Dans cette optique, il est important de ne pas privilégier certains groupes ou thèmes. »
Le conseil indique ainsi avoir suspendu la promotion de ces événements via ses canaux de communication publics, notamment les réseaux sociaux et les newsletters, sauf lorsque l’activité concerne directement les bibliothèques.
La portée exacte de la mesure a nourri la controverse. Quelques jours plus tard, Novara Media citait un porte-parole du comté, selon lequel cette « pause » s’applique aux outils de communication du conseil pendant l’examen engagé par la nouvelle administration. Le même porte-parole précisait toutefois que les restrictions ne concernaient pas les affichages promotionnels à l’intérieur des bibliothèques.
Une orientation idéologique nette
Pour les opposants à cette décision, la distinction ne suffit pas à dissiper l’inquiétude. Save Our Libraries Essex a dénoncé une mesure jugée « très inquiétante et alarmante ». L’association souligne que l’affichage de supports liés à Pride n’entraînait pas de coût particulier pour le service des bibliothèques, ce qui fragilise l’argument d’une mesure de gestion ou d’économie.
Essex Pride estime pour sa part que cette restriction envoie un message négatif, en suggérant que les personnes LGBTQ+ devraient rester invisibles plutôt qu’être reconnues comme partie intégrante de la société. La controverse dépasse désormais le seul cadre des événements Pride, puisque le Black History Month figure aussi parmi les manifestations dont la promotion doit être limitée par les canaux du conseil.
Au Royaume-Uni, le Black History Month se tient chaque mois d’octobre depuis 1987. Il met en avant les contributions, les parcours et les mémoires des populations africaines, caribéennes et diasporiques, longtemps sous-représentées dans les récits historiques dominants.
Dans ce contexte, la décision de l’Essex soulève une question sensible pour les bibliothèques publiques : jusqu’où la neutralité institutionnelle peut-elle aller sans réduire la visibilité de certains publics dans les lieux d’accès à l’information, à la lecture et à la programmation culturelle ?
Crédits photo : Astrobobo CC 0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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