AccueilCultureJeanne Villepreux Power :...

Jeanne Villepreux Power : la mer à voir

Jeanne Villepreux-Power (1794-1871), née à Juillac d’un père cordonnier, décide, alors qu’elle est orpheline de mère, de monter à Paris en 1812 à seulement 17 ans. Un emploi l’y attend, mais elle effectue le voyage à pied avec son cousin éleveur qui l’agresse à Orléans. Le temps des démarches administratives consécutives à son dépôt de plainte auprès de la gendarmerie, le poste qui lui était destiné n’est plus disponible. Elle se fait alors embaucher comme brodeuse chez une couturière de renom.

En quelques années, elle devient cheffe d’atelier et est sélectionnée pour confectionner la robe de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, qui épouse le duc de Berry, neveu du roi de France. À cette occasion, elle rencontre James Power, un riche noble irlandais installé en Sicile, qu’elle épouse en 1818 à Messine.

Une autodidacte passionnée par la Sicile

N’étant plus contrainte de travailler pour vivre, Jeanne Villepreux-Power décide de s’instruire. Elle apprend plusieurs langues et développe un intérêt croissant pour les sciences naturelles. Amoureuse de la Sicile, elle parcourt l’île à pied pendant plus de vingt ans afin d’en découvrir les richesses naturelles et culturelles.

De ses observations minutieuses de la faune, de la flore, des formations géologiques et du patrimoine architectural naît un guide de la Sicile, publié en 1842 et encore réédité aujourd’hui. Si elle s’intéresse à de nombreux domaines, c’est en biologie marine qu’elle acquiert une renommée durable. Elle met également son talent artistique au service de la science en réalisant de nombreuses illustrations naturalistes.

Le mystère de l’argonaute

Un étrange céphalopode, enveloppé dans une fine coquille, suscite alors une vive controverse parmi les naturalistes européens : l’Argonaute argo. La question est de savoir si cet animal fabrique lui-même sa coquille ou s’il occupe celle d’un autre organisme. Parmi les protagonistes de ce débat figurent notamment Henri-Marie Ducrotay de Blainville en France, partisan de la seconde hypothèse, et Richard Owen en Angleterre.

Ces animaux abondent dans les eaux de Messine où réside Jeanne Villepreux-Power. Pour les étudier, elle imagine un dispositif inédit : des cages permettant de maintenir les spécimens vivants dans leur environnement naturel tout en les observant sur de longues périodes. En 1832, elle met ainsi au point les « cages à la Power », considérées comme les ancêtres de l’aquarium moderne.

Une pionnière de la biologie marine expérimentale

Grâce à cette invention, Jeanne Villepreux-Power devient l’une des premières scientifiques à pratiquer l’expérimentation en biologie marine. À une époque où les naturalistes travaillent essentiellement sur des spécimens morts conservés dans des collections, elle privilégie l’observation du vivant dans des conditions proches de son milieu naturel. Son approche préfigure celle des futures stations de biologie marine.

Ses expériences lui permettent notamment d’observer le comportement des argonautes lorsqu’elle perce leur coquille. Elle démontre alors qu’ils sont capables de la reconstruire grâce à leurs propres sécrétions, apportant ainsi une réponse décisive à la controverse. Elle étudie également leur reproduction : alors que seules les femelles, pouvant atteindre une trentaine de centimètres, étaient connues, elle découvre que les mâles ne mesurent qu’environ deux centimètres. Ceux-ci fécondent les femelles dans une cavité de leur coquille, où les œufs sont ensuite incubés.

Pour aller plus loin

Retrouvez-nous sur BlueskyOuverture dans un nouvel onglet.

Les références musicales

Le titre du jour :Le générique de début : Altin Gün, Goca dünyaLe générique de fin : Yin Yin, Pingpxng


Source:

www.radiofrance.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img