Evian se prépare à accueillir lundi et mardi prochains le G7, la réunion annuelle des sept démocraties les plus riches du monde, et les questions se multiplient à partir d’un défi central : comment justifier ce rituel, imaginé il y a plus d’un demi-siècle par Valéry Giscard d’Estaing en réponse au premier choc pétrolier, comment le justifier au moment où le multilatéralisme sombre dans le chaos ?
Tout à la célébration ce soir de son 80ème anniversaire avec des combats d’arts martiaux à la Maison Blanche, Donald Trump viendra-t-il à Evian en pleine incertitude sur la solidité d’un accord avec l’Iran tant de fois annoncé ? Restera-t-il jusqu’au bout ou partira-t-il avant la fin, comme l’an dernier au Canada pour mieux marquer son désintérêt au nom de America First ?
Emmanuel Macron tient à afficher des objectifs ambitieux, énoncés avant-hier lors d’un sommet en ligne en présence de la Chine. L’économie mondiale souffre de déséquilibres majeurs, aggravés par la politique de Pékin qui exporte massivement ses productions en surplus ; les Etats-Unis jouent leur propre partie, et l’Europe, à la croissance affaiblie, se retrouve en première ligne. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union doivent décider dès jeudi prochain à Bruxelles de mesures de protection renforcées face au risque de submersion de leurs économies.
La voie des puissances moyennes
Evian peut favoriser une dynamique commune puisque le Japon et le Canada, autres puissances moyennes membres du G7, font face aux mêmes difficultés. Minerais critiques, intelligence artificielle, stabilité financière : comment obtenir une meilleure coordination des politiques publiques en pleine accélération des disparités, en plein changement d’échelle aussi quand on voit que la valorisation boursière de Space X, introduite hier par Elon Musk, pourrait atteindre si elle réussit près de la moitié du PIB de la France ?
L’Elysée a convié à Evian, en qualité d’observateurs, plusieurs pays du Sud dit global, Inde, Brésil, Kenya, plusieurs puissances arabes aussi, à commencer par l’Arabie Saoudite. Faut-il y voir l’ambition de maintenir et d’affirmer les vertus du multilatéralisme quand les Etats-Unis, qui en étaient à leur avantage le promoteur historique, s’en détournent avec fracas au nom du business ? S’agit-il d’un vœu pieux, presque désuet, ou d’un impératif aujourd’hui nécessaire ?
Reste l’enjeu le plus pressant pour toutes les économies concernées : la réouverture du détroit d’Hormuz. Emmanuel Macron et ses homologues vont-ils amadouer Donald Trump, qui leur a tant reproché leur inaction, en précisant le dispositif naval qui serait mis en place si la fin du conflit avec l’Iran se confirme ?
Nos invités :
Florence Pisani a coécrit avec Anton Brender l’ouvrage La crise de la finance mondialisée, paru en 2009 aux éditions La découverte.
Elvire Fabry a coécrit avec Nicolas Köhler-Suzuki et Arancha Gonzalez le rapport de l’Institut Jacques Delors paru en mars 2026, en anglais, sous le titre : “Après la rupture : la réponse de l’UE-CPTPP à la mutation de l’ordre commercial mondial”.
Mark Léonard est l’auteur du livre Surviving Chaos: Geopolitics When the Rules Fail, paru en avril 2026 aux éditions Polity Press.
François Chimits va faire paraître en juin 2026 sur le site de l’Institut Montaigne un papier intitulé “Mise en œuvre du rapport Draghi : où en sont les Européens après 18 mois ?”.
Source:
www.radiofrance.fr


