Le Somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain en 2025, a atterri samedi 6 juin à Miami pour participer à la Coupe du monde. Malgré un visa valide, il n’a pas pu aller plus loin: après onze heures d’interrogatoire, l’entrée sur le territoire américain lui a tout bonnement été refusée. Des membres d’équipes et du staff ainsi que des fans munis de billets ont également été arrêtés en entrant sur le territoire américain.
«La Coupe du monde 2026 reste un grand paradoxe à mes yeux, admet le chercheur Jules Boykoff, à NPR. D’une part, il n’y a jamais eu autant d’équipes participantes. De l’autre, à cause des mesures de l’administration Trump, ça ressemble plus à une Coupe du monde de l’exclusion que de l’inclusion.» Jules Boykoff, qui est aussi un ancien joueur de foot professionnel, a confié ses inquiétudes quant aux effets des politiques migratoires restrictives de Donald Trump sur le Mondial.
La douane américaine a déclaré que «tous les voyageurs qui cherchent à venir aux États-Unis, y compris les athlètes, les coachs et le staff, sont soumis aux inspections et aux vérifications de la douane». Et de préciser: «Les décisions d’admission sur le territoire sont faites au cas par cas». Le flou n’est donc pas dissipé, à quelques jours du coup d’envoi de la compétition.
Trente-neuf pays font l’objet d’une interdiction totale ou partielle de voyager aux États-Unis. Donald Trump explique que cette mesure a pour but de «garantir que les personnes ayant obtenu un visa ne mettent pas en danger la sécurité nationale ou la sécurité publique»… sauf que plusieurs de ces pays s’apprêtent à participer à la Coupe du monde.
Accueil glacial
À l’aéroport de Chicago, un joueur de l’équipe irakienne a été soumis à un interrogatoire de plusieurs heures. S’il a finalement été admis sur le territoire, un photographe affilié à la même équipe n’a pas eu cette chance. À chaque fois, la douane évoque des «problèmes liés à la vérification de ses antécédents» sans fournir aucun autre détail.
L’administration Trump ne manque pas de méthodes pour tenir certains joueurs à distance. L’équipe iranienne, dont le pays est en guerre contre les États-Unis et Israël, est contrainte de loger au Mexique pendant le Mondial. Les visas des joueurs ont finalement été approuvés, mais plus d’une dizaine de membres du staff n’ont pas obtenu leur autorisation d’entrée, dont Mehdi Taj, le président de la fédération iranienne de football.
L’Iran a réagi par le biais de son ambassade, qui a déclaré que le comportement des États-Unis «violait les règlements de la FIFA et les obligations de pays hôte». Le pays a également accusé Donald Trump d’«ingérence politiquement biaisée dans le sport».
Selon le site d’information marocain Hespress, plus de quarante supporters du Maroc se sont vu refuser leur visa. En 2025, le président de la FIFA Gianni Infantino –que le journal L’Équipe dépeignait mercredi à sa une comme une simple marionnette de Donald Trump– avait pourtant assuré que «tout le monde serait le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis».
Une position que la FIFA semble avoir vite oubliée à la suite des interdictions d’entrée à répétition. «La FIFA n’est pas impliquée dans les procédures d’immigration des pays hôtes», a-t-elle finalement déclaré. Une capitulation qui en dit long sur les rapports de force à l’œuvre dans cette Coupe du monde.
Source:
www.slate.fr


